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Histoire & Sciences sociales  ->  Période Contemporaine  
 

Deux intellectuels dans la Résistance armée
Fabienne Federini   Ecrire ou combattre - Des intellectuels prennent les armes (1942-1944)
La Découverte - Textes à l'appui 2006 /  28.50 € - 186.68 ffr. / 312 pages
ISBN : 2-7071-4825-3
FORMAT : 13,5cm x 22,0cm

L’auteur du compte rendu : Eric Alary, agrégé d’histoire, docteur en histoire de l’IEP de Paris, est professeur en Lettres Supérieures et en Première Supérieure. Il est l'auteur de La Ligne de démarcation en 2003 et de Les Français au quotidien (1939-1949) en 2006 chez Perrin.
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L’ouvrage écrit par la sociologue Fabienne Federini se penche sur le parcours singulier de deux philosophes normaliens, entrés dans la lutte armée en 1942. Jean Gosset (1912-1944) et Jean Cavaillès (1903-1944) ont eu avant guerre un parcours qui ne les prédestinait pas forcément à prendre les armes et à poser des bombes. Sous l’occupation, ils auraient pu s’en tenir à une «résistance de plume» comme nombre de leurs collègues déjà très courageux.

Cette étude de cas comparative permet d’observer que l’histoire et la sociologie des intellectuels dans les années noires ont encore beaucoup à dévoiler. C’est là le mérite principal de l’ouvrage que de se livrer à une nouvelle recherche sur le thème de la résistance des intellectuels. La sociologue démontre qu’il y a encore des pans méconnus de l’histoire de l’engagement résistant en France. Avant elle, sa collègue Gisèle Sapiro a livré en 1999 (La Guerre des écrivains, Fayard) une somme remarquable montrant l’ampleur de l’histoire des écrivains entre 1940 et 1945, avec une part consacrée à la résistance de plume.

Celle qu’étudie Fabienne Federini est autre. Elle a choisi un philosophe peu connu, Jean Gosset, et un autre bien étudié ces dernières années par les historiens (et pas aussi anonyme que la sociologue le prétend en introduction), Jean Cavaillès – voir notamment l’ouvrage collectif dirigé par Jean-Pierre Azéma et Alya Aglan, publié chez Flammarion en 2002. Autour de cinq chapitres, Fabienne Federini croise avec un certain brio les parcours de deux résistants atypiques, déjà militants antifascistes après 1936. En 1940, ils combattent en première ligne face à la Wehrmacht, ce qui leur permet d’acquérir une bonne expérience des armes et de l’organisation. La chercheuse tente de comprendre et d’expliquer sociologiquement ce qui fait entrer Cavaillès et Gosset dans la résistance armée. Leur position sociale bien assise avant le conflit ne les oblige plus à prouver sans cesse leur talent et leurs compétences pour franchir de nouvelles étapes dans leur parcours professionnel. Ils auraient pu résister avec des textes. Par exemple, Jean Gosset était l’un des rédacteurs de la revue Esprit ; Jean Cavaillès a écrit dans les années vingt et trente plusieurs articles sur la nature terrifiante du nazisme. Aussi, ils décident de prendre un autre chemin. Dans sa démonstration, la sociologue prévient : leur engagement armé à partir de 1942 ne peut pas s’expliquer exclusivement par une habitude du militantisme. Elle a donc choisi de scruter avec grand soin les «dispositions politiques, dont on suppose qu’elles ont été précocement acquises au sein de leurs familles respectives». En somme, quel est le facteur qui a été le plus déterminant dans le choix de conscience des deux philosophes ? Est-ce la sphère familiale, scolaire ou professionnelle ? Comment sont-ils passés d’une «disposition» à résister à une action «effective» à partir de 1942 ?

Analysant la singularité de deux parcours avant guerre et au début de l’occupation, Fabienne Federini se penche sur le processus de socialisation politique où engagement résistant et expérience militante ont été confrontés. Par le biais du chapitre 4, l’auteur réfléchit à cette période transitoire de «dissidence» qui précède la prise des armes par deux intellectuels devenus «terroristes» aux yeux des occupants et du régime de Vichy. C’est un chapitre essentiel du livre puisqu’il permet de comprendre comment les deux hommes se sont préparés mentalement et physiquement à la lutte, ce dès avant guerre et jusqu’à l’aube de 1942.

La sociologue démontre comment les deux philosophes passent du refus individuel à la résistance collective alors que leurs parcours ne sont pas tout à fait les mêmes ; pourtant, ils devinrent tous les deux membres du mouvement Libération-Nord. Elle rappelle leur cheminement depuis le retour au foyer familial après la débâcle jusqu’à l’entrée en clandestinité. Le chapitre 5 tente une approche sur le thème de «la génération de résistants» qui prolonge les études historiennes sur la jeunesse dans la Résistance. L’engagement des deux philosophes apparaît alors comme vraiment exceptionnel ; l’auteur réalise pour ce faire une grille de lecture sociologique très originale qui lui permet de dresser, sous forme de graphique, une «toile de la première résistance élaborée à partir des relations individuelles des pionniers» (p.263). Les deux hommes se sont en fait extirpés de leur condition d’intellectuels des années trente. L’auteur finit son ouvrage en rappelant avec une grande honnêteté que l’étude peut encore être affinée.

Ce livre apporte incontestablement une observation neuve de la Résistance dans la lignée des travaux de sociologie lancés par nombre de chercheurs inspirés par les méthodes de Pierre Bourdieu. C’est un ouvrage qui comptera pour les chercheurs qui se lanceront dans l’histoire toujours périlleuse de la Résistance. Des annexes sommaires et méthodologiques complètent l’ouvrage ainsi qu’un classement des sources et une bibliographie utile.


Eric Alary
( Mis en ligne le 16/11/2006 )
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