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Littérature  ->  Essais littéraires & histoire de la littérature  
 

Le secret de la littérature
Alain Finkielkraut   Ce que peut la littérature
Gallimard - Folio 2008 /  7.40 € - 48.47 ffr. / 376 pages
ISBN : 978-2-07-034935-7
FORMAT : 11,0cm x 18,0cm

L'auteur du compte rendu : Scénariste, cinéaste, Yannick Rolandeau est l’auteur de Le Cinéma de Woody Allen (Aléas) et collabore à la revue littéraire L'Atelier du roman (Flammarion-Boréal) où écrivent, entre autres, des personnalités comme Milan Kundera, Benoît Duteurtre et Arrabal.
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Comme pour Qu'est-ce que la France ?, Alain Finkielkraut a choisi d'éditer une série d’entretiens consacrés cette fois-ci à la littérature, des entretiens tirés de l'émission "Répliques" qu’il anime depuis 1985 sur France Culture. Le livre ressort en format de poche. Alain Finkielkraut nous propose un parcours dans les littératures françaises et étrangères, classiques et contemporaines, à travers les échanges passionnés et érudits avec ses invités. Il y a donc des entretiens avec Mona Ozouf, Pierre Manent, Geneviève Brisac, Pierre Pachet, François Taillandier, Eric Marty, Marc Fumaroli, Jacques Garelli. Mais on parle aussi et surtout de romans, Le Premier homme d'Albert Camus, Disgrâce de J.M. Coetzee, le remarquable 33 Newport Street de Richard Hoggart, ou d'auteurs tels Aharon Appelfeld, Joseph Roth, Louis Ferdinand Céline, Louis Aragon, Boris Pasternak, Roland Barthes...

Alain Finkielkraut a toujours défendu bec et ongles l’art en général, qu’il ne sépare jamais de la connaissance de la réalité. Précisément, à l’instar d’un Milan Kundera qu’il cite régulièrement et pour cause, l’art est sans doute le meilleur médiateur pour nous faire comprendre la réalité. Il ne s’agit évidemment pas de cérébralité, de connaissance scientifique, pure et dure, dépouillée de son aura poétique et divertissante. Bien au contraire. Comme il ne s’agit nullement pas non plus de pur divertissement détaché de toute compréhension du monde afin de nous faire oublier ce que nous vivons.

C’est là en effet que les deux approches se trompent mutuellement en tirant à hue et à dia dans un sens ou dans l’autre. D'un côté, un art conceptuel et cérébral, abstrait, creux et avant-gardiste, de l’autre, un objet festif, sorte de hochet/déchet rendu consommable à l'instar d'un banal produit comme le relevait Hannah Arendt, pour occuper le temps jusqu’à la mort. Sauf qu'à ce titre-là nous ne saurons jamais ce que nous vivons ou ce que nous avons vécu. Car croire que l'on peut accéder à la vie brute, à l'existence authentique d'une façon spontanée, sans recul, est une vue de l'esprit, une illusion savamment entretenue mais qui ne fait que déboucher sur un consumérisme effréné, une immédiateté tapageuse et destructrice. La force de l’art et a fortiori de la littérature est de nous faire appréhender le réel grâce à l’émotion poétique, à cet étrange mélange d’émotion et de réflexion, de sensibilité et d’intellectualité, de recul et de proximité, d'artifice et de réalisme, sans que jamais l’un ou l’autre ne puisse avoir la primauté. L’un éclaire l’autre et réciproquement d’autant que l’accession à la réalité est douloureuse ; l’art permet alors à tout un chacun d’atteindre ou du moins d’entrevoir une compréhension et une sagesse existentielle malgré la fracture irrémédiable occasionnée au départ.

Voilà pourquoi sans doute Finkielkraut a la passion de l'art et bien évidemment de la littérature, plus peut-être que de la philosophie car celle-ci en passe encore par le concept alors que l'art recourt au récit, la narration, la fiction si proche de nous et de notre existence concrète, comme l'avait remarqué Paul Ricoeur. C'est en tout cas ce que s'attache à démontrer le controversé Alain Finkielkraut d'une façon toujours aussi passionnée et vigoureuse : la littérature est indispensable, aussi indispensable que l'air que nous respirons pour exister (et pas seulement vivre, au sens biologique). "Il n'y a pas d'accès au réel direct, pur, nu, dépouillé de toute mise en forme préalable. Il n'y a pas d'expérience sans référence : les mots sont logés dans les choses, une instance tierce se glisse entre nous et les autres, nous et le monde, nous et nous-mêmes. Et puisqu'on n'échappe pas à la médiation, puisque la littérature est décidément toute-puissante, la question est de savoir à quelle bibliothèque on confie son destin" (p.13), écrit-il très justement dans la préface.

Avec ce livre, livre sur les livres, nous redécouvrons l'art des nuances, de la complexité, de l'ambigüité que la littérature tente de retraduire avec une sublime fidélité dans son écrin de beauté et de sagesse. Le tout a les allures chavirantes d'une promenade et d'une méditation afin de repousser les terribles termites de la réduction, à l'oeuvre dans le monde, chez les autres et en nous.


Yannick Rolandeau
( Mis en ligne le 28/03/2008 )
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