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De Tokyo à Metz
Philip Jodidio   Shigeru Ban - Complete Works. 1985-2010
Taschen 2010 /  99,99 € - 654.93 ffr. / 464 pages
ISBN : 978-3-8365-0735-6
FORMAT : 30.8 cm x 39 cm

Édition multilingue : Allemand, Anglais, Français

L'auteur du compte rendu : Emmanuel Cros est diplômé du Bauhaus de Weimar en Allemagne. Il exerce comme architecte libéral à Paris.

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Le Centre Pompidou de Metz est l’œuvre magistrale qui a révélé l’architecte japonais Shigeru Ban au public français, avant que ne s’ouvre à Lens en 2012 celle de ses compatriotes Sejima et Nishizawa de l’agence SANAA, les concepteurs du nouveau Louvre.

Shigeru Ban avait 20 ans lors de l’inauguration du Centre Pompidou à Paris en 1977. Il entamait alors des études d’architecture en Californie, «par hasard» à la SCI-Arc auprès de Frank Gehry et Thom Mayne (Morphosis), devenus célèbres depuis. Ban est d’ailleurs l’un des rares architectes japonais aujourd’hui mondialement connus à avoir étudié hors du Japon. Il y revient une fois obtenu son diplôme de la fameuse Cooper Union School de New-York, dominée par la figure de son doyen John Hejduk dont on perçoit distinctement l’influence dans les premières maisons qu’il réalisera quelques années plus tard, présentées en ouverture de cet ouvrage.

Ban travaille d’abord comme assistant du photographe d’architecture Yukio Futagawa et visite grâce à lui les bâtiments d’Alvar Aalto qui l’impressionnent durablement. C’est justement à l’occasion d’une exposition sur l’œuvre du maître finlandais qu’il reçoit l’une de ses premières commandes, pour en concevoir la scénographie. Il recourt alors à des tubes en carton, bruts et bon marché, comme support de la mise en espace. «Bien que je ne l’aie utilisé que pour un décor intérieur à ce moment-là, dit-il, j’étais étonné par sa résistance, sa précision et sa polyvalence» (p.35).

Il expérimente par la suite les opportunités offertes par ce matériau prêt à l’emploi dans divers projets pour la réalisation de structures autoporteuses, d’abord pour des constructions temporaires (salons et expositions) puis pour l’habitat d’urgence des rescapés du séisme de Kobé en 1995. Il conçoit plus tard des ossatures tridimensionnelles inventives, de plus en plus grandes, où il systématise l’emploi des tubes de carton maintenus grâces à des pièces d’assemblage en bois et des liaisons par câbles métalliques tendus.

Ces réalisations insolites par l’emploi généralisé du carton ont révélé “un architecte de papier” au sens premier, talentueux et ingénieux, concepteur de structures atypiques d’une évidence spectaculaire. Shigeru Ban a de nombreuse fois prouvé par ces créations en tout genre que des solutions d’apparences légères voire futiles pour des constructions s’imposent une fois réalisées par leur simplicité, leur élégance et en définitive par leur innovation incontestable.

On compte parmi les Paper Tube Structures plusieurs architectures temporaires transportables comme par exemple le Nomadic Paper Dome (Pays-Bas, 2003-2004) et le très impressionnant Nomadic Museum, espace de plusieurs milliers de mètres carrés itinérant durant trois ans de New-York à Tokyo en passant par Santa Monica pour présenter les gigantesques photographies de Gregory Colbert. Ce projet d’un bâtiment temporaire d’exposition de taille monumentale repose sur le détournement d’un matériel partout disponible : les containers réformés. L’architecte a employé ce contenant par excellence des transports maritimes planétaires comme briques de construction, recyclées sur le site de chaque projet sans qu’il soit nécessaire de les déplacer spécialement d’un lieu à l’autre puisque normalisés et partout identiques. Au Papertainer Museum construit à Tokyo en 2006 pour servir quelques semaines seulement s’empilent de la même manière des containers usagés sous un toit en toile tendue soutenu par d’exceptionnelles colonnes de carton brut de 75 cm de diamètre et 10 mètres de haut.

Shigeru Ban développe dans ces œuvres récentes des structures plus sophistiquées et s’intéresse aux matériaux composites. Le Musée de Metz en est une démonstration nouvelle, où la structure en bois lamellés-collés entremêlés forme une impressionnante résille déformée dont les colonnes de soutien sont de puissantes excroissances. Une membrane couvre l’ensemble. Sous cette vaste tente le musée déploie différents espaces d’exposition et de rencontre.

Nonobstant ses succès et le développement de trois agences à Tokyo, Paris et New-York pour construire dans le monde entier, l’architecte n’a jamais délaissé la commande privée de maisons individuelles. La variété caractérise ses réalisations que l’architecte lui-même ordonne pour nombre d’entre-elles sous le nom de Case Study Houses, reprenant la dénomination fameuse du programme conduit dans l’immédiate après-guerre sur la côte ouest des Etats-Unis pour ré-inventer la maison individuelle, ce qui dénote le potentiel d’expérimentation que Shigeru Ban accorde à ce genre de projet. Parmi les maisons, on retiendra notamment les Furniture houses où le «mobilier structurel» (p.199) supporte à lui seul toute la maison, ainsi que la poétique Curtain Wall House dans un quartier dense de Tokyo. Sur ces pilotis ce pavillon de verre s’il en est se ferme à son environnement au moyen de grands voilages extérieurs, sorte d’interprétation enlevée du «mur-rideau» de l’ère moderne rappelant aussi les pavillons japonais du passé.

Shigeru Ban présente une aptitude étonnante à assimiler des influences multiples et à les exploiter. Peut-être est-ce sa formation qui l’a amené à une pratique cosmopolite des plus variées, avec des réponses à toutes sortes de sollicitations et de programmes, petits ou grands, modestes ou luxueux.

Cette monographie constituée en collaboration avec l’architecte parue chez Taschen révèle l’importance de l’œuvre construite de Shigeru Ban. Il a dédicacé ce livre à l’ingénieur allemand Frei Otto qui l’a largement influencé dans ses recherches structurelles et l’a accompagné pour la réalisation du très beau pavillon du Japon à l’exposition de Hanovre en 2000.

L’auteur Philip Jodidio a signé plusieurs monographies d’architectes chez le même éditeur et contribué à un ouvrage spécialement consacré au Musée de Metz. On appréciera cet imposant recueil pour la quantité des réalisations pour la première fois ainsi réunies et pour les photographies grand format qu’il affiche. On regrettera la banalité des notices, très factuelles, souvent limitées à décrire les images sans analyse critique des projets.


Emmanuel Cros
( Mis en ligne le 21/01/2011 )
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