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Bande dessinée  ->  Science-fiction  
 

C’était en 1984
Miguelanxo Prado   Stratos
Mosquito 2007 /  13 € - 85.15 ffr. / 64 pages
ISBN : 2-35283-002-8
FORMAT : 23x30 cm
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Réédition d’un album initialement paru en 1990 chez les Humanoïdes Associés, Stratos est une occasion de (re)découvrir les premiers pas du dessinateur espagnol et surtout une autre facette de son talent de graphiste, dans un univers de science fiction cauchemardesque en noir et blanc, éloigné des ambiances oniriques de Venin de femme et des vignettes vives et explosives des Chroniques absurdes. Ici, c’est un Prado encore studieux et qui se cherche ; le crayon inspiré et jamais paresseux, il compose des planches scrupuleusement hachurées, aux contrastes marqués et expressifs, de l’ombre profonde et des cieux blancs au loin. On remarque aussi le goût déjà prononcé pour la caricature et les faciès déformés. Les mentons s’allongent, les crânes s’aplatissent, l’évolution de l’homo sapiens a pris pas mal de coups sur la tête chez Prado, rendant chacun un peu plus laid, un peu plus ridicule. Le résultat est un monde peu convivial fait d’idées noires et de fumée grasse; des murs lisses couverts d’affiches publicitaires, des intérieurs charbonneux, des usines dans le brouillard et des buildings écrasants. Et de l’autre côté de la ville, la nature se réduit à une savane artificielle blanchie par la canicule ou des landes escarpées battues par les vents.

Après Fragments de l’Encyclopédie des dauphins, avec lequel Stratos partage le même penchant pour l’anticipation pas toujours très rose, Prado construit ici un univers cauchemardesque où l’individu est peu à peu soigneusement broyé par les grandes puissances et où les profits comptent plus que leurs vies (air entendu). Et lorsque ça n’est pas le PDG de la boîte qui vous déglingue, c’est le collègue d’à côté qui vous poignarde dans le dos. Chacun pour soit et tous contre un, Stratos est une cité terrifiante où il ne fait pas bon vivre, une dictature brazilienne où les contraintes et les restrictions conduisent à une violence absurde et des comportements cruels. Et quand bien même on souhaiterait s’évader pour un safari photos dépaysant, la sauvagerie et l’égoïsme refont surface, retour de bâton obligé pour une société déshumanisée et barbare. Quant au retour à la nature, loin de toutes technologies, c’est l’idéal refuge pour quelque temps mais risquant vite d’ennuyer les technocrates indécrottables. L’humour grinçant de Prado est ici continuellement de la fête et le déraisonnable kafkaïen est convoqué à plusieurs reprises, bouffées d’oxygène certes peu fraîches mais bienvenues dans un monde qui ne propose guère d’alternatives heureuses.

En plusieurs petites nouvelles, Prado dresse donc l’architecture brinquebalante d’une cité bouffée par l’argent, la publicité, la terreur et la surveillance. Chaque histoire passe d’un personnage à l’autre, mais au final, peu d’individus restent à sauver. Du petit employé d’usine au grand magnat en passant par l’infirmière niaise ou le banquier sans scrupule, chacun rajoute une couche de bêtise, de méchanceté, d’idiotie perverse et d’individualisme forcené. L’amour et les sentiments n’ont plus leur place ici. Rappelons que la plupart de ces planches datent de 1984. Date symbolique pour un auteur motivé et talentueux marchant sur les pas d’Orwell. Même si tout ici ne semble finalement pas d’une mordante originalité, et si on lui préfèrera les atmosphères aériennes de Trait de Craie ou les méchantes fables cartoonesques que sont les Chroniques absurdes, Stratos reste une mordante évocation d’un avenir pas forcément éloigné ; une vision du futur toujours d’actualité servie par un graphisme remarquable.


Alexis Laballery
( Mis en ligne le 24/07/2007 )
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