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Années folles
Maurice Sachs   La Décade de l'illusion
Grasset - Cahiers Rouges 2018 /  9,90 € - 64.85 ffr. / 239 pages
ISBN : 978-2-246-81673-7
FORMAT : 12,0 cm × 19,0 cm
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Maurice Sachs (1906-1945) est un écrivain français qui aurait pu sombrer dans l'oubli si deux ou trois lecteurs aguerris n'avaient pas agi pour que son nom demeure. Sachs dût déjà convaincre ses ainés (Gide, Cocteau, Paulhan) puis certains éditeurs pour publier ses livres, seulement six de son vivant (dont trois petites monographies). L'œuvre essentielle est ainsi posthume : ses confessions - Le Sabbat, La Chasse à courre - mais aussi des romans comme Histoire de John Cooper d'Albany ou Abracadabra, et des essais - Derrière cinq barreaux, Tableau des mœurs de ce temps - sont tous parus dans les années 50 chez Gallimard.

Mémorialiste, moraliste, essayiste, romancier, Sachs avait tous les talents mais les historiens de la littérature ont surtout retenu le personnage mondain, parasite, roublard, voleur, et homosexuel. Sachs s'inspirait lui-même en permanence de sa très grande expérience du monde littéraire parisien pour alimenter ses écrits. Personnage en effet sulfureux, amoral et sensible, il finit abattu en 1945, à la libération des camps, d'une balle dans la tête par un SS. Une fin aussi tragique qu'absurde, à l'image de son existence mouvementée  ; il se constitua volontairement prisonnier à Hambourg pour agrémenter son destin d'écrivain maudit.

C'est en 1932, alors qu'il est conférencier aux USA, et fraichement marié, qu'il écrivit - en anglais - The Decade of Illusion. Ses livres auraient pu vieillir paisiblement à la Bibliothèque nationale mais depuis vingt ans, ils sont régulièrement réédités par Gallimard, Phébus, L'Herne ou encore Grasset qui, courageusement, sort à présent cette Décade de l'illusion, première œuvre véritable de Sachs (après le méconnu Voile de Véronique), jamais rééditée depuis 1950.

Menant une existence de parasite mondain (qu'il tend à dissimuler dans cet essai au style très professoral), il fréquente le tout-Paris artistique. De Cocteau à Chanel en passant par Satie et Matisse, tous les domaines sont explorés (littérature, musique, peinture, photographie, cinéma, politique), au sein desquels Sachs brosse des portraits attachants. De grandes célébrités dans un Paris où culture, fête, salon et mondanité firent de cette décennie ce qu'on appellera «Les Années folles». Son souci d'exhaustivité provoque un effet de catalogue dans certaines pages, mais aussi celui de l'érudition : à seulement 26 ans, l'écrivain-conférencier dresse un tableau quasi complet des quinze années qui viennent de s'écouler.

Car Sachs fut un acteur de ce monde parisien en ébullition ; de cette merveilleuse époque, il fut l'un des représentants les plus brillants. S'il n'a pas lu l'entièreté des œuvres dont il parle, il a, à coup sûr, rencontré les principaux acteurs du moment, de Montherlant à Cocteau, en passant par Breton, Claudel et Malraux, tous les courants littéraires importants de l'époque, toute une galerie d'écrivains dont la grande majorité sont devenus des classiques cent ans plus tard. Il en va de même des peintres - Matisse, Picasso, Soutine, etc. - qu'il présente en détails, fort de belles analyses.

Cette première œuvre de l'écrivain, ambitieuse, fait partie de la première partie de sa carrière ; elle incarne déjà le classicisme de son style et l'éclectisme de ses futures contributions. Une période heureuse alors qu'il fréquentait encore ses maîtres avant que des brouilles définitives ne viennent les séparer. Des portraits plus longs de Cocteau, Maritain, Max Jacob et Picasso relatent les rencontres, les hommes et leur art, et viennent clore cette décade, annonçant une écriture plus autobiographique (lire Au temps du Bœuf sur le toit par exemple).

Un ouvrage à conseiller aux étudiants en lettres et aux amateurs de littérature du XXe siècle, pour se rendre compte du foisonnement proprement incroyable de cette époque. Combien d'artistes et de génies indéniables occupèrent l'espace de cet entre-deux-guerres ? Qu'écrirait-on sur la décennie 2000-2015 ? Dix pages au maximum, sur Houellebecq et Richard Millet !


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 27/04/2018 )
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