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Pédago-démagogie
Jean-Paul Brighelli   Une école sous influence - ou Tartuffe-roi
Gallimard - Folio essais 2008 /  7.40 € - 48.47 ffr. / 261 pages
ISBN : 978-2-07-034515-1
FORMAT : 11,0cm x 18,0cm

L'auteur du compte rendu : Scénariste, cinéaste, Yannick Rolandeau est l’auteur de Le Cinéma de Woody Allen (Aléas) et collabore à la revue littéraire L'Atelier du roman (Flammarion-Boréal) où écrivent, entre autres, des personnalités comme Milan Kundera, Benoît Duteurtre et Arrabal.
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Après le succès de La Fabrique du crétin et À bonne école, Jean-Paul Brighelli, normalien, agrégé de lettres et professeur en classes préparatoires, remet une nouvelle fois le couvert avec Une école sous influence. Il rappelait dans son livre précédent une seule chose, fondamentale et cruciale : "Le savoir est le seul vrai capital de ceux qui n'ont rien."

Dans ce nouvel essai, il commence fort : "A force de "construire eux-mêmes leurs propres savoirs, selon la rengaine pédagogiste, les élèves se sont emmurés vivants derrière un écran d'ignorance meurtrière. A force de "respecter" les enfants, leur culture en friche et la loi des ghettos, nous avons laissé dégénérer une génération entière. Quand je disais "Fabrique du Crétin", il y avait un sourire et un espoir dans le mot. Mais ce n'est plus de crétins qu'il s'agit : le barbare nouveau est arrivé" (p.12). Jean-Paul Brighelli cite évidement deux cas terrifiants, celui d'Ilan Halimi, jeune homme français de religion juive, martyrisé trois semaines durant dans une cave, en février 2006, et celui de Sohane Benziane. Rappelons que le premier a été mis à mort (l'autopsie a mis en évidence des marques de lacérations ainsi que des brûlures couvrants 80% de son corps) par «le gang des barbares» (dont le chef était Youssouf Fofana). Pour le second, Sohane Benziane, une jeune fille de 17 ans, a été découverte gravement brûlée, le 4 octobre 2002, dans un local à poubelles de la cité Balzac, à Vitry-sur-Seine dans le Val-de-Marne (94). Elle est décédée quelque temps après à l’hôpital. L’auteur du meurtre est un jeune homme âgé de 19 ans. Décrit comme un petit caïd de la cité, il avait préparé une sorte d'expédition punitive avec témoins pour faire exemple.

Le propos de Jean-Paul Brighelli est fort simple. A force de prôner la déculturation d'une façon ou d'une autre, la barbarie avance. Le propos est plus complexe qu’il n’y paraît car la langue est la colonne vertébrale de l'individualité et de l'identité. Et quand elle commence à être massacrée ou martyrisée, comme on peut le voir ici ou là, ce sont les pulsions qui déferlent. Le besoin de satisfaction immédiate. Certes, si la culture n’est pas LE rempart contre la barbarie (sinon pourquoi le nazisme?), elle permet de créer du sens, de freiner les pulsions et de brider les passions. Les totalitarismes ne brûlent pas les livres en premier par hasard et les images récentes de bibliothèques brûlées à Villiers le Bel procurent un étrange spectacle au goût amer. Il vaut mieux cultiver les gens, ce qui leur permet de réfléchir et d’ailleurs... de mieux se révolter. Il est d’autant plus piquant de remarquer avec l'auteur que la génération de Mai 68 était plus cultivée et a donc pu faire sa révolution alors que les générations suivantes, subissant les projets éducatifs pédagogiques de leurs aînés, ainsi désemparées, ont bien du mal à penser…

Logiquement, Jean-Paul Brighelli s’en prend, toujours dans un style un peu trop ferme, qui le dessert souvent, à cette entreprise pédagogique de ramollissement des cerveaux sous prétexte d'individualisme (avec explosion en conséquence des égoïsmes et narcissismes). En prétextant l'autonomie de l’individu, on a fait rentrer le monde et ses humeurs dans l’école au lieu de l’en préserver. C’est-à-dire le monde des pulsions, de l’ignorance érigée en émancipation contre le savoir soi-disant élitiste. Cette indistinction entre vie privée et vie publique est effectivement l’une des calamités de notre époque.

Cette déculturation progressive a atteint les populations les plus fragiles en les livrant au consumérisme le plus effréné. Et à un retour du religieux sous prétexte de liberté d’expression et de tolérance. Cette liberté «d’expression» n’est effectivement qu’une liberté de consommation. Le résultat est là : «Et sans vouloir cultiver le paradoxe, force est de constater que les meilleures écoles privées, en s’accrochant à l’enseignement traditionnel, prédisposent moins les élèves à la pensée unique et au tout religieux que le système public. La pédagogie moderne a si bien distordu la laïcité qu’elle en a fait le terreau de la superstition» (pp.141-142). Pour l’auteur, il faut resacraliser l’école sinon la démocratie restera minée de l’intérieur. Jean-Paul Brighelli a raison sur le fond globalement même si l’on attendra plus de nuances dans ses jugements et moins d’effets de manches parfois (comme celle-ci : «Retour à l’Encylopédie et à l’encyclopédisme – sinon, demain, les chiens»).

Mais la vraie cible, cette fois-ci, est ailleurs, comme le titre l'indique : la religion, justement. S’il propose des choses pour miner le terreau des absolutismes religieux, l'auteur met trop au centre de son livre le fait religieux en lui-même. Ce qui donne moins de poids que d’habitude à sa démonstration. Il se trompe lourdement sur ce point. Certes, s’il critique vertement le pédagogisme qui, sous couvert d’«expressionnite» aiguë, a laissé rentrer le voile dans l’école et donc l’intolérance religieuse, sous prétexte de respect des cultures, l’auteur oublie que la religion en général n’est que l’uniforme d’une volonté de puissance plus large. Philippe Muray est bien plus pertinent sur ce sujet. En bon athée, Jean-Paul Brighelli est impitoyable seulement envers la religion (à son obscurantisme en général) en oubliant, étrangement, de s’en prendre à d'autres systèmes de pensée. D’ailleurs, le pédagogisme n’est pas "religieux" là non plus, d'autant que Mai 68, que critique vertement l'auteur, vient en droite ligne de cette culture anti-religieuse de gauche, révoltée, individualiste et égoïste, qui a tant fait de mal à la culture et à l'école.

La contradiction est flagrante. Et une partie du livre, notamment le chapitre intitulé «Petite histoire des monothéismes», s’avère assez inutile pour le coup. Outre son côté sommaire et caricatural, le propos retombe dans le catéchisme des athées.


Yannick Rolandeau
( Mis en ligne le 18/06/2008 )
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