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Un bon âge mais pas de bonnes années
Ludivine Bantigny   Le Plus bel âge ? - Jeunes et jeunesse en France de l'aube des Trente Glorieuses à la guerre d'Algérie
Fayard 2007 /  28 € - 183.4 ffr. / 498 pages
ISBN : 978-2-213-62870-7
FORMAT : 15,5cm x 23,5cm

L’auteur du compte rendu : Mathilde Larrère est maître de conférences en Histoire contemporaine à l'université de Marne-la-vallée et à l'IEP de Paris.

Ludivine Bantigny collabore à Parutions.com.

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Décrits par les médias entre fascination et effroi, observés par les enquêteurs sociaux, scrutés par les psychologues, visés par les publicistes, obsessions et remords des politiques, les jeunes des années 50-60 sont désormais l’objet et le sujet d’un travail historique. Mais l’on aurait tort de penser que le travail de Ludivine Bantigny se situe dans le simple prolongement de ces regards : elle parvient, dans un même mouvement, à analyser les observés et les observateurs, les discours et leurs objets. Et ce n’est pas l’un des moindres intérêts du livre que de mener de front l’étude de la jeunesse et celle de ses nombreuses représentations comme de leurs effets.

L’ouvrage de Ludivine Bantigny porte donc sur la génération qui est née avant le baby boom (entre 1932 et 1942), qui a connu dans son enfance la Deuxième Guerre mondiale, et qui est arrivée au seuil de l’âge adulte avec la guerre d’Algérie. Une génération au demeurant éclipsée de nos jours par sa cadette, celle des «baby boomers», celle de mai 68. Une génération qui a nourri des intérêts croisés, mais également des inquiétudes convergentes : une jeunesse que l’on présentait alors comme en crise, comme tendant vers la violence, comme représentant un problème.

Cette jeunesse, l’historienne la soumet à une analyse rigoureuse, qui vise d’abord à faire exploser la catégorie unifiante des «jeunes», ainsi qu’à dépasser les discours médiatiques de l’époque qui se focalisaient sur les blousons noirs. Dans ces jeunes, il y a une majorité qui travaille, une minorité qui étudie ; les catégories sociales impliquent des parcours bien différenciés. Dans ces jeunes, il y a des jeunes filles et des jeunes garçons, ce en un temps où les différences de genre influent grandement sur les regards, les interdits, les tolérances. Dans un temps aussi où les jeunes gens finirent par aller risquer leur vie dans les Aurès. Mais, tout en étant attentive aux nombreuses variations, l'auteur s’attache cependant à déceler les conditions historiques, sociales, politiques qui peuvent (et ont pu) conduire une classe d’âge à se penser comme une «génération», notamment comme consciente de partager un destin commun. Un bon âge donc, mais pas de bonnes années pour cette génération que Ludivine Bantigny nous peint comme pénalisée, non pas au niveau socio-économique, mais par une guerre qui marque pourtant son émergence en tant que sujet historique.

L’ampleur du questionnement de l'auteur donne parfois le vertige. Elle scrute les loisirs, les lectures, les danses de ces jeunes, leur rapport à l’argent, leurs pratiques religieuses, leurs éducations sentimentales, leurs pratiques sexuelles et leurs devenirs matrimoniaux ; elle les suit dans les lycées ou sur les bancs des universités si peu démocratisées ; elle les traque au travail, éternels sacrifiés des champs comme des usines. Elle se penche sur leur délinquance, la mesure, la nuance au regard des angoisses du temps ; elle montre les logiques de la loi, de la fameuse ordonnance de 1945, des formes nouvelles de répression et de prévention. Sont aussi présentés les politiques de la jeunesse, les tâtonnements étatiques et les solutions trouvées. Culture civique et apprentissage politique sont questionnés, comme les engagements partisans. Enfin, une ultime partie s’attache à la douloureuse question des jeunes dans la guerre d’Algérie, et montre combien cette guerre étouffée donne sens et scelle, en «négatif», l’appartenance à une génération.

Reste qu’au-delà de la richesse thématique et de l’apport considérable pour la connaissance de la période, l’ouvrage permet aussi de mesurer tous les serpents de mer qui ondulent autour de la jeunesse : de la dénonciation de la crise morale des jeunes à la critique de leur dépolitisation, du désir d’allègement des programmes scolaires à la valorisation du service militaire, en passant par la découverte, toujours renouvelée, des phénomènes de bandes, l’ouvrage sonne par son étonnante actualité.


Mathilde Larrère
( Mis en ligne le 10/04/2008 )
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