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Yann quitte Emmanuelle qui le quitte
Yann Moix   Rompre
Grasset 2019 /  13 € - 85.15 ffr. / 108 pages
ISBN : 978-2-246-86357-1
FORMAT : 12,2 cm × 18,5 cm
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.«Elle vous quittera et opérera cette rupture avec une froideur qui vous choquera, une dureté qui vous stupéfiera, un cynisme qui vous consternera. Brutalement, la petite fille éperdue d’amour que vous connaissiez s’est métamorphosée en une inconnue à la voix glaciale, aux yeux moqueurs, à la tête pleine de pensées qui ne sont déjà plus vous» - Gabriel Matzneff, De la rupture.

S'il n'était pas un mauvais penseur, notamment politique, Yann Moix (né en 1968) serait peut-être un bon écrivain. Doué, passionné, intelligent, instruit, Moix cultive une posture de contestataire de gauche intello, qui aurait pu le sauver du gouffre dans lequel il s'est mis tout seul. La mondanité, la célébrité, la télévision ont malheureusement gâché ses talents. Aujourd'hui, Moix écrit comme il s'exprime, c'est-à-dire face caméra et à coups de formules alambiquées, parfois percutantes, rarement pertinentes, avec également une idéologie droit-de-l'hommiste, celle d'une sorte de sous-Hugo postmoderne, qui irrite plus qu'elle ne convainc. Si l'on croit encore fermement au J'accuse de Zola, on est plus sceptique face à la colère de Moix qui, adoubant Macron en 2017, l'accuse en 2018 dans sa lettre ouverte au président, titrée Dehors. Aujourd'hui, Moix, éconduit par sa compagne, écrit cet étrange Rompre où il regrette une certaine Emmanuelle... A t-il féminisé un Macron décevant et déçu où est ce un malheureux hasard homonymique ?...

Ce dernier ouvrage relate donc sa rupture avec Emmanuelle en septembre 2017. Où l'on retrouve le Moix orateur, moins donneur de leçons que de formules définitives sur les questions du couple et de son inaccomplissement perpétuel. Dans ce roman qui n'en est qu'un de part sa seule forme - l'auteur interroge l'auteur -, Moix revient sur un thème au final peu exploité, celui de la femme quittant l'homme qui l'a quittée.

Emmanuelle reproche à Moix, parti en croisade pour sauver les migrants, de s'intéresser à la misère humaine depuis peu. Vexé dans son louable combat, l'écrivain se sépare de sa compagne qui déjà s'acoquine avec son professeur de yoga (c'est dire à quoi tenait leur couple !). Ce que ne semble pas comprendre l'amant rejeté, c'est que la jeune femme a, semble t-il, trouvé dans son faux départ un bon prétexte pour assouvir ailleurs un amour naissant...

Bref, l'écrivain souffre, cherche à la reconquérir pendant que le superficiel "yogi" profite de la belle. Or, comme l'écrit si bien Matzneff dans De la rupture encore, ouvrage de référence pour tous les éconduits éplorés, une femme blessée (Moix a tenté de la reconquérir, notamment dans les bras d'une autre) ne fait plus confiance, ne revient jamais, vous méprise avec aisance, vous délaisse avec satiété, vous ignore avec délectation, bref, vous éjecte de votre vie avec la délicatesse d'une violence assumée.

Du coup, Moix périt, écrit, décrit ce qu'est le couple (une prison), la rupture (une liberté conditionnelle), la tentation de retrouver quelqu'un et de reproduire le même schéma ; c'est-à-dire que chaque union serait déjà finie au moment même où elle commence. Ecrivain à formules, Moix intéresse car il creuse au plus profond de ce qu'est une absence impossible (une présence fantomatique envahissante) et tiraille ce qu'il y a de plus profond en nous. L'être qui est mort pour chacun, continue très simplement de vivre pour les autres. Celle qui se jetait dans ses bras hier, n'aimant que lui, plonge dans les bras d'un autre, annihilant son ancien amant... comme s'il n'avait jamais existé. Elle continuera de fréquenter le monde entier sauf celui-ci.

Moix, écrivain "torturé", parce qu'il a été aussi un enfant torturé par ses parents, décrit le gouffre de la rupture tout autant que celui d'aimer. Une impossibilité tragique sans cesse reconduite vers la même destinée, l'identique fin du couple amoureux. C'est beau, c'est fatal et c'est banal. Pas de panique non plus, Moix va retrouver quelqu'un très vite (il l'avoue lui même, la souffrance dure au final assez peu), il est riche et célèbre, fantasme solide pour toute mondaine en mal d'aventures.

Mais le scribouillard pauvre et laid qui plus jamais ne retrouvera la beauté d'une femme aimée, quel écrivain le défendra, lui ? Ce dernier aura néanmoins tout intérêt à lire ce livre, parce qu'il est écrit avec les tripes et l'intelligence d'un artiste qui se sert d'une souffrance indescriptible pour établir un constat clair et limpide. La rupture en dit long sur le réalisme féminin, tout autant que sur le désespoir existentiel. C'est un deuil où deux vivants continuent de s'agiter en tous sens ; l'un dans son lit pour tenter de retrouver un certain apaisement, l'autre dans la vie, ''résolument tourné vers l'avenir''... !

Moix reste fidèle a son style obsessionnel, redondant, à rallonge. Si les ressorts de la rupture sont évoqués avec profondeur et sincérité, l'écrivain retombe par la suite dans des travers narcissiques qui rendent le propos moins percutant. Orgueilleux et malin, il finit son récit par l'évocation d'un amour d'enfance, platonique, quasi irréel, vieux de 42 ans, pour éteindre à jamais la source de ses souffrances et la renvoyer au néant... Subtile vengeance.

Après Dehors qui s'en prenait au président, c'est donc au tour de l'auteur de goûter à l'air froid parisien... et oublier un amour perdu.


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 18/01/2019 )
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