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Les insoumis
Abdellah Taïa   Un pays pour mourir
Seuil - Points 2016 /  5.90 € - 38.65 ffr. / 163 pages
ISBN : 978-2-7578-5694-9
FORMAT : 11,0 cm × 17,8 cm

Première publication en janvier 2015 (Seuil - Cadre Rouge)

L'auteur du compte rendu : Arnaud Genon est docteur en littérature française et professeur certifié en Lettres Modernes. Il enseigne actuellement les lettres et la philosophie en Allemagne, à l'Ecole Européenne de Karlsruhe. Visiting Scholar de ReFrance (Nottingham Trent University), il vient de publier Roman, journal, autofiction: Hervé Guibert en ses genres (Mon Petit Editeur, 2014). Il a cofondé les sites herveguibert.net et autofiction.org.

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Zahira, Aziz, Mojtaba, les personnages principaux d'Un pays pour mourir, le septième roman d'Abdellah Taïa, ont tous quitté le pays où ils sont nés : le Maroc, l'Algérie, l'Iran. Soit parce qu'ils recherchaient un idéal, rêvaient à une vie meilleure, aspiraient à être heureux, à être eux-mêmes, soit parce qu'ils devaient fuir, échapper à la tyrannie, échapper à la mort. Et c'est à Paris, en 2010, que leurs destins se croisent, que leurs corps se frôlent, que leurs âmes tentent de se réchauffer.

Zahira est une prostituée marocaine, elle a quarante ans. Elle s'offre aux plus démunis, aux hommes arabes, aux musulmans de Paris. Elle se donne à eux, parfois pour rien, comme l'on se sacrifie, ne les méprisant jamais et éprouvant même à leur égard quelque tendresse. Elle ne demande pas grand-chose, Zahira. Trouver un mari pour entamer avec lui «le dernier chapitre de sa vie». Mais c'est difficile, quand on s'est donné à tous les hommes, d'en avoir un pour soi.

En Algérie, enfant, Aziz était heureux avec ses sœurs, mais elles sont parties, elles se sont mariées, elles ont eu des enfants, elles l'ont laissé seul. «Sans joie. Sans magie. Sans innocence». Puis il a dû porter «le masque de l'homme», on le lui a imposé. Il lui a fallu partir, se retirer du monde. A Paris, il se prostitue, porte Dauphine, assouvissant les fantasmes de ses clients. Il se confie à son amie, Zahira : son corps, son sexe, il ne les supporte plus. Il se fait opérer pour devenir Zannouba, une femme, comme ses soeurs.

Quant à Mojtaba, Zahira le recueille, alors qu'épuisé, il s'effondre à la sortie d'une bouche de métro. Il a quitté l'Iran car il était recherché pour avoir manifesté contre le régime, en 2009, pour avoir écrit des articles sur les événements, pour avoir aimé un garçon, Samih, dont il n'a plus aucune nouvelle. La France n'est qu´une étape dans son exil, il partira, encore. A côté d'eux gravitent d'autres personnages, Naïma, l'amie heureuse de Zahira, Zineb, la sœur de son père, qui traverse le roman comme un fantôme, les actrices Isabelle Adjani et Nargis, élevées au rang de saintes…

Le roman d'Abdellah Taïa est beau comme un conte des Mille et une nuits, livre auquel il emprunte la construction par emboîtements, l'onirisme, le merveilleux. Il est un chant d'amour pour ces personnages qui n'ont trouvé leur place nulle part et qui n'ont nulle part où aller, emprisonnés à Paris, dans leur corps ou leur exil. Ce sont des personnages qui auraient ému Jean Genet. Sans aucun doute. Beaux dans leur misère, beaux de leur misère, des invisibles devenus visibles, des parias qui, sous la plume de l'écrivain, retrouvent toute leur dignité, la dignité des abandonnés.

Ceux qui connaissent l'écrivain, qui l'ont déjà lu, le retrouveront partout dans ses personnages, dans Aziz jouant avec ses soeurs, dans l'amour qu'ils portent, lui et Zineb, aux actrices, au cinéma, dans la lettre écrite par Mojtaba à sa mère, dans la liberté que chacun d'entre eux revendique. Ils le retrouveront car ce livre, comme les autres, est éminemment politique. Si les destins de Zahira, Aziz et Mojtaba s'avèrent tragiques, si leurs rêves sont déçus, ils incarnent, à leur manière, une forme d'insoumission qui force le respect mais que personne ne respecte. Arrachés à leurs pays, aux déterminismes qui les guettaient, ils pensaient trouver en France, «terre d'accueil» dit-on, un pays pour vivre là où seul un pays pour mourir les attendait. Ainsi, en interrogeant la condition de ces émigrés, de ces exilés, Abdellah Taïa nous amène à réfléchir, de manière souvent violente et toujours poétique, au regard que nous portons sur eux et à la place que nous leur accordons.

Et là résident la force et la beauté d'Un pays pour mourir : parvenir, dans un texte, une langue hérités et imprégnés de l'Orient, à offrir une image des plus justes de la société française postcoloniale...


Arnaud Genon
( Mis en ligne le 02/03/2016 )
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