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Bande dessinée  ->  Fantastique  
 

Celtique et choc
Nicolas Bournays    Froideval   Nexus (tome 1) - Le gardien
Glénat - Zenda 2000 /  12.06 € - 78.99 ffr. / 48 pages
ISBN : 2-7234-2356-5
FORMAT : 23 X 32
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Le succès du Moyen Àge a probablement toujours tenu à son ambiguïté : âges obscurs pour les uns, splendeur inégalée de la foi pour les autres ; anéantissement de l'Antiquité vénérée pour un Grégoire de Tours, puis apaisement du "blanc manteau d'églises" qui semble tout recouvrir aux approches de l'an Mil chez Raoul Glaber.

Dès lors, ses commentateurs se partagent en deux catégories : les scientistes qui veulent y voir clair et, par exemple, entendent en "finir avec le Moyen-âge". Et puis, les plus malins, qui ont bien saisi tout le parti qu'on aurait à ne surtout pas lever les équivoques (Michelet ou Hugo, qui prend un plaisir malsain à tout casser dans la boutique de l'imaginaire féodal: à peine a-t-il réhabilité le gothique qu'il nous décrit Notre-Dame-de-Paris badigeonnée de vert chou et de rouge sang de boeuf). L'heroïc fantasy s'inscrit bien entendu dans cette tradition, qu'elle pousse à l'extrême de sa logique. Tout y est flou et indéterminé, tout y est repassé aux couleurs brumeuses d'un amoralisme nietzschéen appliquées avec la grandiloquence d'un Lovecraft.

Car tout est ici question de codes, et Froideval recycle, comme l'exige le genre, ceux de la légende arthurienne. L'air de rien, les règles n'en sont pas moins strictes que celles qui régirent en d'autres temps le théâtre classique. Scrupuleusement donc, Bournays nous dessine les hommes velus à souhait, comme il dote ses pucelles de poitrines hypertrophiées. Voilà justement un objet emblématique de la période, la jouvencelle : plus bas que les jongleurs, nous dit H.I. Marrou d'un manuel de confesseur, il ne trouve à placer que les femmes (Les Troubadours). Et pourtant la poésie courtoise du XIIè siècle fait de la femme l'idéale conquête du chevalier. Difficile de résister ici au rappel de l'encouragement adressé par Chrétien de Troyes dans Perceval le Gallois :

"Femme qui sa bouche donne
Le reste sans peine abandonne
".

Ca tombe bien, le dessinateur a emprunté ses formes à Laetitia Casta pour en habiller son héroïne (qui est ici la fille de Sean Connery) : hé bien non, on vous a dit qu'on restait dans le flou, on n'en verra pas plus. Finalement, ce style de bandes dessinées, c'est un peu la Patrouille des Castors d'aujourd'hui : ça se laisse lire à 11 ans comme à 17 ans. C'est là un des paradoxes piquants de l'exercice : de l'héritage des maîtres américains (le graphisme revendique sans s'en cacher l'influence évidente de Frazetta), tout est conservé, y compris la pudibonderie exigée outre-Atlantique pour pouvoir être distribué.

L'amateur ne sera pas déçu : cette pitance devrait satisfaire son appétit, d'autant plus qu'au bric-à-brac pagano-new-age habituel, le dessinateur ajoute à cette première réalisation une touche personnelle. Les batailles rappellent certes davantage Druillet qu'Ucello, mais les portraits de prélats empourprés sont tout droit tirés de Bacon. L'histoire est passablement embrouillée à ce stade de son développement (il ne s'agit que du premier tome), mais promet une exploitation longue et fructueuse. Pourtant, l'humour reste encore en deçà de ce qu'en laissent espérer les premiers dialogues : grandiloquence assumée, bouffons et gnomes pouvaient tirer l'album vers un grotesque que les auteurs ne semblent pas encore oser choisir.


Nicolas Balaresque
( Mis en ligne le 05/12/2000 )
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