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Le monde «sous-réaliste»
François Beaune   Un homme louche
Gallimard - Folio 2011 /  6.20 € - 40.61 ffr. / 345 pages
ISBN : 978-2-07-044052-8
FORMAT : 11cm x 18cm

Première publication en août 2009 (Verticales)
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Jean-Daniel Dugommier a vécu une courte vie. Né en 1969, il meurt d'une rupture d'anévrisme le 18 novembre 2008, à l'hôpital Saint-Jean-de-Dieu à Lyon. Il laisse deux cahiers (fictifs) derrière lui, que François Beaune nous livre dans ce roman : l'un, écrit entre octobre 1982 et avril 1983, alors que Jean-Daniel est adolescent, l'autre composé 25 ans plus tard, d'avril 2008 à sa mort.

Dans son premier journal intime, celui qui est alors surnommé le «Glaviot» est ce que l'on appelle un adolescent à problèmes : associable, quasi autiste, sale, les cheveux gras, boutonneux, passionné de hard rock qu'il écoute à fond, en échec scolaire, etc. Mais cette apparence peu avenante est en fait un masque dont il se sert pour cacher son intelligence, de même que les super-pouvoirs qu'il revendique, comme celui de lire dans les pensées. Son cahier répond à un projet : noter les analyses qu'il fait du monde qui l'entoure, de ses proches, de ses voisins, et particulièrement des adolescents. 25 ans plus tard, après avoir vécu un drame familial atroce, on retrouve Jean-Daniel avec le même projet : analyser ses semblables.

Car le personnage de François Beaune est un ambassadeur des «hommes louches». Premier sens de l'expression : c'est un homme bizarre, excentrique, impossible à cerner, qui effraie et repousse ceux qui l'approchent. Asocial, incapable de s'insérer dans un système de relations «normales», il est pris en charge par l'institution psychiatrique, manière pour la société de le catégoriser, de le classer. Il semble provenir d'une autre planète, incapable de vivre sur terre, comme en témoignent ses acouphènes qui le perturbent. Mais «l'homme louche», bien évidemment, c'est celui qui contemple le monde de biais, de manière convergente ou divergente. A Lyon, Jean-Daniel élabore différentes expériences pour observer et analyser ses semblables, comprendre leur mode de vie. «Je suis le regard posé sur mon époque. Un homme louche. Le véritable ethnologue de mes semblables».

«L'Homme louche» élabore une véritable méthodologie de l'observation. Ce regard torve permet d'apercevoir le monde «sous-réaliste», ce qui est si ancré dans notre quotidien que personne ne le remarque plus. Les deux cahiers nous offrent ainsi un petit manuel du bon loucheur, attitude définie comme un «terrorisme [...] de nature molle». «Loucher est un exercice périlleux pour l'individu, qui demande un réel travail sur soi. L'objet de l'observation, le monde sous-réaliste, est un espace de limbes, parfois glauque, souvent trouble et pénible. L'ordinaire, le banal, sont des états qu'il faut savoir supporter. L'esprit se trouve souvent mal à l'aise dans cette position plus bas que terre».

L'objectif de cette démarche anthropologique : parvenir à une connaissance approfondie de la nature humaine. Dans le premier cahier, le narrateur décrit ainsi la période de l'adolescence à partir, entre autres, de l'exemple de sa sœur, jeune fille aquatique qui communique avec les objets (elle apprend à lire à son micro-onde, converse longuement avec une vieille armoire, etc.). A Lyon, ville à laquelle l'auteur rend par ailleurs un véritable hommage, c'est aux gens qu'il croise au cours de ses déambulations que Jean-Daniel s'intéresse. François Beaune nous livre ici un premier roman fondateur de cette méthodologie de la perception louche.

Toutefois, malgré cette ambition de pionnier, Un homme louche demeure un roman décevant. Les analyses du narrateur restent plates et relativement conventionnelles, malgré la déviance du point de vue adopté : les observations des adolescents, ou plus tard des Lyonnais, ne nous apprennent pas grand chose de nouveau sur la nature humaine. Jean-Daniel semble se contenter le plus souvent de recopier ce qu'il lit dans des magazines féminins. Même le pouvoir de lire dans les pensées, qu'il revendique lorsqu'il est adolescent, n'est pas mis à profit comme il le pourrait : «Un étourneau se pose sur le bord du chalet. Bientôt le mois de mars, se dit mon père». On pourrait attendre une analyse subtile et fine de différents types d'hommes. Or, les portraits qui nous sont donnés demeurent en-deçà de ce projet.

Les deux cahiers pèchent également par leur structure très répétitive. Le narrateur décrit des traits de son caractère, des habitudes de son quotidien, de manière trop insistante pour ne pas lasser. En définitive, on n'arrive pas véritablement à s'intéresser à la figure de Jean-Daniel, premier représentant fictionnel des «hommes louches». L'ambition de ce premier roman de François Beaune demeure inaccomplie.


Françoise Poulet
( Mis en ligne le 25/05/2011 )
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