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Nocturne de Choplin
Antoine Choplin   Cour Nord
Seuil - Points 2018 /  6 € - 39.3 ffr. / 150 pages
ISBN : 978-2-7578-4331-4
FORMAT : 10,9 cm × 18,0 cm

Première publication en janvier 2010 (Rouergue - La Brune)
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Une usine dans le Nord, quelque part dans le gris des années 80. Des ouvriers en grève, qui ne veulent pas laisser mourir leur lieu de travail, leur lieu de vie. Certains, résignés, d'autres, déterminés à aller jusqu'au bout, avant l'ultime négociation avec des patrons anonymes.

Parmi eux, un père et son fils. Tous deux travaillent à l'usine. Le père fait partie des militants, il est prêt à mettre en jeu sa vie, avec une grève de la faim. Le fils aimerait se sentir aussi concerné que son père. Malgré ses efforts un peu vains, il n'arrive pas à épouser la cause que défendent les «camarades». Lui, c'est la musique qui le porte, son quartet de jazz où il s'échine avec talent à revisiter les standards de Theolonious Monk. Tous deux ne partagent plus grand-chose sinon le quotidien silencieux d'une maison qu'a désertée la mère, mystérieuse pianiste morte depuis quelques années. Entre eux, la fragile tendresse des regards s'effiloche peu à peu. Ne restent, finalement, que quelques gestes dérisoires et le silence des mots lancés au hasard, comme une improvisation de jazz, mais sans l'harmonie de la musique.

Roman de la fin d'une époque, celle des années «industrielles» de la France, Cour Nord nous dépeint un monde de désarroi, de détresse sociale et individuelle. Si ce roman était une toile de peintre, nul doute que le gris y serait dominant : gris du ciel d'usine, gris de la tempête qui se lève sur cette petite ville, gris des âmes et des visages, gris des trop rares mots échangés par les personnages. Mais ce gris est beau, profond, dans ce qu'il nous livre de la dignité de ces ouvriers qui préfèrent mourir debout que plier l'échine en acceptant la mort de leur usine - leur mort à eux.

Chacun ici rêve d'un ailleurs : il y a le fils, qui désire composer cette improbable partition qu'il a entendue dans son sommeil ; il y a Nadine, la gentille ouvrière, qui imagine une oisellerie où faire voler «ses» oiseaux en liberté ; il y a Ahmed qui, las du racisme ambiant dont il est victime, voudrait retrouver son soleil natal ; il y a Gasp, pianiste génial et raté à la fois, qui se passionne tour à tour pour les basketteuses italiennes et les sociologues parisiennes, sans grand succès ; il y a Fanny, patronne de l'inévitable café ouvrier, qui n'échappera pas à la vente de celui-ci à la fermeture de l'usine ; il y a Vincent, un membre du quartet, qui rêve d'installer des pistes de ski sur le grand terril de Noeux-les-Mines.

On peut parler ici de roman social, de néo-réalisme, mais réduire les mots d'Antoine Choplin à quelques étiquettes formelles serait une erreur ; le style ici importe peu, ou plutôt il entre dans une véritable résonance avec le message délivré, volontairement ou non, par l'auteur : que reste-t-il aux anciens qu'ils pourraient avec fierté transmettre à leurs enfants ? Que peuvent-ils comprendre à ce monde en mutation qui les exclut ? La tendresse avec laquelle sont décrits les personnages, toute de nuances et de mots choisis avec pudeur, nous fait refermer le livre à regret, avec la sensation d'avoir lu un beau roman, aussi beau qu'une partition de Théolonious Monk : «Mon père sort de son sac un poste de radio, le pose sur la tablette. Je m'approche. Il m'aperçoit, continue à fouiller dans son sac. Et alors, je fais. Il sort un cahier neuf, en feuillette les pages vierges, le pose sur sa table. Ben, comme tu vois, il dit»


Michel Pierre
( Mis en ligne le 11/04/2018 )
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