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Histoire & Sciences sociales  ->  Moyen-Age  
 

Scènes médiévales de la vie ordinaire
Jean Verdon   Être chrétien au Moyen Âge
Perrin 2018 /  22,50 € - 147.38 ffr. / 398 pages
ISBN : 978-2-262-06448-8
FORMAT : 14,2 cm × 21,2 cm
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Passé maître dans l’art des synthèses portant sur le temps long (La Nuit, Perrin 1994 ; Le Plaisir, Perrin 1994 ; Voyager, Perrin 1999 ; Rire, Perrin 2001 ; Boire, Perrin 2002 ; L’Amour, Perrin 2006 ; Les Superstitions, Perrin 2008, etc.), le médiéviste Jean Verdon s’intéresse ici à ce qui fait le socle sur lequel s’inscrit la vie de tout individu du Moyen Âge occidental : l’être chrétien. Condition universelle puisque les hérésies elles-mêmes ne sont qu’interprétation non officielle du christianisme. L’athéisme ? Sans doute existe-t-il, mais il ne s’exprime pas ouvertement et échappe à l’historien. Impossible au Moyen Âge, mise à part la communauté juive, d’être en dehors de la condition chrétienne. D’ailleurs le temps que traverse l’auteur ne débute-t-il pas avec l’instauration du christianisme en religion d’État (380, Édit de Thessalonique promulgué par l’empereur Théodose) ? Et pourtant, dira J. Verdon en conclusion de sa recherche, l’Église dispose-t-elle vraiment d’instruments efficaces face aux attitudes contraires à ses commandements (p.373) ?

L’enquête traverse un bon millénaire puisqu’elle s’étire sur un Moyen Âge taillé large, du IVe au XVe siècle. À l’intérieur duquel bien des choses changent. Les conditions de vie, bien sûr. Les évolutions de toutes sortes, et, partant, les sources dont dispose l’historien. Le livre de J. Verdon entend traiter des divers moments de la vie chrétienne, pris en compte de façon thématique. Mais par la force des choses, il revient, dans chacun de ses chapitres, aux repères les plus classiques de la chronologie médiévale : les Ve-Xe siècles, qualifiés de période d’organisation ; les XIe-XIIe siècles, époque d’affirmation ; avant d’arriver aux XIVe-XVe siècles, dits de confusion.

L’historien dispose de toutes sortes d’instruments pour mener son enquête. Les sources normatives ne manquent pas, de même les commentaires et sermons. Des décisions et des recommandations, se révèlent – fût-ce en creux - les pratiques. Les témoignages, documents dont on attend qu’ils montrent plus concrètement le vécu des attitudes chrétiennes, sont d’autant plus précieux qu’ils sont rares. En outre, ils concernent, même quand il s’agit de saints personnages donnés en exemple, essentiellement des grands de ce monde. Et au fil des pages, on retrouvera souvent la reine Mathilde (Xe siècle), saint Louis, Jeanne d’Arc et l’épouse (souhaitée parfaite) du Bourgeois de Paris (XVe siècle). Les recueils de sermons illustrent de nombreuses situations ; quoiqu’ils ne nous soient connus qu’à travers un filtre, ces textes étant conservés en latin mais prononcés en langue vulgaire. Et puis les travaux d’historiens qui ont analysé tel ou tel aspect des diverses périodes médiévales, toujours référencés par J. Verdon et développés en bibliographie, ont déblayé le terrain étudié par l’auteur. Reste qu’il est difficile «d’appréhender la vie intime d’hommes dont la mentalité apparait fort différente de la nôtre» (p.385).

L’ouvrage suit une thématique logique, selon le déroulement de toute vie : celle d’un laïc, pris en charge de sa naissance à sa mort, depuis son baptême (les parrainages, quelle complexité !) jusqu’à sa mort, toujours redoutée tant les clercs ont dressé des images effrayantes de l’enfer qui, à les en croire, guette tout un chacun. Celui qui n’aura pas sa sépulture en terre consacrée est sûr de ne pas y échapper. Angoisse qui entraine, au cours de sa vie, le bon chrétien à se confesser bien plus souvent qu’à communier. La confirmation reste rare. Aussi bien dans leur ensemble les fidèles sont trop ignorants pour s’attacher aux sacrements autres que le baptême (p.48). Le plus souvent, l’éducation religieuse digne de ce nom ne concerne que les grands de ce monde, les clercs eux-mêmes ne disposant pas d’une formation bien solide. Les fidèles assistent aux célébrations de façon passive plus qu’ils n’y participent, exception faite des temps forts que sont processions et surtout pèlerinages. Au fil des synthèses présentées par J. Verdon, le lecteur découvrira l’émergence de doctrines, de gestes – tels ceux de la prière, de la grande prostration à la simple génuflexion - qui se sont mis en place de façon perdurable, quand d’autres ne nous semblent plus que fantaisies de l’Histoire.

L’être chrétien imprègne tous les moments de la vie humaine. Le calendrier liturgique constitue le seul repère temporel. Encore que l’obligation du repos dominical fasse l’objet de trop de rappels pour qu’on puisse le croire vraiment observé. Mais l’Église veille à ce que jeûne et abstinence soient respectés. La charité est vertu majeure. Ses actes, auparavant exercés par les seuls clercs, intéressent aussi à partir du XIe siècle les laïcs, par l’intermédiaire de fondations, confréries, aumônes. La paix entre les hommes se charge d’une forte connotation religieuse.

Les femmes passent, elles, pour très ignorantes. Pourtant, dans toutes les classes de la société, c’est aux mères qu’il revient d’assurer l’initiation religieuse des enfants, au titre des premiers apprentissages qu’elles assurent dans toutes les familles. Prioritairement, elles apprennent aux petits les prières essentielles que sont Credo, Notre Père, auxquelles s’ajoutera tardivement le Je vous salue Marie. Évidemment toutes n’ont pas la culture - ni l’ambition – de Dhuoda (IXe siècle) pour son fils. Ce sont les femmes, encore, qui président aux rituels de la mort. L’Église reconnait volontiers que le chemin d’une exemplaire sainteté leur est ouvert. Ainsi la reine Mathilde est-elle le paradigme de la sainte épouse, à un moment où la perfection est jugée possible pour les laïcs, hommes et femmes. À la fin de la période envisagée, beaucoup de confréries sont ouvertes aux femmes. Et puis, un autre rôle leur est reconnu : celui d’aider à faire la paix, à mettre fin aux conflits.

Les différents tableaux que dessine Jean Verdon couvrent de la façon la plus concrète et la plus large possible les diverses situations dans lesquelles se trouve l’homme médiéval. Et en dépit de l’érudition de son auteur, l’écriture reste fluide. Le livre s’adresse à tout esprit curieux, sa culture historique fût-elle élémentaire. Le chercheur trouvera in fine les références bibliographiques essentielles. Un index thématique n’aurait pas été inutile.


Jacqueline Martin-Bagnaudez
( Mis en ligne le 21/01/2019 )
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