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Le dernier Brautigan : De la déconstruction à la cohérence.
Richard Brautigan   Retombées de sombrero
Christian Bourgois - Titres 2018 /  8 € - 52.4 ffr. / 187 pages
ISBN : 978-2-267-03099-0
FORMAT : 10,8 cm × 17,8 cm

Robert Pépin (Traducteur)

Voir aussi, du même auteur, paru récemment chez le même éditeur (collection "Titres") :

- Un privé à Babylone
- Mémoires sauvés du vent
- Cahier d'un retour de Troie

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.«Le voyageur songea au passé qu'ils avaient partagé : leur première rencontre, au moment où ils étaient devenus amants, aux jours et aux nuits passés ensemble, au changement de décennie, aux événements, enfin, qui s'écroulent au fond des années vides et blanches, dans le silence des ruines de l'émotion». (Cahier d'un retour de Troie)

Fort de son succès littéraire à la fin des années 1960, Richard Brautigan (1935-1984) poursuit son œuvre avec L'Avortement, Le Monstre des Hawkline, Willard et ses trophées de bowling. Mais au milieu des années 70, le public le suit moins, malgré le renouvellement perpétuel que l'écrivain américain propose dans ses romans suivants : Retombées de sombrero (1976), Un privé à Babylone (1977), Mémoires sauvés du vent (1982) et Cahier d'un retour de Troie (ce dernier titre est posthume, également écrit en 1982). Durant ces années d'écriture, notons que les premiers romans de l'auteur paraissent en France.

Mûr, vieillissant, désillusionné, Brautigan passe du pastiche au tragique. Même si son univers reste singulier, cocasse et fidèle à l'imaginaire, au rêve, au merveilleux, et à l'érotisme de la première période, la tonalité de ces derniers textes, dont deux relèvent du récit personnel, est plus grave. L'auteur, attentif aux détails, soucieux de rapporter d'infimes souvenirs, travaille le récit minimaliste avec mélancolie, nostalgie et humour noir. Le rapport au lecteur reste primordial, Brautrigan souhaite qu’il l’accompagne dans ses derniers retranchements, même s’il prend toujours un malin plaisir à brouiller les cartes.

Le rêve et la chronique s'enchevêtrent dans des récits où la meute s'oppose à la solitude des personnages ; parfois pour tendre au poétique, souvent pour parodier les sous-genres traditionnels. Tout est travail de déconstruction pour parvenir à un univers mouvant mais cohérent. Ainsi Un privé à Babylone signe l'aboutissement de l'esthétique brautiganienne. Inspiré, ce faux roman noir est abouti, maîtrisé et drôle d'un bout à l'autre. L'auteur construit une intrigue (loufoque) avec un début, un déroulement et un dénouement, sans digression, quoique toujours avec le rêve comme leitmotiv (un détective rêve de Babylone et de la femme aimée durant une enquête quasi grotesque). C'est très rarement le cas dans ses autres fictions.

Le ton est grave dans les deux dernier opus, le premier traitant de l'enfance près des marécages ; l'autre, au début de l’année 1982 alors que l'écrivain est séparé d’une femme, revient sur un passé récent. Le lecteur n'échappe pas aux extravagances de ses personnages : l'un est passionné de cuisson de hamburgers quand un autre abandonne toute occupation dès qu'un immeuble est incendié. Mais si la narration connaît tant de chamboulements, c'est que l'auteur est au bord du gouffre, non pas de l'inspiration, mais de la mort qui le hante. Ces divagations retardent la séparation, et tente de créer une distance avec une existence cafardeuse à laquelle il souhaite échapper. Le style, épuré, attaque directement une réalité assez pitoyable, source infime de nostalgie. Un cheveu féminin retrouvé sous un fauteuil peut conduire le récit durant des pages.

Brautigan ne souhaite guère tricher et finit par se confier plus directement, sans digression romanesque. Il se suicide le 14 septembre 1984 dans le salon de sa maison de Bolinas, là où, 13 ans plus tôt, la servante de cette même demeure s’était également donnée la mort avant de hanter, parait-il, les lieux. On retrouve cette curieuse situation transposée dans Cahier d'un retour de Troie, paru après la disparition de l’auteur.

Cette plongée dans l'œuvre de Brautigan se fait sans bouteille car l'oxygène est là ! Christian Bourgeois assume son choix éditorial, pas facile mais courageux. Ces courts romans se lisent avec plaisir et curiosité. Il reste de ces œuvres un goût d'inachevé, de tendresse et d'humour qui ne laissera pas le lecteur indifférent. Brautigan a eu le talent et le courage de proposer un univers terriblement mélancolique que tend à détourner un humour totalement délirant.


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 14/12/2018 )
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