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Histoire & Sciences sociales  ->  Période Contemporaine  
 

Les Allemagnes au secret
Olaf Mueller   Erich Schmidt-Eenboom   Histoire des services secrets allemands
Nouveau monde 2009 /  24 € - 157.2 ffr. / 635 pages
ISBN : 978-2-84736-472-9
FORMAT : 13,8cm x 22,4cm

Préface de Roger Faligot

L'auteur du compte rendu : Gilles Ferragu est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris X – Nanterre et à l’IEP de Paris.

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Impressionnante, cette histoire des services secrets allemands (de la RFA, puis de l’Allemagne unifiée : le Bundesnachrichtendienst désormais BND)… Tout d’abord parce qu’on en méconnait – de ce côté-ci du Rhin – le rôle et les moyens, obnubilés que nous sommes par des services plus médiatisés. Or l’histoire des SR allemands – pour complexe qu’elle soit – n’a rien à envier à celle des plus belles agences. A commencer par une naissance agitée dans cette Allemagne «année zéro» de la fin de la guerre. L’heure est à la dénazification mais les débuts de guerre froide viennent nuancer les buts de guerre de la veille. L’agence allemande est donc promise à un rôle majeur dans la guerre nouvelle, marquée par un face à face avec son double maléfique, la Stasi, et sa stature d’avant poste de la démocratie libérale (un avant poste largement occupé par d’anciens nazis…).

Le tableau de la lente maturation du BND est déjà un beau roman, quasi un thriller, avec ses anciens nazis intégrés – et dissimulés – dans l’OG, l’organisation Gehlen, du nom de ce général allemand placé à la tête des services secrets militaires d’Hitler, qui sut habilement négocier la défaite et la sortie de guerre, réinvestissant ses archives et ses réseaux à l’Est (ou supposés tels : attention à la déception), réintégrant, par la petite porte, ses hommes du temps de la guerre (non sans difficultés et débats : les services de renseignement furent souvent accusés de retraiter d’ex-nazis, non sans raison). Mais la démocratie libérale, pour lutter contre l’URSS, est prête à fermer les yeux (et du reste, la Stasi va également bénéficier de la collaboration, plus ou moins volontaire, de nombreux ex-nazis). Les premiers succès (avec des hommes bien infiltrés dans la zone soviétique de l’Allemagne occupée) et les premières crises (les fuites, les trahisons, l’extermination de réseaux complets) s’intègrent dans une histoire désormais connue, celle de la guerre de l’ombre avec Berlin comme champ de bataille. En particulier, la partie d’échecs avec la Stasi ne fait que débuter, qui va devenir un sport national, discret, mais inévitable… et dur : les défaites sont sévères (on pourrait parler d’un syndrome Philby, d’autant plus risqué que la question se pose de savoir quelle Allemagne on trahit). Gehlen, véritable figure tutélaire, y perdra sa couronne (après plus de 20 ans de règne, il est vrai !).

Une ère de construction qui s’achève donc avec le départ de Gehlen en 1968, dans un climat pénible d’échecs, d’affaires douteuses et d’appels croissants à la réforme. Le service, pensé comme un instrument militaire, doit négocier le virage de la modernité. Son nouveau chef, Wessel, doit déjà s’imposer à la «génération Gehlen»… qui l’a d’ailleurs mis immédiatement sur écoute… atmosphère, atmosphère ! Alors que la Stasi remporte de beaux succès, le BND se répand en Europe de l’Est, parvient même à infiltrer le KGB, s’essaie à l’action clandestine au Portugal, en Amérique latine et en Afrique (pour se retrouver à nouveau face à la Stasi), noue des contacts avec le Mossad comme avec le monde arabe, découvre même (sans vraiment l’exploiter) le projet soviétique d’invasion de l’Afghanistan. Le vent du changement se met toutefois à souffler favorablement à la fin des années 80 : le système soviétique flageole, la RDA est à la peine et le BND en profite pour s’infiltrer dans quelques «colonies» socialistes (Syrie, Afghanistan, Albanie…). Le temps est également à la coopération européenne mais en ce domaine, le BND se signale par une politique plus florentine, ou machiavélienne, qu’il n’y paraît.

Si l’ouverture des frontières et la chute du mur de Berlin furent une surprise (divine !) pour les maîtres-espions du BND, ceux-ci surent réagir, en profitant du départ des Soviétiques pour monter, notamment avec les services Français (dont le nom de code, au passage, est «pois de senteur»… les stéréotypes francophobes ont la vie dure!), une vaste et ultime opération d’infiltration en direction de l’URSS déstabilisée, «Girafe» qui clôturait la guerre de l’ombre du temps de la guerre froide. De nouveaux territoires s’offraient alors, ainsi que de nouvelles menaces : les Balkans dans un premier temps, ainsi que le crime à dimension transnationale (terrorisme, mafias, trafics divers), profitant de l’écroulement des blocs et prospérant dans ce nouveau Far East. Les nouveaux temps supposent de nouvelles missions pour un service finalement devenu «adulte», qui s’est – tardivement – doté d’un statut légal (1991), a conquis son autonomie (notamment vis à vis des Américains) et a su négocier la fin de la guerre froide. Au temps de l’hyper-terrorisme, le BND est devenu un acteur de poids, reconverti dans la sécurité du continent européen.

L’enquête, réalisée avec force lectures et archives par les deux journalistes Michael Mueller et Eric Schmidt-Eenboom, se signale par des portraits psychologiques toujours intéressants (avec une réelle fascination pour le cas Gehlen), et une écriture qui sait mettre en scène les acteurs. Si l’attention se porte, logiquement, sur les points les plus importants (la guerre froide, la guerre contre le terrorisme…), les questions d’organisation et les rapports internes au BND, les rapports avec le monde politique ou encore les interactions avec les autres services (à commencer par la tutelle américaine de l’après guerre) font l’objet de développements intéressants, qui éclairent le cadre dans lequel le BND évolue et se forme.

Un ouvrage de référence sur un aspect méconnu, mais loin d’être marginal, de l’histoire allemande.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 01/12/2009 )
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