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Le bachelier
Magyd Cherfi   Ma part de Gaulois
Actes Sud - Babel 2018 /  7,80 € - 51.09 ffr. / 258 pages
ISBN : 978-2-330-09614-4
FORMAT : 11,0 cm × 17,6 cm

Première publication en août 2016 (Actes Sud - Domaine français)
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En couverture : la photo dans des couleurs qui ont mal vieilli d'une famille algérienne nombreuse, parents et enfants figés et souriants face à l'objectif. Ma part de Gaulois : un texte tonique et drôle, même si le propos ne l'est pas, sur la vie dans les cités au début des années 1980, ou plus exactement l'année où Magyd Cherfi, d'une cité des quartiers nord de Toulouse, passe et réussit le baccalauréat, cas exemplaire dans une société où la réussite scolaire est au mieux jugée inaccessible, le plus souvent lue comme une trahison.

Magyd Cherfi, né le 4 novembre 1962 à Toulouse, de famille algérienne, auteur compositeur, membre du groupe Zebda et auteur de leurs textes de chanson, militant politique, et écrivain (Livret de famille, 2004 et La Trempe, 2007), raconte comment, soutenu par la volonté implacable d'une mère déterminée, il a franchi l'obstacle et est devenu le premier bachelier de sa cité.

En exergue de Ma part de Gaulois : «L'exception française c'est d'être français et de devoir le devenir». Français, devenu français : une expérience personnelle. Le récit d'une année dans la cité où Magyd est considéré de façon ambivalente : il est l'écrivain, celui à qui l'on demande de trouver les mots dans cette population qui, pour une part, a un rapport très lointain avec l'écriture. L'écriture : passeport pour toutes les aventures, poèmes pour filles et garçons, les copains. «J'étais dans ma cité comme un magicien des mots et m'en léchais la plume. (...) Enfant, je me jetais donc à corps perdu sur tous les dictionnaires de rime et autres anthologies de la poésie française. Je mêlais sans scrupule des vers de René Char, d'Éluard ou d'Apollinaire avec mes minables élucubrations».

Mais, «magicien des mots», il est aussi méprisé, regardé avec méfiance, comme un traître : celui qui pactise avec le savoir, le bon élève d'une culture «gauloise», celui que sa mère pousse à réussir à l'école - fait inouï ! -, qui à la fois scandalise et déclenche l'envie. Il raconte avec verve la vie quotidienne, les cours de soutien scolaire organisés entre amis, les séances de théâtre, les affrontements entre clans adolescents. Les copains proches, Momo, Samir ; les ennemis proches aussi, tel Mounir le gitan. À part, objets de tous les fantasmes : les filles. Séduisantes, d'autant plus qu'elle font l'objet de farouche surveillance de la part de leurs pères et de leurs frères, interdites de tout ou presque, et qui attendent tant de Magyd et des portes qu'il ouvre ou qu'il pourrait ouvrir. Scènes terribles, telle celle du tabassage de Bija dont le seul crime était d'avoir lu Zweig ; ouvrir un livre : un crime impardonnable dans la cité, surtout pour une fille.

La cité : un monde fermé sur lui-même, dont on ne sait plus trop bien, à lire Magyd Cherfi, si ses habitants rêvent ou non de la quitter. Les moments heureux, la fête organisée par la mère de Magyd pour célébrer avec toute la famille le bac, la violence qui règne, les peurs qui se propagent. Les échos lointains de la vie hors les murs : par exemple la panique qui saisit les parents de l'auteur lorsqu'ils apprennent la candidature de François Mitterrand à l'élection présidentielle. Pour les «Français», un socialiste, mais pour eux, venus du bled algérien et qui ont la mémoire longue, il est le ministre de l'Intérieur des débuts de la guerre d'Algérie, l'homme de la répression : devront-ils faire leurs valises et repartir au pays ?

Hors les murs : quel espoir, quelle vie pour les jeunes de la cité ? L'échec de Momo au concours d'entrée du conservatoire où il présente le Créon de l'Antigone d'Anouilh. Tous les copains l'accompagnent à l'audition, troupe solidaire et bruyante ; l'échec public en est encore davantage douloureux, aiguisant le sentiment de différence : «La colère me rendait arabe. Merde ! On perd du terrain, la France s'éloigne. Tant pis. Tout casser».

Et au bout de l'aventure, les dernières phrases, apaisées : sauvé par son groupe musical, réconcilié avec sa double culture. «Comme le monde s'ouvrait à moi j'ai fait de mon fardeau des ailes, de mes blessures un bouclier, de mes fêlures identitaires deux richesses dans lesquelles s'est engouffrée la seule idée qui vaille, l'universel. En devenant Magyd, j'ai juste récupéré ma part de Gaulois».

Un récit attachant qui porte en lui tous les espoirs du début des années 1980, et qui reste d'actualité.


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 16/04/2018 )
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