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Grand corps malade
Jean-Baptiste Del Amo   Le Sel
Gallimard - Folio 2012 /  6,80 € - 44.54 ffr. / 336 pages
ISBN : 978-2-07-044530-1
FORMAT : 11cmx18cm

Première publication en août 2010 (Gallimard - Blanche)
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A la lecture du second roman de Jean-Baptiste Del Amo se sédimente une image. Celle d'un cœur - l'organe, muscle rouge sang - rôti dans une dentelle noire. Un mélange putride et raffiné, précieux et dégoûtant, auquel Une éducation libertine nous avait déjà fait goûter. Une littérature triste et viande, tourmentée, dérangeante. Ici, à travers le portrait kaléidoscopique et tragique d'une famille languedocienne.

Sète comme scène, le port, les étangs, la plage, le Mont Saint-Clair. Un jour d'été qui finira dans l'orage et un dîner familial. Sur les pas de Virginia Woolf et de sa Miss Dalloway, Jean-Baptiste Del Amo inspecte ces heures mornes conduisant au repas final, moments d'ennui et d'angoisse où viennent se broder les souvenirs fantômes, "l'infiltration du passé". Ceux de la mère, Louise, veuve d'Armand, fils de Ritals. Ceux de ses trois enfants, Fanny, femme mûre mais pourrie par la perte de sa fille Léa ; Albin, fier à bras mettant ses pas sur ceux d'un père pourtant mal aimé et mal aimant ; Jonas enfin, le petit dernier, fils à maman devenu ''pédé'', vilain petit canard dans cette triste smala.

Ils sont "étrangers les uns aux autres, à leur inéluctable décomposition", liés seulement, comme les mouches sur la toile de leur prédatrice, par un passé commun, ses secrets, ses drames, ses non-dits. Le roman se termine sur chacun des membres de cette famille, en de courts paragraphes, un pour chacune de ces "îles singulières".

Armand, mangé au petit feu du cancer, est l'absent omniprésent, père tyran, marin étranger au sien, plus proche de ses compagnons de travail. Avec lui, au fil de cette journée singulière et de ce dîner que tous redoutent, chacun revoit son passé en face, hanté, proprement lesté par son poids. "Il y a une dynamique, une vie propre au passé. Les souvenirs en enfantent d'autres et de ces unions incestueuses naissent des fables".

Des souvenirs en patchwork, qui dessinent une histoire familiale peut-être banale, riche en malaises et incompréhension, doutes, rancœurs, intolérance. Sur l'homosexualité du cadet, l'adultère possible de la mère, la dureté du père, reproduite par son fils aîné, la mort de la petite-fille sur une plage d'été, la confusion d'un des deux jumeaux, en qui, sans doute, circule aussi cette humeur qui pollue son oncle, l'amour des hommes.

Les chapitres sont courts, adoptant trois structures différentes, la dernière étant la plus hachée, la plus cinématographique aussi, gros plans sur chaque membre de ce grand corps malade. Les lecteurs les plus optimistes, ceux pour qui la famille est un havre, peineront un peu sur les sables mouvants d'un roman pourtant écrit de main de maître. Jean-Baptiste Del Amo fait assurément partie des plus pessimistes, sans que de cette peinture glauque n'ait disparu totalement la lumière, ni, du tout, pour nous, le plaisir littéraire.


Thomas Roman
( Mis en ligne le 02/03/2012 )
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