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Solitudes
Tahar Ben Jelloun   L'Ablation
Gallimard - Folio 2015 /  6,40 € - 41.92 ffr. / 132 pages
ISBN : 978-2-07-046302-2
FORMAT : 11,0 cm × 17,8 cm

Voir également :

- La Réclusion solitaire, Gallimard (Folio), Avril 2014, 109 p., 6,40€, ISBN : 978-2-07-045961-2

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Tahar Ben Jelloun, né en 1944, Prix Goncourt en 1987, auteur d'une quarantaine d'ouvrages, romans, essais, récits qui rencontrent souvent le succès éditorial, dans L'Ablation, se met dans la peau d'un ami qui a subi une ablation de la prostate. Il s'adresse donc à la première personne et transmet au lecteur cette expérience singulière et douloureuse.

Trois obsessions règnent dans ce récit, lui-même obsessionnel de par son monologue étriqué et tourné uniquement vers le mal qui ronge : la peur du cancer, les conséquences cliniques de l'intervention chirurgicale et la perte de la sexualité. Suite à la prostatectomie, le patient devient incontinent et se voit dépendant des réflexes primaires qui accompagnent durant l'existence chacun d'entre nous. Ici, le malade doit porter une couche, il doit se précipiter aux toilettes en toute circonstance, se lève la nuit pour uriner, s'il y parvient. Cette régression physiologique accompagne une absence totale de virilité : le pénis n'est plus qu'un berlingot recroquevillé sur lui-même, incapable de grossir et encore moins d'honorer une éventuelle partenaire.

Ben Jelloun ne recule devant aucun tabou et décrit avec parfois des détails très crus toutes ces petites humiliations qui tiraillent le patient. Comment accepter de mener une vie sans désir, et si désir il y a, sans assouvissement possible ? Comment le dire à son prochain ? Quels sont les traitements (pilule et injection) ? Comment vivre une histoire d'amour ainsi et à quoi ressemble la sexualité d'un impuissant ? La virilité en prend un sacré coup ; c'est toute cette régression physique qui fonde le sujet du livre. Bien évidemment, la dépression arrive très vite et c'est dans une solitude quasi totale que le narrateur doit faire face aux suites opératoires.

Moins obsessionnels (curieusement, car la vie sexuelle prend dans ce récit une importance considérable alors que le cancer rode), mais tout aussi présents, les différents examens médicaux permettant le bon déroulement du traitement sont décrits : L'IRM et son tunnel assourdissant et suffocant, le scanner, les prises de sang, les sondes, les drains, les résultats d'analyse, les consultations, les rayons, bref toute une panoplie médicale que chaque patient atteint d'un cancer doit subir. Ben Jelloun s'est réellement mis dans la peau de ce patient (là réside la force et le talent de l'écrivain) afin de proposer un récit à la fois hospitalier (le circuit standard que le malade doit suivre) et clinique (le corps qui subit une prostatectomie, se délivre d'un cancer mais perd l'usage de ses fonctions essentielles), dont la force de l'évocation nous renvoie à nos propres peurs. Le personnage annonçant sa maladie n'est pas un homme entouré, les autres fuyant devant la peur de la maladie, ici représentés par un camarade ou un collègue. Cliniquement, socialement, la maladie isole. L'individu est seul pour affronter le mal qui ronge son corps, de même qu'il est seul dans sa chambre d'hôpital et dans son salon d'appartement durant la convalescence. Le bien portant ne veut pas attendre parler (et encore moins voir) de ce qui pourra le rendre mal portant un jour.

L'Ablation est un récit âpre, dur, violent, dérangeant mais nécessaire. En effet, la maladie a de grandes chances de traverser nos vies, de nous faire subir des interventions chirurgicales, de tenter de nous anéantir, mais la médecine moderne, incroyable de nos jours, a les moyens de la repousser, voire de l'éradiquer. C'est ce qu'a choisi le personnage de cette aventure en décidant l'intervention (alors que d'autres choisissent un traitement, aussi pour conserver une vie sexuelle...). Une aventure solitaire qui devrait parler à tous les malades et leurs proches.

En parallèle à ce roman, Folio publie La Réclusion solitaire (1976), récit dans lequel un narrateur immigré raconte de manière obsessionnelle, métaphorique et parfois lyrique sa condition d'ouvrier expatrié. Recourant au monologue (deux personnages parlent et se répondent), Ben Jelloun offre une espèce de chant halluciné sur la condition de l'immigré dans la France giscardienne de 1975. Pauvreté sexuelle, tyrannie du travail, précarité des logements, nostalgie du pays quitté, obsession des femmes (notamment des prostituées), malversations policières, le texte (qui ne ressemble à aucun autre) est d'abord un objet littéraire hybride où brille le chant malheureux de l'expatrié.

Le lecteur pourra se laisser porter par cette complainte lyrique et sombre... ou s'endormir dans cet univers irréel censé retranscrire les conditions de vie difficiles d'un narrateur désespéré. Le choc des civilisations prend difficilement dans ce qui constitue néanmoins un véritable choc littéraire.


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 20/05/2015 )
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