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Littérature  ->  Policier & suspense  
 

Nesbo, plein de bruit et de fureur
Jo Nesbo   Macbeth
Gallimard - Série noire 2018 /  21 € - 137.55 ffr. / 624 pages
ISBN : 978-2-07-278605-1
FORMAT : 14,0 cm × 20,5 cm

Céline Romand-Monnier (Traducteur)
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On ne présente plus Jo Nesbo, auteur de polars norvégiens (notamment ses onze volumes des enquêtes de l’inspecteur Harry Hole), scénariste (l’excellente série «Occupied»), ex-journaliste, musicien... Voilà qu'il revisite avec brio Macbeth, sa pièce préférée de Shakespeare. C’est le «Hogarth Shakespeare project» qui est à l’origine de ce roman : en 2015, son comité a choisi huit romanciers contemporains (dont Margaret Atwwod et Tracy Chevalier) et leur a demandé d’interpréter et de moderniser le dramaturge élisabéthain.

Le drame a pour décor une ville post-industrielle (d’Écosse ou de Scandinavie ?), dans les années soixante-dix, noyée par une pluie incessante, où règnent aussi chômage, corruption et trafic de stupéfiants. Un gang de bikers, les «Norse Riders», mené par Sweno, fait régner la terreur et tente de concurrencer le tout puissant baron de la drogue, un vieil homme nommé Hécate, dit «la Main Invisible». Hécate, maître de l’ombre et des morts, tient sous sa coupe tous les officiels de la ville et inonde le marché de «bouillon», une sorte de crack très addictif.

Kenneth, préfet de police corrompu, meurt et est remplacé par Duncan qui est «partisan des réformes, de l’ouverture et de la modernisation». Ce dernier jure de débarrasser la ville de ses fléaux. Comme deux sentinelles bornant la ville, se dressent dans le district 4 Est, l’Obélisque, hôtel-casino attirant une clientèle populaire qui vient souvent y laisser son salaire, et dans le district 3, le casino Inverness, lieu glamour et feutré, tenu d’une main de fer par Lady, femme fatale qui a gravi seule les échelons du pouvoir et de l’argent, et où se croisent flics ambitieux, politiciens véreux et mafieux ayant pignon sur rue. Une guerre des polices s’instaure entre Duff, chef de la brigade des stupéfiants, et Macbeth, chef de la Garde, qui se trouve être aussi l’amant de Lady.

Le décor est posé, tous les personnages y prennent place ; le tour de force de Nesbo est de maintenir son lecteur en haleine, page après page, sur un scénario qui ne comporte pourtant aucune surprise : Lady susurrera à Macbeth qu’il est seul digne des plus hautes fonctions et que, s’il est un homme, il n’hésitera pas à assassiner Duncan pour devenir préfet de police. Hécate, du haut de son building de verre, tel un marionnettiste, observe et manipule les protagonistes et fait concocter par ses trois narco-sorcières, dans les laboratoires clandestins des bas-fonds de la gare fantôme, les potions qui mettront à sa merci toutes les âmes. Le «bouillon» est vite supplanté par le «power», substance qu’il saura rendre irrésistible au cruel Macbeth.

Qui mieux que Shakespeare a su sonder la complexité et la noirceur de l’âme humaine, l’avidité du pouvoir et les gouffres amers de la culpabilité ? Qui mieux que Nesbo pouvait s’emparer de cette géniale pièce, «pleine de bruit et de fureur», et la transformer en un polar halluciné et ténébreux ? La force de ce polar tient autant à son style quasi cinématographique, nerveux, percutant, violent - le lecteur se croirait plongé dans les scènes d’un film de Tarentino (voir l’assassinat de Banquo) -, qu’à sa fidélité à la pièce de Shakespeare. Nesbo, en ouverture de son roman, promène son lecteur sur une goutte de pluie ballotée par le vent au dessus de la misère urbaine et humaine, pour atterrir et se fondre dans «l’eau toxique, la ville, tout».

Hécate aura le dernier mot :

«À la pointe de la lune pend une épaisse goutte de vapeur ; je la saisirai
avant qu'elle tombe sur la terre ; et, distillée par des artifices
magiques, elle élèvera des visions fantastiques qui ; par la force
des illusions, entraîneront Macbeth à sa ruine. Il bravera les
destins, méprisera la mort, et portera ses espérances au delà de
toute sagesse, de toute pudeur, de toute crainte ; et vous savez
toutes que la sécurité est la plus grande ennemie des mortels»
(Macbeth: III, 5)


Sylvie Koneski
( Mis en ligne le 08/10/2018 )
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