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Le plastic, c'est pas fantastique
Frédéric Charpier   Les Plastiqueurs - Une histoire secrète de l'extrême droite violente
La Découverte 2018 /  19 € - 124.45 ffr. / 376 pages
ISBN : 978-2-7071-9649-1
FORMAT : 15,5 cm × 24,0 cm
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Après un premier ouvrage consacré à la génération Occident, déclinaison extrême droitière de mai 68, Frédéric Charpier était lancé sur une piste, une piste longue qui aboutit avec un second ouvrage, dans la foulée du premier, et sobrement intitulé Les Plastiqueurs. La question posée est simple : à quoi ressemble la violence politique à l'extrême droite ? Et quel en est la généalogie ? Quels en sont les milieux, les structures, les actes, les individus et les réseaux ? On a tendance en France à se focaliser sur les violences d'inspiration jihadiste, gauchiste ou régionaliste... mais il existe un terrorisme d'extrême droite, qui plonge ses racines dans une histoire ancienne qu'il est bon de comprendre pour saisir le contexte du passage à la violence.

L'ouvrage débute avec un suicide, spectaculaire, celui de Dominique Venner, un militant de la droite extrême, qui choisit de se donner la mort à Notre Dame : les funérailles de ce personnage vont permettre à l'auteur de dresser un portrait de groupe d'une certaine mouvance de la droite extrême et antiparlementaire, une famille élargie qui a grandi à l'ombre de Vichy et de certaines conceptions. En haut de cet arbre idéologique, on croise la famille Sidos - passée par la collaboration pour une partie d'entre eux, et par l'anticommunisme à la sauce guerre froide pour les autres. Dans une France d'après guerre où la "menace rouge" est perçue comme importante (notamment par l'allié américain), les anciens de Vichy, proches des partis collaborationnistes, resurgissent : on rencontre au passage une réincarnation d'Hitler, une égérie, quelques truands, des activistes de groupuscules... tous engagés, à peu d'exception prés, dans les combats de l'Algérie française. Car la problématique algérienne a servi, on le sait depuis longtemps, de catalyseur autant que de justification à une relecture de l'Histoire, une relecture commode en 1958, qui assimile la crise algérienne à celle de 1940, de Gaulle à Pétain, et la cause de l'Algérie française à celle de la Résistance.

L'OAS va recruter sur cette lecture de la crise, intégrant dans ses rangs d'authentiques résistants aux côtés de vétérans de la Cagoule ainsi que d'anciens vichystes convaincus d'être cette fois dans le sens de l'Histoire. Cette superposition de la guerre froide idéologique et de la décolonisation produit un terrorisme d'autant plus dangereux qu'il s'appuie sur une expérience de la guerre et des réseaux militaires, et qu'il draine des volontaires. La famille s'élargit, recrute dans toutes les directions et idéologies (intégrisme, nationalisme, pétainisme, fascisme, etc.) avec ses têtes d'affiche (dont J.-M. Le Pen) et ses soldats perdus, y compris des jeunes en mal d'action : la cause algérienne débouche sur des attentats tous azimuts, visant au plus haut (de Gaulle) comme dans la foule... au risque d'une dérive "banditiste", inspirée par les questions financières (et dont l'affaire Spaggiari est un exemple très abouti). Au-delà de cette histoire d'attentats et de casses, de rencontres et de croisements idéologiques, c'est la Guerre froide qui se joue, de manière clandestine, à coups de bombes et de règlements de compte, comme une guerre sourde et réelle au sein de la guerre idéologique.

Et cette guerre sourde se perpétue en 68 : le mouvement de mai se décline tout autant dans la droite extrême que dans la gauche extrême. Si Occident a déjà fait l'objet d'un ouvrage, Frédéric Charpier en rappelle les pratiques violentes et les discours radicaux, loin du folklore estudiantin. Il montre la manière dont, en Europe (Italie, Espagne, Portugal), et dans la foulée de quelques inspirations outre atlantique (réseaux Gladio et Stay behind, stratégie de la tension, etc.), les réseaux datant de la guerre se reconstituent au nom de l'anticommunisme, jusqu'à croiser des routes plus officielles, comme celle de l'UDF et de l'entourage du président Giscard d'Estaing. Des connexions se tissent avec les services de renseignements du cône Sud, au temps du Condor dont les méthodes terroristes sont exportées en Europe. On mesure mal l'influence, dans les années 70, de ce courant qui, souterrainement, agit sur la vie publique des sociétés occidentales. En fait, on assiste alors, dans le contexte du néo-conservatisme et d'un anticommunisme régénéré, à une renaissance fasciste, sinon dans l'idéologie, au moins dans les formes. C'est le temps d'un fascisme comme article de mode idéologique, un fascisme qui, sous l'étiquette de "néo", renoue avec toutes ses théories et en renouvelle les pratiques. Là encore, on croise dans le même horizon skinheads, gangs de motards, mercenaires et intellectuels plus ou moins médiatiques... le tout se concluant sur la résurgence publique du fascisme sous l'appellation de CasaPound, un mouvement italien amené à s'étendre.

L'ouvrage se lit bien, comme un gros thriller très inquiétant, avec en toile de fond une histoire française et européenne dont on distingue par endroits les structures... La force de l'auteur réside dans sa capacité à donner corps au récit, à partir de vies, de destins et d'individus plutôt que d'idées. La galerie de portraits est un bon moyen de voir se tisser cette toile d'araignée, ce réseau complexe avec ses résurgences espagnoles, italiennes, etc. Une internationale noire émerge, comme dans un roman... et de fait, l'enquête a parfois des allures de roman : cette "histoire secrète", évoquée dans le sous-titre, suppose qu'on suive son auteur qui, optant pour le récit - et c'est un choix légitime - ne met pas toujours en avant ses sources ou sa bibliographie, ce qui nuit parfois à l'intérêt du sujet. On peut regretter ce parti pris, même si la lecture n'en est que plus passionnante. Car l'ouvrage se dévore ; Frédéric Charpier étant un bon metteur en scène, il sait raconter et faire entrer son lecteur dans ces marges de l'histoire officielle.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 29/10/2018 )
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