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L’Ouest en trompe l’œil
Eric Vuillard   Tristesse de la terre - Une histoire de Buffalo Bill Cody
Actes Sud - Un endroit où aller 2014 /  18 € - 117.9 ffr. / 176 pages
ISBN : 978-2-330-03599-0
FORMAT : 10,3 cm × 19,0 cm
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William Frederick Cody fut, à l’âge de 15 ans, l’un des cavaliers de l’éphémère et fantastique aventure du Pony Express. Il fut ensuite chasseur de bisons pour les ouvriers du chemin de fer, où il gagna le surnom de Buffalo Bill, éclaireur pour la cavalerie, guide de chasse pour des personnalités attirées par le romantisme du Far West, comme le grand-duc de Russie Alexis ; il combattit les indiens et fonda une ville qui porte son nom, Cody, dans le Wyoming. Son histoire a été très tôt racontée et déformée en tous sens dans des romans populaires et des comics à deux sous qui firent de lui une légende.

Considérant qu’on n’est jamais si bien servi que par soi-même, et ayant compris qu’aux États-Unis tout peut être transformé en une grande machine à sous, pour un peu qu’on tire assez fort sur le levier, Buffalo Bill Cody décida à la fois de se mettre à son compte et de se mettre en scène. Il créa le Wild West Show qu’il promena à partir de 1883 et pendant 30 ans à travers l’Amérique et l’Europe. Cet énorme spectacle offrit à un public frissonnant quelques 70 millions de spectateurs en tout, dont la reine Victoria elle-même ; une version romantique et haletante de l’Ouest, grâce à des centaines de cavaliers, des tireurs d’élite rois du six-coups, des bisons, des bagarres et des batailles. Un peu comme la Mer de sable, en plus grand et en mieux, puisqu’on pouvait y voir de vrais indiens et de vrais héros de l’Ouest, comme, le grand chef sioux lakota Sitting Bull qui en fit partie un an et, bien entendu, Buffalo Bill en personne.

Dans Tristesse de la terre, Eric Vuillard raconte comment un brillant aventurier devint un pionnier de la société du spectacle et un entrepreneur à succès. Le sous-titre, «Une histoire de Buffalo Bill Cody», ne doit cependant pas tromper : en 150 pages, l'auteur fait le choix du survol davantage que de la description en profondeur. Il procède par aperçus, sans trame narrative forte, sans histoire qui se développe. Il esquisse les personnages, à commencer par celui de Buffalo Bill, il les imagine, mais il ne les construit pas comme le ferait un romancier.

L’impression générale qui s’en dégage est mitigée. Le lecteur ne sait pas très bien s’il lit un roman ou un récit. Il comprend ce que fut le Wild West Show, sur quels ressorts il fonctionna, mais il n’y entre jamais complètement, pas plus qu’il n’entre dans la tête de son inventeur, propriétaire et vedette. Il se contente de le croiser, de voir sa silhouette, comme n’importe quel spectateur du Show.

Eric Vuillard a voulu montrer que le spectacle ne peut pas représenter la réalité. Que celle-ci est trop subtile, trop complexe, avec tout ce que cela implique aussi de banalité, de tristesse ou de laideur, et que le public veut rêver et s’amuser. Le spectacle et le récit qui en sont tirés sont donc des impostures, comme la représentation de Wounded Knee. En décembre 1890, la cavalerie y massacra des civils sioux affamés et désarmés, au cours du dernier épisode des «guerres indiennes». Sous le chapiteau du Wild West Show, le massacre devient une improbable et épique «bataille» de Wounded Knee, opposant des guerriers à des soldats et dans laquelle Buffalo Bill, qui était en Europe au moment des faits, joue un rôle décisif et héroïque.

Le Wild West Show est donc un des premiers exemples de la société du spectacle, de l’art entertainment à l’américaine, qui doit être capable de tout mettre en scène et d’apporter à n’importe quel prix au public ce qu’il a envie de voir. On pense à John Ford, qui en connaissait un rayon en matière de représentation de l’Ouest, et à l’une des dernières répliques de L’Homme qui tua Liberty Valence, où un journaliste ayant bien compris que son métier consistait à écrire des histoires qui se vendraient, dit au sénateur Stoddard, interprété par James Stewart : «Ici, c’est l’Ouest. Quand la légende dépasse la réalité, il faut publier la légende !».


Antoine Picardat
( Mis en ligne le 07/11/2014 )
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