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Introspection, lectures, écriture
Henry Bauchau   Conversation avec le torrent - Journal (1954-1959)
Actes Sud 2018 /  23 € - 150.65 ffr. / 282 pages
ISBN : 978-2-330-09252-8
FORMAT : 11,5 cm × 21,6 cm
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Henry Bauchau (1913-2012) a tenu son journal jusqu'à sa mort. En voici le premier tome, celui qui manquait chez Acte Sud qui a publié tous les suivants. C'est l'époque où Bauchau écrit la pièce Gengis Khan et le recueil de poèmes Géologie qui prennent donc une place prépondérante dans ces notes.

Et quelles sont-elles ? Bauchau, écrivain sensible et torturé qui a entrepris une psychanalyse quelques années plus tôt auprès de la femme de Pierre-Jean Jouve, se retire souvent dans la nature, pour être seul et apaisé. Son style, introspectif, témoigne d'un calme apparent mais l'auteur est sujet à la douleur, au doute et à la souffrance. Ce journal, qui semble faire partie de son travail d'analyse, rend compte de ses lectures, reporte des citations, rapporte ses rêves et décrit de menus faits qui composent la vie d'un écrivain durant les années 50.

L'écriture de Bauchau est ici extrêmement variée dans ses approches. C'est le compte-rendu précis mais lapidaire de la vie intérieure d'un créateur avec tout ce que la vie littéraire implique. Tel un long accouchement, les œuvres peinent à naître, à mûrir puis à perdurer. D'où le caractère quelque peu obsessionnel des questions relatives au succès public et à la reconnaissance des pairs. Bauchau lit Bernanos, Malraux, Kierkegaard ; il rencontre Jouve, Thibaudet ou Arland. Mais ces témoignages restent toujours distants ou elliptiques, l'auteur aimant davantage se retirer au calme pour méditer sur sa condition singulière.

La vie plus triviale et quotidienne de l'auteur vient aussi larder le tout. La nature, le ski, mais aussi la présence de sa femme forment un univers propice à la création. Tout est apparemment très calme dans ce journal même si l'âme de l'auteur est inquiète et sujette à la mélancolie.

En lisant ce journal, on pense à cette vieille littérature qui dort dans les couloirs poussiéreux de la BNF et que personne ne vient réveiller (souvent à tort d'ailleurs). Les propos épars, quelquefois triviaux, quelquefois mystiques, quelquefois critiques, ne sont jamais transcendants et peuvent rendre cauchemardesque une lecture qui recherche de la profondeur et de l'incarnation. On aime se représenter les choses lorsqu'on lit un journal intime, et s'approprier l'environnement de l'auteur. Ici, impressionniste qui n'impressionne guère, l'auteur semble n'écrire que pour lui seul.


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 06/04/2018 )
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