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New York : Terre promise !
Tyler Anbinder   La Cité des rêves - New York, une histoire de 400 ans
Perrin - Domaine étranger 2018 /  30 € - 196.5 ffr. / 863 pages
ISBN : 978-2-262-07284-1
FORMAT : 16,5 cm × 24,0 cm

Simon Duran (Traducteur)
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Un impressionnant volume de plus de 800 pages au beau titre : La Cité des rêves, titre inspiré par un article de Life (4 mars 1909) qui vante l’attrait de New York : «New York est la Terre promise (…) où le lait et le miel coulent (…)». Descendant d’immigrants, historien universitaire, Tyler Anbinder dresse de façon magistrale le portrait de ces générations d’immigrants qui depuis ses origines ont construit New York, poussés par leur rêves d’une vie meilleure qui s’accompliraient dans cette ville à nulle autre pareille. Un rêve qui semble se concrétiser à l’arrivée dans le port à la fin du XIX siècle, dès que se dresse la célèbre statue. «La statue de la Liberté émergeant de l’océan, si libre et majestueuse, m’a exaltée ! Je n’oublierai jamais cette arrivée», écrivait une modiste danoise du nom d’Anna Walther»». Une image mille fois reprise, et qui fournit la couverture du livre.

Réfutant les clichés et les idées reçues, Tyler Anbinder s’est livré à une enquête minutieuse dans les sources et archives. Il reprend les origines de cette longue histoire des immigrants, alors que les Néerlandais viennent de fonder la Nouvelle Amsterdam au début du XVIIe siècle, les relations complexes avec les nations mères, la mainmise par les Anglais qui rebaptisent ce qui n’est encore qu’un comptoir New York, les années de la Guerre d’indépendance, la naissance d’un nouveau pays dont la ville est l’avant-port. Pour l’étranger, New York symbolise l'Amérique, alors que, pour reprendre l’article de Life, elle est «le lieu où l’on trouve le moins d’Américains et le plus d’américanisme qu’en tout autre endroit situé entre la ville de Calais, dans le Maine et le Royaume des cieux».

Tout au long de son histoire, New York est une ville d’immigrants : «Aujourd’hui sur les 8,5 millions d’habitants de New York, 3,2 millions sont des immigrants, soit 37% du total». La proportion est la même qu’en 1910, elle a culminé à 51% en 1855, mais alors les immigrants étaient essentiellement des Européens (irlandais, anglais, allemands et scandinaves). Les derniers immigrants en date sont les sud-américains (en particulier les Mexicains de l’Etat de Puebla), les Equatoriens, les Dominicains, les Guyanais, qui arrivent en grand nombre, et occupent les emplois de service et autres emplois non qualifiés. Autre différence avec les siècles précédents : la répartition spatiale : la gentrification de Manhattan chasse les plus pauvres, donc les immigrants de la première génération, vers les zones périphériques, tandis que l’enrichissement progressif des anciennes générations poussent celles-ci à aller vivre dans les banlieues résidentielles. Le Queens et le Bronx sont actuellement des quartiers d’immigrants nouveaux venus qui supplantent un Brooklyn désormais en voie accélérée de gentrification.

Tout au long de cette histoire, les immigrants sont accusés de nombreux maux, toujours les mêmes : ils sont trop différents, ne sauront pas s’adapter, vivent entre eux, etc. Tyler Abinder souligne ces permanences qui s’appliquent tour à tour aux luthériens, aux catholiques, aux juifs, aujourd’hui aux musulmans. Permanences également des raisons de l’émigration : misère économique, désir d’une vie meilleure, fascination pour le «rêve américain». Il analyse sur ces quatre siècles les politiques d’immigration, les lois qui évoluent selon les cycles économiques, les conditions d’accueil. Un accueil qui s’incarne souvent dans les esprits par Ellis Island. Naguère Little Oyster Island, la petite île aux huitres, achetée au XVIIIe siècle par un certain Samuel Ellis, new-yorkais qui lui donna son nom et que plus tard sa famille revendit à l’Etat de New York pour améliorer la défense du port. Au lendemain de la loi de 1891 sur l’immigration, les autorités new-yorkaises y installent le centre d’accueil et de contrôle des immigrants, en font un lieu de quarantaine pour les malades, renvoient dans leurs pays les indésirables, et l’ancienne petite île aux huitres, voisine de la grande île aux huitres sur laquelle est érigée la statue de la Liberté, devient désormais définitivement le symbole de la politique d’immigration américaine. 12 millions d’immigrants sont passés par ce centre, la première étant une jeune irlandaise de dix-sept ans, du nom d’Annie Moore, le 1er janvier 1892.

Lorsqu’ils sont autorisés, après leur long et difficile périple (Tyler Abinder décrit les conditions de navigation et leur évolution), à mettre le pieds à New York, les immigrants rejoignent les membres de leur famille qui les ont souvent précédés (aujourd’hui, depuis la loi de 1965, le regroupement familial est la première cause d’obtention de visa) et s’installent dans des quartiers précis : Chinatown au nom explicite, Brooklyn pour les Juifs qui à la fin du XIXe siècle parviennent à quitter le Lower East Side. Tyler Abinder donne plusieurs cartes de cette ségrégation spatiale consentie et de son évolution.

Ce qui rend la lecture particulièrement intéressante est l’effort que Tyler Abinder a fait pour illustrer les grandes lignes du travail historique par de très nombreuses et fournies biographies. Le lecteur est ainsi à invité à comprendre de l’intérieur ces parcours qui à la fois se ressemblent et sont tous différents, certains édifiants, d’autres moins… A le lire, on voit vivre également toute une population féminine, qui est souvent oubliée - parce que moins visible - des récits habituels. Il prend en compte les conditions d’accueil, les institutions et fondations charitables qui se mettent en place, souvent à l’initiative des immigrants eux-mêmes. Il décrit les métiers accessibles : ceux qui sont très connus, par exemple textile et vêtements du second XIXe siècle, mais aussi les marchands ambulants, ancêtres des commerce «du coin de la rue», et, à le lire, on comprend mieux pourquoi ces métiers sont accessibles et en quoi ils représentent un degré dans l’ascension sociale dont rêve tout immigrant pour lui et ses enfants. Il décrit l’importance du sport, en particulier du base-ball, comme facteur d’intégration, le rôle de la politique, le poids des immigrants dans l’activité économique et l’urbanisme.

Cette longue histoire est scandée de tragédies : incendie de bateaux, incendies de logements vétustes dans lesquels s’entasse une population misérable, incendies d’immeubles industriels dont les victimes sont toutes des immigrants… Il reprend le déroulement des grandes crises qui se sont traduites par une forte intolérance à l’égard des immigrants, la dernière en date étant les attentats du 11 septembre 2001. Pourtant, à chaque fois, la ville se relève, et, clandestins ou légaux, les immigrants participent à son dynamisme.

Un bel ouvrage à l’information solide, de lecture aisée, agrémenté d’une iconographie en noir et blanc, complété de riches annexes (notes, index, bibliographie). Une somme indispensable à qui s’intéresse à l’histoire de New York, ou plus largement à l’histoire de l’immigration quelle que soit la destination. Un travail historique qui peut aussi se dévorer comme un «roman-vrai».


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 01/02/2019 )
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