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Une esquisse des jeunes élites
Mathieu Larnaudie   Les Jeunes gens
Grasset 2018 /  18 € - 117.9 ffr. / 205 pages
ISBN : 978-2-246-81509-9
FORMAT : 14,0 cm × 20,5 cm
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L'an I de l'ère Macron a sonné dans un contexte de manifestations et de tensions sociales face à un nouveau pouvoir modernisateur qui questionne largement les français et les médias sur sa nature et une idéologie qui semble ne plus correspondre aux catégories et aux jalons traditionnels.

L'ouvrage de Mathieu Larnaudie cherche à dessiner les figures issues de la promotion Senghor de 2002-2004 - dont Emmanuel Macron est issu -, qui commencent, depuis le quinquennat de François Hollande, à essaimer dans les allées du pouvoir et dans les rouages de l'exécutif. Il s'intéresse à ces liens relationnels et générationnels forts qui se tissent durant le parcours initiatique de l'ENA mais perdurent durablement et profondément durant la carrière, par-delà les différences idéologiques et politiques des uns et des autres. Il propose plusieurs portraits singuliers de ces "jeunes" pousses qui appartiennent à la même génération que le Président de la République et qui façonnent en partie les décisions d'aujourd'hui et de demain.

L'auteur ouvre sur la célébration de la victoire électorale surprise d'Emmanuel Macron en mai 2017 au Louvre, qui apparaît comme une scénographie savante et polyphonique visant à légitimer un président à la fois jeune et neuf dont la légitimité historique institutionnelle pourrait paraître limitée dans ce nouveau contexte politique. La déambulation dans la Cour Napoléon du Louvre constitue une représentation habile et frappante pour les Français.

L'ENA représente le creuset de la formation des élites françaises ; on suit à Strasbourg les parcours de ces impétrants du pouvoir en évoquant à la fois les fêtes, l'ambiance studieuse et concurrentielle de candidats focalisés sur le graal du classement de sortie, soit "la Botte" (les 15 premiers du classement pourront choisir les postes de sortie dans les grands corps d'Etat que sont le Conseil d'Etat, l'Inspection générale des Finances, la Cour des Comptes). L'intérêt du livre porte sur le caractère concret et personnel des relations qui constituent une micro-société du pouvoir et dont les intérêts se nouent à l'image des dynasties monarchiques des XVIIIe et XIXe siècles, à la fois au sein de l'appareil d'Etat mais également du secteur privé, qui sont désormais profondément imbriqués.

Les capacités de séduction d'Emmanuel Macron émergent dès ses années à l'ENA où il s'évertuait à savoir-être au cœur des réseaux et des systèmes de relations. Ces capacités, que tous n'avaient ou ne cultivaient pas, pouvaient générer une admiration, voire une adoration chez certains coreligionnaires. Se dessine l'aspect hybride du personnage sur le plan idéologique, qui dépasse les clivages traditionnels selon un prisme libéral : "en fait, Emmanuel passait ses journées avec des gens de gauche, et ses soirées avec des gens de droite, il était déjà entre les deux", note un de ses camarades.

La fabrique des élites exhale une traditionnelle reproduction sociale que l'auteur ne minimise pas, et qui est souvent affirmée : "Des élèves de l'ENA, on attend qu'ils soient les garants de la continuité d'une certaine idée du service public français, de son efficacité, de son histoire (...) On les souhaite dociles et disciplinés. C'est ce que l'écrivain Adeline Baldacchino, sortie de la promotion Willy Brandt (2007-2009) et auteur d'un libelle à la fois offensif et rêveur sur son ancienne école ("La Ferme des énarques", Michalon, 2015) appelle la loi du PDVMVPDV, pour "pas de vagues, mon vieux, pas de vagues". Il est rare et mal vu que l'élite s'en prenne à l'élite". Mathieu Larnaudie évoque la sociologie incontournable de Bourdieu en citant ses ouvrages Les Héritiers et La Noblesse d'Etat, et décrit également le conformisme lié à ce rite de passage classique de la politique française. L'ENA est un condensé de la mythologie politique française, suscitant à la fois l'admiration et la fascination comme le rejet voire le dégoût d'une rémanence d'Ancien Régime.

On découvre tour à tour plusieurs portraits, notamment lors du mariage de Sébastien Veil, petit-fils de Simone Veil, issu de la promo Senghor, et de Sybile Petitjean Veil, son épouse, qui vient d'être récemment nommée à la tête de Radio France. On y retrouve comme témoin Mathias Vicherat, énarque, actuel directeur général adjoint de la SNCF et qui a longtemps été directeur de cabinet de Bertrand Delanöe puis d'Anne Hidalgo, les deux derniers Maires de Paris. D'autres jeunes gens apparaissent comme Julien Aubert, député LR du Vaucluse, ou Boris Vallaud, le compagnon de Najet Vallaud-Belkacem, ancienne ministre du droit des femmes puis de l'Education Nationale sous François Hollande, proche d'Arnaud Montebourg, qui est désormais porte-parole du groupe Nouvelle Gauche à l'Assemblée Nationale et l'un des espoirs de la refondation attendue du Parti Socialiste défait après les scrutins électoraux de 2017.

Plusieurs "Senghor" sont d'ores et déjà dans l'antichambre du pouvoir et pourraient émerger soit en tant qu'élu soit comme ministre dans les prochaines années : on pense à Gaspard Gantzer, ancien conseiller en communication de François Hollande, qui brigue un mandat à Paris, à Amélie Verdier, actuelle Directrice du Budget, à Jean-Baptiste Nicolas, inspecteur des finances, passé par le privé à la BNP puis dans un cabinet de conseil en stratégie, aujourd'hui DRH de la Ville de Paris ; à Rami Adwan, ambassadeur du Liban à Paris, à Sébastien Proto, banquier d'affaires, ancien directeur de cabinet d'Eric Woerth et de Valérie Pécresse, Ministres du Budget, et architecte de la campagne de 2012 de Nicolas Sarkozy où il était pressenti pour occuper le poste de secrétaire général adjoint de l'Elysée, comme Emmanuel Macron.

L'ouvrage intéressera ceux qui souhaitent connaître un peu mieux les dessous de l'administration d'Etat et la commensalité proverbiale des énarques qui fonctionnent comme une forme de caste républicaine avec des solidarités et des liens singuliers. Toutefois, sur le plan de la sociologie du pouvoir, il ne s'agit pas d'une analyse approfondie de la formation des élites en France ni du rôle de l'ENA. Le récit est certes agréable à lire par la proximité et la compréhension des parcours individuels mais il demeure un peu cosmétique et convenu sur le plan de l'analyse pour un sujet sans réelle surprise en cette période de commémoration de l'an I.


Dominique Margairaz
( Mis en ligne le 14/05/2018 )
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