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Histoire & Sciences sociales  ->  Antiquité & préhistoire  
 

Crassus, Suréna, Rome et les Parthes
Giusto Traina   Carrhes, 9 juin 53 avant J-C - Anatomie d'une défaite
Les Belles Lettres - Histoire 2011 /  23 € - 150.65 ffr. / 238 pages
ISBN : 978-2-251-38110-7
FORMAT : 15cm x 21,5cm

Gérard Marino (Traducteur)

Giovanni Brizzi (Préfacier)

L'auteur du compte rendu : Sébastien Dalmon, diplômé de l’I.E.P. de Toulouse, est titulaire d’une maîtrise en histoire ancienne et d’un DEA de Sciences des Religions (EPHE). Ancien élève de l’Institut Régional d’Administration de Bastia et ancien professeur d’histoire-géographie, il est actuellement conservateur à la Bibliothèque Interuniversitaire Cujas à Paris. Il est engagé dans un travail de thèse en histoire sur les cultes et représentations des Nymphes en Grèce ancienne.

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Giusto Traina, professeur d’histoire romaine à l’Université Paris IV-Sorbonne, publie dans la même collection que son original 428. Une année ordinaire à la fin de l’Empire romain (2009), une étude sur la bataille de Carrhes, qui vit la défaite de cinquante mille Romains, commandés par Crassus, face à l’armée parthe commandée par le général Suréna. Avec cet ouvrage qui semble, à première vue, ressusciter l’histoire-bataille, on se rend bien vite compte qu’on est en fait bien loin d’une simple approche événementielle.

Le premier chapitre, «L’invasion», dresse d’abord un portrait des deux puissances antagonistes, à savoir Rome et l’empire arsacide des Parthes, avant de s’attacher plus spécialement au point de vue romain. La carrière de Crassus, l’un des hommes les plus riches et les plus puissants de Rome, est rappelée non sans opérer une certaine réhabilitation du triumvir que l’on a trop souvent réduit à sa cupidité, et qui ne fut pas un plus mauvais général que tant d’autres. Sa carrière fut tout à fait honorable : il se battit aux côtés de Sylla, puis sur le front ibérique, avant de réprimer la révolte de Spartacus. Il a surtout eu le malheur d’être comparé aux deux géants Pompée et César. Elu consul avec Pompée en 55 av. J.-C., Crassus obtint en partage la Syrie et fut chargé de préparer l’expédition contre les Parthes. Il rassembla des troupes considérables et organisa l’offensive contre la Mésopotamie. Mais il se replia sur la Syrie en hiver, tout en réclamant aux princes locaux – notamment au roi d’Arménie Artavasdès – leurs concours en hommes et en argent. Le but était d’enlever aux Parthes les régions qu’ils avaient arrachées aux Séleucides et de prendre la capitale Ctésiphon.

Le deuxième chapitre, «En attendant le démon blanc» se place plutôt du côté des Parthes. Le site et la situation de Carrhes, qui correspond à l’ancienne Harran où séjourna un temps Abraham, sont d’abord rapidement évoqués. Giusto Traina s’intéresse ensuite au personnage de Suréna, le jeune général parthe, tout en rappelant que sa lignée, celle des Sûrên, gouvernait en fait la partie orientale de l’Empire. Son armée – dont la cavalerie était composée presque exclusivement de cataphractes (dispositif où les cavaliers et leur monture étaient tous deux recouverts par une cotte de maille) –, est également décrite. Giusto Traina aborde également la question de la représentation des Parthes chez les Romains : les flèches et les archers de ce peuple sont ainsi devenus un véritable topos littéraire.

Le troisième chapitre, «Chronique d’une défaite annoncée», s’intéresse plus particulièrement aux différentes étapes de la bataille qui se déroula le 9 juin 1953. Crassus, convaincu que l’armée de Suréna n’était qu’une avant-garde, décida de se ranger à l’avis de son fils Publius et des autres cavaliers, qui voulaient engager l’assaut immédiatement. L’infanterie romaine ne put engager de combat au corps à corps à cause de l’incessante pluie de flèches à laquelle la soumirent les Parthes, alors que son organisation était fondée sur le mouvement des légions en rase campagne. Les Romains firent alors appel aux cavaliers gaulois auxiliaires, qui s’efforcèrent d’éventrer les chevaux ennemis, mais qui se heurtèrent à un véritable mur de cataphractes, qui mirent aussi en déroute les fantassins romains. Crassus, la nuit venue, tomba dans la prostration après que son fils ait été tué. La retraite fut ordonnée, mais Crassus fut capturé et finalement tué dans des circonstances confuses. Le bilan de la bataille fut catastrophique ; la moitié des quarante mille légionnaires tombèrent sur le champ de bataille et seuls dix mille survécurent. Le corps de Crassus fut abandonné aux animaux, ce qui était peut-être moins infamant aux yeux des Perses qu’à ceux des Grecs, et sa tête et sa main droite furent envoyées par Suréna au roi Orode. Selon une tradition rapportée par Florus, les Parthes auraient versé de l’or fondu dans la bouche du cadavre du général, pour étancher sa soif de richesses. Les Parthes avaient fait un grand nombre de prisonniers. Beaucoup de blessés moururent, mais d’autres survécurent, réduits en esclavage. Certains réussirent peut-être à retourner dans leur patrie en 20 av. J.-C., quand les Parthes négocièrent avec Auguste un accord sur la restitution des survivants et des enseignes. La défaite de Crassus n’a finalement pas modifié en substance l’équilibre entre les deux puissances.

Le quatrième et dernier chapitre est consacré à «La mémoire de la bataille» et à ses suites. Après la défaite, les Romains n’étaient pas restés inactifs. Cassius défendit avec succès la Syrie. Plus tard, Pompée puis César reprirent l’idée d’une guerre contre les Parthes. L’expédition de Marc Antoine fut un échec, et Auguste ne se risqua pas à une guerre en Orient. La défaite de Carrhes laissa des traces dans la poésie d’Horace et les écrits des historiens. En 9 ap. J.-C., la défaite de Teutobourg reproduisit le schéma de Carrhes, et le malheureux Varus fut considéré comme un nouveau Crassus. Mais surtout, la bataille de Carrhes avait contribué à fixer sur l’Euphrate la ligne de démarcation entre les Empires romain et parthe. Nous ne disposons pas du point de vue contemporain des Parthes sur ces événements, même si la saga persane de Rostam s’inspirait peut-être des actions de Suréna. A l’époque impériale, Plutarque nous offrit le récit le plus détaillé sur la bataille, dans sa Vie de Crassus, tout en donnant du général vaincu un portrait plus équilibré que les auteurs de l’époque augustéenne. Florus, quant à lui, reprit tous les stéréotypes négatifs attribués à Crassus. Les auteurs de l’Antiquité tardive, tels Zosime, Eusèbe de Césarée et Ammien Marcellin, firent également référence à Carrhes, de même que l’historien arménien Moïse de Khorène, qui commit l’erreur d’attribuer la mort de Crassus au roi Tigrane, alors que celui-ci n’était plus en vie à l’époque de la bataille.

Giusto Traina montre dans cet essai brillant que la bataille de Carrhes n’a pas changé le monde, qui n’aurait guère été différent, probablement, dans l’hypothèse d’une victoire des Romains. Etudier cet évènement lui a donné l’occasion d’en explorer des aspects historiques et historiographiques d’une fascinante complexité, et pas seulement pour l’historien de l’Antiquité classique et orientale.


Sébastien Dalmon
( Mis en ligne le 21/02/2012 )
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