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Tout va très bien madame la marquise !
François Cusset   Le Déchaînement du monde
La Découverte - Cahiers libres 2018 /  20 € - 131 ffr. / 237 pages
ISBN : 978-2-7071-9815-0
FORMAT : 13,7 cm × 22,2 cm
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C'est un poncif de l'idéologie du progrès : tout va de mieux en mieux, et l'humanité chemine, certes de manière abrupte, vers un avenir pacifié et heureux. Décliné dans les sciences humaines, cela donne le célèbre processus de civilisation de Norbert Elias, qui voit dans l'émergence de la politesse et des règles de vie urbaine la voie vers une pacification des mœurs.

Notre société serait donc une société pacifiée, sereine, où la violence, lorsqu'elle fait irruption (guerre lointaine, terrorisme "venu d'ailleurs", etc.), n'est que le fait d'une criminalité marginale. Professeur à l'université de Nanterre, François Cusset s'insurge, comme d'autres, contre cette conception très irénique de notre présent, qui gomme toute une violence intrinsèque, dissimulée dans le quotidien et les vie. Avec Le Déchaînement du monde, il propose une relecture du contexte actuel à l'aune d'une violence que tout le monde subit sans la saisir, une violence insidieuse en ce que, dans le discours officiel comme dans l'idéologie dominante, elle est niée ou atténuée, quand bien même tout le monde en fait l'expérience intime.

Aussi dès son préambule, l'auteur prétend "arracher le masque" de cette violence du système en commençant par peindre la réalité de cette violence : une première partie dresse un bilan sans fard de la société occidentale, tant dans son face-à-face (voire sa confrontation) avec d'autres sociétés, que dans la gestion de ses limites, de ses contradictions ou de ses marges. Les migrations, l'écologie, les aléas de l'économie, les diverses identités confrontées au dogme majoritaire témoignent des complexités du meilleur des mondes. Dans cette société théoriquement apaisée et heureuse, les inégalités demeurent, mises en scène avec une violence qui s'assume : la pauvreté, la précarité, l'exil ou le refoulement aux frontières sont justifiées par un système, le capitalisme, dominant, et par des mécanismes légaux ou sociaux qui dispersent les responsabilités du contrat social. L'affirmation des GAFA au risque du bien commun, le constat dramatique de l'anthropocène, la "politique sécuritaire" devenue mondiale, les questions relatives au corps, à la sexualité et à l'identité, le management et ses enjeux,etc., tout indique que notre modèle évolue et que l'individu n'est plus forcément sa priorité.

Faisant le procès du processus de civilisation d'Elias, F. Cusset propose donc de renouveler notre sensibilité à la violence pour s'insurger contre un quotidien devenu brutalisant. Il ne s'agit pas là de substituer une utopie à une autre, mais plutôt de déconstruire les formes affectées par la violence du système, pour les reconnaître et les désigner. Déconstruire d'abord le discours de la modernité et ses apologues, à commencer par Norbert Elias. Déconstruire les mythes de la modernité : l'abondance universelle, la vitesse ontologique de la vie moderne (et le stress comme conséquence), l'immédiateté nécessaire à la satisfaction des pulsions, désirs et envies (le bonheur est consommation), la brutalisation des sociétés par l'exposition médiatique de la violence réelle du monde et la multiplication des programmes faisant jeu d'une violence systémique (la téléréalité et ses cohortes de spectateurs fascinés par ces modernes jeux du cirque), l'uberisation et ses déclinaisons diverses "au nom du consommateur", etc. Le masque de la violence systémique, quoique paré de rationalité et du soucis du consommateur, est pesant.

Étayé par la "french theory" et toute une école philosophique et critique, l'essai, dans la foulée d'une Naomi Klein, oscille entre pamphlet et bilan désabusé. D'une densité rare, voilà un texte qui aide à penser différemment et à relire, d'un autre œil, la réaction contre cette violence systémique. Pour s'insurger en conscience, ou simplement pour ne pas être dupe d'un certain discours aussi brutal que lénifiant, une lecture inspirante.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 23/07/2018 )
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