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De la difficulté d’être médecin
Syuho Sato   Say hello to Black Jack (vol. 1)
Glénat 2004 /  6.40 € - 41.92 ffr. / 180 pages
ISBN : 2-7234-4732-4
FORMAT : 11x18 cm
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Saitô, jeune diplômé de la faculté de médecine d’Eiroku, va enfin découvrir ce que signifie être médecin. Enfin, presque… Propulsé au cœur du service de chirurgie du CHU d’Eiroku, notre jeune interne se trouve rapidement confronté aux difficultés que présente cet éprouvant sacerdoce : nuits blanches, décès de patients, rivalités entre confrères et autres contrariétés ne manqueront pas de mettre du plomb dans l’aile aux douces rêveries idéalistes du jeune homme, le ramenant par la même occasion durement sur terre : pour être médecin, une chose est sûre, il faut en baver !

Say hello to Black Jack est ce qu’on pourrait nommer un manga-réalité. Hyperréaliste et pragmatique, ce premier tome particulièrement bien documenté se veut un état des lieux de la pratique médicale japonaise. Chiffres à l’appui, l’auteur illustre ainsi de façon démonstrative la véritable crise morale que traverse la profession, constat tout à fait extrapolable à l’ensemble des pays développés, et notamment la France : manque de personnel, coûts exorbitants des soins que la société ne pourra bientôt plus financer ou encore défaut de formation des futurs médecins, avec une critique toute particulière pour les études médicales, fondées les six premières années (!) sur la théorie pour ensuite « lâcher » les jeunes internes sur le terrain. Sato réalise ici un cours accéléré de santé publique et d’économie de la santé, pointant du doigt tous les dysfonctionnements d’un système saturé et déliquescent.

Mais au-delà du problème de la politique de santé menée au Japon, c’est au petit monde de la médecine que l’auteur s’en prend, en s’attaquant au sacro-saint CHU (Centre Hospitalo-Universitaire). Rien ni personne n’est épargné : les patients consommateurs de soins chers et parfois inutiles, les ambiances « salle de garde », les staffs qui se transforment en pugilats et les professeurs, qui en prennent pour leur grade (on retiendra le grand professeur Kasube, pour qui une intervention chirurgicale se limite à l’incision, laissant la suite à ses assistants). Pour preuve, cette tirade cinglante mais non dénuée de vérité, même si tout ceci peut sembler un peu amer : « En fait, Professeur, ce n’est qu’un titre. Ça n’a pas vraiment de signification : écrire un mémoire sur un sujet d’expérimentation, passer sa thèse, et puis après ne pas lever le nez de ses recherches pour publier des articles en quantité industrielle. Un jour, on finit par devenir Professeur. Ceux qui se démènent pour les malades, à courir dans l’hôpital à toute heure, ceux qui sont devenus talentueux en passant leur carrière au bloc, ceux-là ne deviennent jamais Professeur… ».

Sans oublier le jeu de pouvoir et de concurrence qui opposent les plus ambitieux, l’appât du gain qui ronge les plus vénaux, la pesante mais nécessaire hiérarchie qui oppresse les plus faibles. Ce portait au vitriol, d’un cynisme et d’une lucidité dérangeante, sombre malgré tout quelquefois dans un alarmisme exagéré. Les médecins y sont en effet présentés comme tout-puissants et assoiffés de pouvoir mais, rassurez-vous, l’époque des mandarins est heureusement belle et bien terminée. Caricaturale, la série dépeint ainsi des professionnels de santé terriblement humains, en proie à leurs affects et à leurs travers : la naïveté et l’idéalisme de Saitô-à-la-bouille-de-gosse s’opposent ainsi à l’orgueil et la froideur des plus anciens, qui n’ont pas forcément toujours tort.... Avec en filigrane des questions déontologiques dérangeantes : peut-on gagner de l’argent sur le malheur des autres ? Quand peut-on parler d’acharnement thérapeutique ? Qu’est-ce qu’être médecin ?

Bref, vous l’aurez compris, ce premier tome aborde une foultitude de thèmes qui font de ce manga une oeuvre poignante et percutante, même si les problèmes médico-légaux sont pour l’instant occultés, attribuant par conséquent au médecin un statut de demi-dieu qu’il n’est pas (ou plus), et malgré quelques invraisemblances qui relèvent de l’anecdote, comme un interne en chirurgie avec un stéthoscope autour du cou ! Tout ceci aurait pu être horriblement déprimant si Sato n’y avait pas glissé des notes d’humour bien senties, revenant par exemple sur la sourde animosité qui oppose chirurgiens et internistes, les premiers taxant les seconds « d’enculeurs de mouches » et les seconds percevant « les équarisseurs » comme des brutes épaisses, le bistouri entre les dents…

Au final, cet instantané blasé et désopilant de la médecine du XXIe siècle mérite une mention très spéciale : à lire absolument.


Océane Brunet
( Mis en ligne le 08/08/2004 )
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