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The end of an era
Thomas Pynchon   Fonds perdus
Seuil - Points 2015 /  8.80 € - 57.64 ffr. / 614 pages
ISBN : 978-2-7578-5468-6
FORMAT : 11,0 cm × 17,8 cm

Première publication française en août 2014 (Seuil - Fiction & Cie)

Nicolas Richard (Traducteur)

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On doit se prosterner, bras devant soi, la nuque offerte, devant Thomas Pynchon, maître d'une littérature américaine particulière, d'une littérature contemporaine qui, d'une certaine manière, aurait hybridé Philip Roth et Brett Easton Ellis. L'auteur sait génialement et follement brosser les écorchures faites à l'Homme moderne, érafler l'époque dans ses détails et dans tous les sens. C'est encore le cas avec Fonds perdus.

L'Amérique d'avant la chute, à quelques mois du "Nine One One". Manhattan vibre avec énergie et titube aussi déjà. La bulle du 1.0 vient d'éclater. Pynchon revernit avec une jubilation un brin autiste les éclaboussures, et esquisse, en sons, images... et odeurs (tout détail est bon à prendre, triturer, reformater devant le lecteur ébaubi), l'imminence de la tragédie de septembre.

Au cœur du récit, une femme, Maxine, comptable et inspectrice, experte à débusquer les fraudes, les budgets trop lisses, les opérations douteuses. Panthère urbaine, mère déboussolée, peut-être "hipster" avant l'heure (Pynchon brosse magistralement l'émergence de cette nouvelle classe sociale, branchée, friquée, éco-responsable, version clean du "Yuppie" rapace qui, d'une certaine manière, a explosé avec la bulle internet, mort dans les décombres du World Trade Center).

Nous évoluons dans le labyrinthe du Web Profond, le Walhalla des geeks et des nouveaux bandits qui se comprennent en jargonnant (le lecteur, lui, finit par hocher de la tête comme ces chiens mécaniques kitchs à l'arrière de certaines voitures, hagard et consentant), et préparent le pire. Maxine les rencontre tous, explore la moindre profondeur. La coquine... L'énergie ne manque pas.

Est-ce un polar ? Oui, officiellement. Mais à la lecture, on découvre un délire, tornade littéraire de plus commise par le romancier fou. Profusions de dialogues entrecoupés d'ellipses, démultiplication des personnages dans un espace-temps indéchiffrable, bombardements de références sur le Manhattan des années 90, que l'on saisit parfois, qui nous échappent souvent, lardées de jeux de mots et de sous-entendus volatiles, sans parler de la novlangue informatique qui, pour part, relève aujourd'hui de la langue morte, et d'autre part, perdra quiconque n'a pas son Master en CS (Computer Science) en poche. Les noms de domaines s'écrivent hashslingrz ou hwgaahwgh...

"Un halo paranoïaque s'épaissit autour du crâne de Maxine, à moins que ce ne soit un brouillard de certitude. "Un brouillard de certitude". Lire Pynchon, c'est vivre cela aussi.

Alors, le lecteur s'accroche, parce qu'il faut aimer Pynchon et qu'il y a en effet maestria dans tout cela. Il s'accroche au roman parce qu'une gravité joue, qui pourrait le lui faire tomber des mains sinon. L'envie de fermer le livre érode la patience ; le besoin de continuer vrille l'âme aux mots, et tant pis si l'on en perd la moitié. Avec cette âpreté en bouche, ce sentiment de stupidité coupable parce que l'on peine à suivre un auteur qui sait où il va. Il faut du temps et une certaine concentration pour lire Pynchon ; il faut le relire aussi. Et de l'humour, milkshake de sarcasme et de tendresse, quand, par exemple, nous est rappelé l'incroyable pouvoir mimétique et cathartique qu'a pu avoir à la fin des années 90, moderne "Belle Epoque", la coupe de cheveux de Jennifer Aniston. Finalement, c'est le temps de Rachel, "the end of an era" (la fin d'une époque qui pourrait aussi être fin des temps) qui nous est ici conté, en mode règlement de comptes, pas par nostalgie (même si elle pointe, même si, coupable, on la ressent aussi).

Un roman dont la densité confère à l'anti-matière, pour dire quel trou-noir le paradigme ultra-libéral constitue : Manhattan en cité ogresse s'effondre et se recompose, absorbe, digère, détruit, renaît. Très belle et inquiétante image au mitan du récit, celle de cette réserve naturelle protégée à l'ombre des mégatonnes de déchets que l'on enterre non loin de la mégapole.

Fonds perdus donc.


Thomas Roman
( Mis en ligne le 19/10/2015 )
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