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Chiese chiuse
Jean-Paul Kauffmann   Venise à double tour
Equateurs (Edition des) - Equateurs Littérature  2019 /  22 € - 144.1 ffr. / 336 pages
ISBN : 978-2-84990-584-5
FORMAT : 14,1 cm × 20,5 cm
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Depuis sa libération des geôles libanaises du Hezbollah en 1988, Jean-Paul Kauffmann a toujours exploré les contrées les plus étonnantes et les plus négligées de la planète. Il a magnifié les Landes, les Kerguelen, Sainte-Hélène, Eylau, la Courlande, la Marne… Le voilà débarquant à Venise avec femme et bagages pour un séjour de cinq mois sur l’île de la Giudecca. Il s’attaque à la Sérénissime non comme un touriste lambda, ce qu’il n’a jamais été, mais pour se faire ouvrir quelques-unes des quarante-neuf églises fermées (chiese chiuse) qu’il a répertoriées sur les cent clochers existants. Il relate cette quête presque insurmontable dans un chef-d’œuvre de culture et d’humour, tout en faisant le portrait de la ville aux trente millions de visiteurs par an.

«Venise n’est pas là-bas mais là-haut selon le mot splendide de Casanova. Il existe sans doute bien des hauteurs de par le monde où l’on peut jouir d’une vue étendue sur le passé, mais je n’en connais pas d’autre où l’histoire nous saisisse à ce point pour nous relier à notre vie». L’auteur doit affronter un désir que tout concourt a priori à rendre impossible, et son propre passé d’enfermement. Il campe dans une patiente attente, doit affronter une bureaucratie insondable, se heurte à l’inertie, aux infinies subtilités locales et à la susceptibilité d’un cruel prélat énigmatique, le Vicaire qui possède les clés. Joelle, son épouse lui redonne espoir en l’empêchant de céder à la tentation d’abandonner, tant les obstacles sont grands.

En 1973, Jean-Paul Kauffmann avait déambulé avec Hugo Pratt, le créateur de Corto Maltese, dans la Venise secrète et fabuleuse. «Ce sont des lieux d’ombre et de silence. Ils doivent le rester», lui avait affirmé son guide. Mais cette mise en garde suscite d’autant plus la nécessité de connaître ces mystères et d’ouvrir des lieux fermés, à l’image des prisons, lieux d'un traumatisme sans fin chez Kauffmann. De flâneur, collectionnant signes et indices, il devient rôdeur, devant des portes entrouvertes où se glisser en jouant les passe-murailles.

Armé d’une saine ironie, il sait apprécier chaque moment proche de la béatitude, comme «le concert des cloches qui exultent et se répondent à la volée, le dimanche matin», ou le repos vespéral sur la terrasse de la Giudecca, en voyant les Zattere, face à l’église des Gesuati. Dans sa difficile quête, il est aidé par une guide touristique qui sollicite ses connaissances, une restauratrice de tableaux, un architecte renommé qui lui fait profiter de ses entrées. Quand, enfin, il lui est accordé de pénétrer dans l’un de ces sanctuaires, il découvre un spectacle d’abandon et de désolation, des chefs-d’œuvre plongés dans l’obscurité définitive, livrés à une mort lente. En sera-t-il de même pour toutes les églises ?...

L’auteur parvient brillamment à proposer une approche intense, sensuelle, littéraire (les textes de Sartre et Lacan sur Venise l’accompagnent) de cette ville magique. Son récit est sublime de finesse, d’élégance, de profondeur et d’érudition (sur les grands peintres, le catholicisme, lui l’ancien enfant de chœur en Ile-et-Vilaine, la pierre d’Istrie qui mieux que le marbre résiste aux assauts du temps).

«Toujours, j’ai préféré le combat à la victoire. Il y a une telle tristesse dans l’accomplissement de ce que l’on désire».


Eliane Mazerm
( Mis en ligne le 03/04/2019 )
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