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Histoire & Sciences sociales  ->  Période Contemporaine  
 

Violences vécues, violences construites : une exploration des sociétés rurales
Frédéric Chauvaud   Jean-Luc Mayaud    Collectif   Les Violences rurales au quotidien - Actes du 21e colloque de l'Association des ruralistes français
Boutique de l'histoire 2005 /  19,50 € - 127.73 ffr. / 376 pages
ISBN : 2-910828-34-4
FORMAT : 14,0cm x 22,0cm

L’auteur du compte rendu : Ludivine Bantigny est maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Rouen.
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Ce livre a été longtemps attendu : il s’agit en effet des actes du 21e Colloque de l’Association des ruralistes français, qui s’est tenu en octobre 1997. Mais il vient à point nommé pour éclairer le programme des concours sur un aspect important des sociabilités rurales. Chaque terme de son titre mérite explication et nuances, ce que les contributeurs s’efforcent de faire, chacun à sa manière. «Violences» : pour «hallucinantes» que soient certaines d’entre elles, selon le mot de Fr. Chauvaud et J.-L. Mayaud, d’autres sont verbales, d’autres encore symboliques ; l’acception du mot varie donc fortement d’un texte à l’autre. «Rurales» : l’un des intérêts de ces actes est de s’inscrire à contre-courant de la vision traditionnelle — les «classes dangereuses» seraient de la ville —, et par là même aussi d’une historiographie majoritairement «urbaine» en ce domaine. «Quotidien» enfin : bien que certains textes portent sur des faits exceptionnels, les plus nombreux prennent à bras le corps les manifestations les plus courantes de la violence : conflits familiaux ou de voisinage, violences au travail et violences de loisirs, violences du retour au «pays» et violences faites à «l’autre», qu’il soit habitant du village voisin, nomade ou étranger. Il apparaît d’ailleurs que cette violence d’altérité n’est pas celle qui domine, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer un peu vite en songeant à la cohésion villageoise.

On déplorera quelques lacunes éditoriales parsemées dans le livre. On ne sait rien, par exemple, des auteurs : si la transdisciplinarité est évidemment bienvenue, on aimerait pourtant savoir si l’on a affaire à des textes d’historiens, de géographes, de sociologues ou d’ethnologues. Certaines communications auxquelles font allusion les rapports conclusifs, alléchantes, sont malheureusement absentes du volume. Le titre lui-même ne précise pas la période étudiée, qui s’étend du premier XIXe siècle aux toutes dernières années du XXe siècle. Mais on passera outre pour souligner, d’abord, l’utilité de la dense introduction en forme de réflexion historiographique, que proposent les deux maîtres d’œuvre du colloque. Les passages sur la «mémoire longue», expression empruntée à Taine, sont notamment très féconds pour réfléchir à l’imprégnation de micro-événements dans la «communauté villageoise» — notion essentielle à l’ouvrage. Autre apport précieux : le croisement actif des échelles ; le livre comporte aussi bien des études de «cas» que des analyses de longue durée sur ces violences rurales. D’aucuns s’efforcent d’en prendre la mesure en établissant des statistiques, puisées à diverses sources : les tribunaux, dans le cas par exemple des violences conjugales (Petra Cador) ou des querelles liées à la transmission du patrimoine (François Ploux) ; l’enquête de 1891 sur les violences faites à enfants analysée par Jean-Jacques Yvorel ; les chiffres fournis par la Gendarmerie nationale, qu’utilise Patrice Bayard pour une étude succincte en Poitou-Charentes ; ceux de l’Institut national de la statistique et des études démographiques, sur lesquels s’appuient Roselyne Kerjosse et Joseph Nizard pour montrer que la surmortalité rurale, qui concerne enfants, adolescents et jeunes adultes, tient à la létalité traumatique (accidents divers) et non aux maladies — dans la période 1982-1990.

Bien que les révoltes populaires et les violences politiques aient paru dans un premier temps devoir être exclues, comme «non quotidiennes», elles sont quand même présentes avec l’examen, entre autres, de la violence franquiste intériorisée jusqu’à nos jours (Béatrice Sommier), de la fusillade tragique de Montredon le 4 mars 1976 (que traite Jean-Philippe Martin dans un bel article, «Le sang de la vigne») ou de «l’affaire Étienne Bolo», coupable idéal de feux de forêt en tant que «gauchiste», au début des années 70 ; bien qu’innocenté, il se suicidera en 1985 après avoir traîné durant des années les séquelles de ces fausses accusations. Mais cette dernière affaire, pour évidemment politique qu’elle soit, est aussi traitée par Olivier Nougarède sous l’angle du fait divers rural et de la construction médiatique. Cette approche s’avère toujours aussi fructueuse, en particulier ici sous la plume d’Édouard Lynch. Myriam Tsikounas préfère quant à elle observer ces faits divers sous l’angle littéraire et a choisi pour cela les beaux textes de Maupassant, qui lui-même se disait «mi-noble mi-paysan». Le livre mêle donc «réalités» et «représentations», même si l’on aurait attendu qu’elles soient davantage encore croisées et comparées.

Au fond, la question reste de savoir s’il y a vraiment une spécificité des violences rurales. Jean-Jacques Yvorel, par exemple, répond «non» sur plusieurs points : les coups portés aux enfants au sein de la cellule familiale, l’exploitation économique qui leur est imposée sont comparables à ceux du monde urbain. On pourrait en dire autant de bon nombre de faits divers, ou encore des rixes entre jeunes gens. Mais comme le souligne Jean-Claude Farcy, les paysans aiment à «vider leur colère entre eux». C’est en effet surtout la proximité propre aux sociétés rurales, et dès lors des formes particulières de contrôle social liées à une interconnaissance personnelle forte, qui en signent la marque. Toutefois, un tel livre ne devrait pas conduire à surévaluer la place de ces violences : comme y insiste aussi Jean-Claude Farcy dans ce volume, elle ne sont pas le cœur des rapports sociaux dans le monde rural.


Ludivine Bantigny
( Mis en ligne le 26/09/2006 )
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