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Histoire & Sciences sociales  ->  Période Contemporaine  
 

Une Finlande sans Kalevala
Seppo Hentilä   Osmo Jussila   Jukka Nevakivi   Histoire politique de la Finlande - XIXe-XXe siècle
Fayard 1999 /  24.43 € - 160.02 ffr. / 522 pages
ISBN : 2-213-60486-X
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Saunas, rennes et téléphones mobiles : voilà toute la Finlande pour les Français. C'est dire combien il pouvait sembler utile de mettre à la disposition du grand public un ouvrage de vulgarisation sur l'histoire contemporaine de ce pays. Après la fin du bloc soviétique, le moment paraissait venu d'écrire, sans arrière-pensées et avec un certain recul, une histoire du membre le plus nordique de la Communauté européenne. Malheureusement, le présent ouvrage ne répond que très partiellement à cette attente.

L'ouvrage s'ouvre avec l'annexion de la Finlande par l'Empire russe. Le bref tableau des siècles antérieurs est des plus insuffisants. Pays de peuplement finnois, la contrée est évangélisée au XIIIe siècle par des colons suédois, qui s'installent le long des côtes et forment jusqu'au XXe siècle la classe dominante. Province suédoise, la Finlande passe à la Réforme à la fin du XVIe siècle, comme tout le pourtour de la Baltique, qui demeure un lac suédois jusqu'à la fin du XVIIe siècle. Au cours de la longue guerre du Nord menée par Pierre le Grand contre la Suède, les rapports de force s'inversent. La Carélie et l'Ingrie passent à la Russie. Tout au long du XVIIIe siècle, l'Empire russe ne cesse de croître en force et en étendue, tandis que la Suède s'affaiblit et que des mouvements séparatistes, sur lesquels on aimerait savoir davantage, se produisent en Finlande. Ce processus aboutit en 1809 quand, après les accords de Tilsit, le pays passe sous domination russe.

Il s'agit d'un changement de suzerain plutôt que d'une annexion. Le Tsar devient grand-duc de Finlande et le Sénat finlandais lui jure fidélité, tandis que l'autocrate reconnaît les libertés traditionnelles. Cette autonomie va sa maintenir tout au long du XIXe siècle, en un temps où les pays baltes et la Pologne subissent une intense politique de russification. L'ouvrage ne nous en explique pas les raisons. Sans doute tiennent-elles à l'éloignement : la Finlande n'est reliée à Pétersbourg que par l'isthme de Carélie. Il faut dix jours de route pour aller de la capitale à la ville de Turku. Les liaisons se font le plus souvent par bateau et l'été. Tardivement, le manifeste impérial de 1899 tente d'imposer l'usage du russe au Sénat. C'est un échec. En 1914, la Finlande ne compte encore que 0,2% de russophones, alors que l'Estonie en dénombre 11% ! Les partis politiques locaux demeurent d'ailleurs autonomes des partis russes. En 1905, l'agitation nationale se développe à la faveur de la révolution. En 1906, la Finlande adopte le suffrage universel masculin et féminin.

La révolution russe de 1917, en renversant la dynastie impériale, détruit le lien personnel qui liait la Finlande à la Russie. L'opinion finlandaise croit longtemps à la victoire de l'Allemagne. Le beau-frère du Kaiser, Frédéric-Charles de Hesse occupe même brièvement le trône en octobre 1918. C'est le début d'une guerre civile entre socio-démocrates et bourgeois, rouges et blancs, dont les blancs sortent vainqueurs. Comme dans le cas de la Commune de Paris, la répression est féroce, mais des mesures d'amnistie sont prises rapidement, dès les années 1920. Ces années troublées voient perdurer le clivage blancs/rouges et se révéler celui entre Finnois et Suédois. Les auteurs ne nous disent rien cependant des recoupements entre ces deux lignes de fracture. Dans un contexte de vif anticommunisme, des mouvements de type proto-fasciste font leur apparition.

Au cours des années 1930, la situation évolue de façon très inattendue : le pays connaît un certain essor économique, fascisme et communisme sont contenus. La société finlandaise retrouve sa cohésion, fondée sur la conscience de l'unité nationale, sur la confiance dans la prospérité du pays, sur l'instauration d'un État-providence à la mode nordique et surtout sur un fort sentiment de supériorité vis-à-vis du voisin soviétique.

Les accords Ribbentrop-Molotov d'août 1939 livrent la Finlande à l'Union soviétique. Mais, à la surprise générale, la petite nation va résister victorieusement à l'invasion communiste : c'est la "guerre d'hiver" (octobre 1939-avril 1940). Le monde a les yeux fixés sur le pays, qui suscite la sympathie en Allemagne comme en Occident. Menés par le maréchal Mannerheim, les Finlandais se battent bien, ralentissant la progression soviétique dans l'isthme de Carélie, ce qui leur permet de conclure la paix suivant des clauses relativement modérées (perte de la Carélie et de Petsamö).

Un an plus tard, lorsque le Reich envahit l'Union soviétique, la Finlande rentre en guerre contre son grand voisin, sans pour autant conclure d'alliance formelle avec les Allemands, qui sont seulement tenus pour "compagnons d'armes". C'est ce que l'historiographie finlandaise nomme la "guerre de continuation". Des troupes allemandes prennent l'offensive à partir de la Finlande du Nord et l'armée finlandaise récupère la Carélie, mais refuse de mettre le siège devant Léningrad et se cantonne bientôt à une guerre défensive. Le dégagement est décidé le 3 février 1943, le jour même de la reddition de Stalingrad. Des négociations commencent par l'intermédiaire des États-Unis. Les dirigeants finlandais réussiront ce tour de force de quitter le conflit sans être envahi par l'Allemagne. En juin 1944, après deux ans et demi de guerre de position, l'armée rouge reprend l'offensive et fait reculer les Finlandais jusqu'à la frontière de 1940. Au traité de Paris de 1947, la Finlande est ramenée à ses frontières d'avril 1940 mais le pays échappe à l'occupation soviétique. L'absence de cinquième colonne communiste empêchera que puisse se produire l'équivalent d'un coup de "Prague". La "finlandisation" commence. Elle durera jusqu'en 1991.

Bien que tous ces faits y soient rapportés avec force détails, l'Histoire politique de la Finlande souffre des plus graves faiblesses. La problématique fondamentale de l'identité finlandaise, finnoise et/ou suédoise, est esquivée. Les réalités socio-économiques le sont également. D'une façon générale, le contexte géographique, économique, social et culturel est supposé connu. On sent bien, pourtant, que, très tôt, le niveau de vie et le niveau d'éducation de la Finlande a été supérieur à celui de l'Empire russe, mais cela n'est pas dit explicitement, ni a fortiori expliqué.

Tous les noms de lieux sont finlandisés, sans que des cartes viennent les situer pour le lecteur. Ainsi le fleuve russe Svir devient-il le "Savari" et Vyborg "Viipuri" ! Toutes les abréviations ne sont pas développées. Quant à la bibliographie, elle ne comprend pas de titres russes et très peu d'allemands. Les trois contributions des trois auteurs se succèdent, sans aucune unité de ton : il s'agit davantage d'une juxtaposition d'études que du fruit d'une réflexion collective. Traduite du finlandais, destinée à un public finlandais, cette Histoire de la Finlande souffre d'un certain provincialisme et de l'absence de perspectives comparatives, notamment avec les pays baltes dont les destinées furent longtemps comparables à celles de leur voisin nordique; la grande histoire de la Finlande reste à écrire.


Jean-Pierre et Thierry Sarmant
( Mis en ligne le 10/08/2001 )
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