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Histoire & Sciences sociales  ->  Période Contemporaine  
 

On refait la bataille
Jacques Sapir   Frank Stora   Loïc Mahé    Collectif   1940. Et si la France avait continué la guerre... - Essai d'alternative historique
Tallandier 2010 /  26 € - 170.3 ffr. / 587 pages
ISBN : 978-2-84734-707-4
FORMAT : 15cm x 22cm

L'auteur du compte rendu : Gilles Ferragu est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris X – Nanterre et à l’IEP de Paris.
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Juin 1940 : l’armée allemande enfonce les lignes françaises, l’exode, la débâcle, l’écroulement du régime, Pétain devient président du Conseil et réclame l’armistice, fin de régime et fin de partie.

Juin 1940 : l’armée allemande enfonce les lignes françaises, l’exode, la débâcle… mais le 13 juin, lors d’une séance spéciale du conseil des ministres, Pétain – partisan de l’armistice – se heurte à un de Gaulle combatif, qui regroupe bientôt autour de lui une majorité de ministres. Le vieux maréchal est donc écarté, et avec lui, l’option défaitiste, Paul Reynaud conserve son fauteuil, épaulé par de Gaulle, Blum, Mandel… La France, toujours républicaine, reste dans la guerre et n’abandonne pas l’Angleterre…

… Forcément, ce n’est pas de l’Histoire, mais indubitablement, cela relève du genre historique : rien n’est vrai, tout est vraisemblable et, à ce degré de précision – on imagine les débats présidant à l’écriture de cet ouvrage –, la démarche scientifique est indéniable. A partir d’une réflexion menée sur internet (et qui continue - 1941 et 1942 sont en cours – cf. http://1940lafrancecontinue.org/) par des participants de toutes origines, on aboutit donc à cette réécriture de l’année 1940, qui tient compte des possibilités, des moyens, des ressources de la France, affaiblie mais pas vaincue. L’heure est au sursaut national et l’année 1940 verra la France retrouver un élan, en optant délibérément pour une guerre méditerranéenne, visant la Sardaigne, l’Afrique du Nord (Libye italienne) et, plus largement, la domination d’une mer qui doit devenir «nostrum».

L’ouvrage s’appuie sur une bibliographie large, est doté de cartes des diverses opérations (fictives), et décline donc, sur le mode alternatif/hypothétique, tous les outils de l’Histoire. Certes, diront les grincheux, c’est une histoire «batailles», une histoire au jour le jour, heure par heure quasiment : une chronique de la France en guerre mondiale… mais une chronique haletante, jubilatoire. A rebours d’une certaine vision de la bataille de France – et l’on ne saurait trop conseiller la lecture, à cet égard, du Comme des lions de D. Lormier, qui casse le mythe d’une armée pré-vaincue –, cet ouvrage fait la démonstration des qualités très réelles de l’armée française.

Histoire alternative donc, qui suit une logique propre. La défaite de juin n’est pas un effondrement, mais une crise, sévère, qui se conclut par une France complètement conquise en août 1940… et un déménagement algérois pour la République. Les Allemands occupent donc bien la France, et par ailleurs, un État français nouveau est fondé (à Paris, par Pierre Laval)… Mais la guerre continue. Reste à redéfinir un champ de bataille, recompter ses forces, reconsidérer les ennemis (car le 13 juin, l’Italie est de la partie depuis quelques jours) et adapter sa stratégie à la nouvelle configuration (une guerre au Nord et à l’Est, ainsi qu’en mer Méditerranée). L’empire colonial – qui inquiétait tant Hitler – s’impose inévitablement comme une base et une ressource enfin exploitée, de même que l’aire méditerranéenne, où la flotte française (pas question de l’envoyer par le fond à Mers el kébir !) a une partie à jouer (et quelle partie !). Tandis que l’Angleterre n’échappe pas au blitz, les Français font face à une situation improbable, mais – et c’est tout l’enjeu de cette démonstration – pas impossible. L’année 1940 – réécrite – est une année de crise et de reconstruction (et à cet égard, le dialogue conclusif entre de Gaulle et Churchill, dans sa simplicité, a un charme indéniable). Du reste, à la fin 1940, la situation est suffisamment originale pour que le cours de la guerre en soit totalement changé : la Méditerranée est devenue un deuxième front pour les Allemands, et Barbarossa attendra ! Quant au lecteur, il attend avec impatience et espoir 1941 et 1942 !

L’historiographie française est une historiographie sérieuse : on se défie du genre alternatif et l’uchronie est rangée dans la case SF… Quelques historiens s’y sont essayés, par bribes (notamment Fabrice d’Almeida et Anthony Rowley, dans un Et si on refaisait l'histoire ?, Odile Jacob, 2009, un peu injustement passé sous silence) mais le genre n’est clairement pas académique, contrairement aux États-Unis où l’étude des What if ? est considérée comme un exercice intellectuel légitime (cf. la préface de Laurent Henninger, qui donne à l’ensemble son cadre conceptuel, et l’introduction méthodologique solide des auteurs), qui impose au chercheur une réflexion sur une base concrète, et donc une connaissance fournie des divers aspects (politique, économique, social, culturel…) d’une situation.

Justice donc que cet ouvrage dense, haletant, réfléchi, l’équivalent universitaire d’un bon wargame, autour d’une hypothèse simple – la poursuite de la guerre – développée en mode historien, c'est-à-dire avec méthode et en tenant compte du contexte. Une belle démonstration et, à de nombreux égards, un ouvrage pionnier dont on aimerait qu’il fasse école.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 06/07/2010 )
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