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Histoire & Sciences sociales  ->  Période Contemporaine  
 

Retour à l’Orient compliqué...
Maurice Albord   l’Armée Française et les États du Levant - 1936-1946
CNRS éditions - Moyen Orient 2000 /  29.01 € - 190.02 ffr. / 336 pages
ISBN : 2-271-05713-2
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"Vers l’Orient compliqué, je m’en allais avec des idées simples", a un jour écrit le général de Gaulle, évoquant son bref séjour au Levant. C’est à un voyage militaire dans cet Orient compliqué que nous convie Maurice Albord en retraçant un épisode peu connu du déclin politique français au long du XXè siècle.

Notre implantation en Syrie et au Liban dans le cadre du mandat donné par la Société des Nations en 1919 semblait pourtant le signe que la France se trouvait au premier rang des puissances mondiales. C’est tout le paradoxe de cette année où, au lendemain de la Grande Guerre, la France victorieuse mais épuisée eut un instant l’illusion d’être parvenue à son apogée.

D’entrée, les Français conçurent les pays sous Mandat comme une extension de leur Empire colonial et le mandat de la S.D.N. comme une fiction. Toute une littérature reliait le Levant français aux anciens royaumes francs des Croisades. Les buts poursuivis étaient moins clairement définis. Il s’agissait surtout de faire pièce aux Anglais, qui, dans les dépouilles de l’Empire ottoman, s’étaient octroyé la part du lion.

Après la pacification des années 1920, l’armée française tendit à s’assoupir, soleil et vie facile aidant (p. 29-35). Les militaires cherchaient à prolonger leur séjour le plus longtemps possible, afin de préserver les avantages financiers attachés au séjour outre-mer. Cependant, les populations locales, surtout en Syrie, considéraient les Français comme des occupants. Les nationalistes arabes, surtout musulmans, s’agitaient et s’organisaient en s’inspirant des partis fascistes européens, tels "les chemises de fer" syriennes. La séparation entre Syrie et Liban n’était pas admise par tous.

Par ailleurs, le Levant français était entouré de voisins hostiles: Turquie, à qui l’on finit par céder le Sandjak d’Alexandrette, Empire britannique peu bienveillant. Dans ce contexte, la ligne politique française fut particulièrement peu claire. En 1936, fut conclu un traité reconnaissant l’indépendance de la Syrie. Il ne fut jamais ratifié par la France.

Arrive la guerre. En 1939, le général Weygand fut nommé commandant en chef d’un fantomatique "théâtre d’opérations du Moyen-Orient" dans la perspective d’une offensive de revers par les Balkans, à l’imitation de ce qui s’était fait pendant la Première Guerre mondiale (p. 69-84). En raison du développement des opérations à l’Ouest, ces plans restèrent dans les cartons. Bientôt, Weygand regagnait la France et, à la faveur de la défaite, la IIIè République cédait la place à l’État français.

Dans leur très grande majorité, les Français du Levant se rallièrent sans difficultés au régime nouveau. Au mois de décembre 1940, le maréchal Pétain nommait le général Dentz haut-commissaire et commandant en chef au Levant. L’auteur décrit l’ambiance visqueuse qui animait alors la petite colonie française du Mandat où, avec autant d’enthousiasme qu’en Métropole, on célébrait le culte du Maréchal.

La région aurait pu demeurer à l’écart du tumulte de la guerre et continuer de pratiquer tranquillement la Révolution nationale si Vichy n’avait autorisé secrètement les Allemands à installer des escales aériennes en Syrie. L’auteur met ici au jour un épisode peu connu de la Seconde Guerre mondiale et de l’histoire du régime de Vichy : jamais sans doute ne fut-il aussi proche d’une entrée en guerre aux côtés de l’Allemagne; le 15 mai 1941, dans un télégramme à Dentz, le Maréchal lui ordonnait de donner "la mesure de notre désir de collaboration à l’ordre nouveau"… (p. 136).

Cette attitude décida les Britanniques à se rendre maîtres des possessions françaises au Levant. En juin-juillet 1941, une courte guerre, dont M. Albord nous offre un récit détaillé, opposa les troupes vichystes à celles du Commonwealth et de la France libre. En cette occasion, l’armée de Vichy montra qu’elle n’avait pas su tirer les leçons de la campagne de 1940 et continua de mener une guerre de position fondée sur l’alignement en front de résistance étiré (p. 161).

Pour peu de temps, le Levant français passa sous autorité gaulliste. Les dernières troupes françaises évacuèrent la Syrie et le Liban en 1946. Faute d’avoir suivi une ligne politique ferme, faute surtout d’avoir accompagné une évolution inévitable, la France quittait le Levant en vaincue. Une page sans gloire de notre histoire militaire se refermait, une page aussi de notre fameuse "politique arabe", marquée par tant d’illusions, de faiblesse et d’abandon.

D’une lecture agréable, riche d’informations puisées dans les archives, le récit de M. Albord n’est pas la synthèse définitive qu’appelait le sujet. L’ouvrage pêche d’abord par ignorance de la méthode historique : la bibliographie est mal organisée et mal présentée, les sources le sont de manière inexacte ou défectueuse; beaucoup des documents cités ne sont pas référencés ou le sont incomplètement, trop de noms propres allemands ou arabes sont écorchés, on déplore l’absence d’un index des personnes, des lieux et des matières.

L’introduction n’en est pas une: il s’agit d’un récit des premières années du Mandat. Une présentation générale de la géographie de la région, de l’histoire des États qui la composent, des communautés ethniques et religieuses, des puissances impliquées, aurait été pourtant bien nécessaire.

Surtout, l’auteur est prisonnier des archives militaires. On aurait souhaité les voir éclairées par quelques notions générales sur la genèse et la délimitation des jeunes nations du Moyen-Orient, sur les intentions profondes (ou l’absence d’intentions) des décideurs français et anglais. Les rapports entre communautés locales ne sont pas mieux expliqués. Il aurait pourtant été intéressant de souligner quelques faits éclairants pour l’histoire récente du Moyen-Orient et notamment celle des rapports entre Syrie et Liban. L’auteur en mentionne quelques-uns, mais sans jamais faire le rapprochement avec l’époque contemporaine.

Une permanence se dessine cependant fort bien dans cette histoire orientale : c’est la persistance de la rivalité franco-britannique. Tout au long du siècle, les deux conjoints du vieux couple se surveillent, se haïssent et se déchirent… tandis qu’au Levant comme ailleurs, d’autres en tirent profit.


Thierry Sarmant
( Mis en ligne le 16/01/2001 )
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