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Est-ce ainsi que les hommes vivent ?
Michel Onfray   Nager avec les piranhas - Carnet guyanais
Gallimard - Blanche 2017 /  12 € - 78.6 ffr. / 77 pages
ISBN : 978-2-07-272310-0
FORMAT : 11,8 cm × 18,5 cm
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Ce petit essai de Michel Onfray s'inscrit dans sa critique des désastres de la mondialisation et de la décadence de la civilisation occidentale dans ce qu'elle a de plus vulgaire. Le philosophe voyage cette fois-ci en Guyane. Il se retrouve à Maripasoula après avoir traversé la forêt amazonienne. Il traverse en pirogue le fleuve et débarque dans un village wayana. Il est hébergé par les parents d'un garçon de huit ans, Derrick. Il note que même ici la culture occidentale détruit toutes les traditions et a posé ses stigmates : vêtements, télévision, sous-culture. Ce n'est pas le grand-père qui enseigne par exemple au petit Derrick mais la télévision.

"Nous avons été ces peuples qui sont encore, alors que nous ne le sommes plus", écrit l'auteur. Ce n'est pas tant la nostalgie que anime Michel Onfray mais une méfiance envers la loi jacobine qui mésestime toute réalité locale et qui détruit sous prétexte de progressisme des peuplades qui n'ont rien demandé, inféodées à une nouvelle économie qui les anéantit. Ils n'ont plus de mémoire, plus d'enseignement ancestral qui connaissait le terrain, méconnaissent jusqu'aux pratiques de la pêche et de la chasse. Le désastre est si grand que les suicides d'enfants sont nombreux. Entre dix et vingt fois plus qu'en métropole.

«Le téléphone ? Internet ? La télévision ? Après le régime colonial et les missions évangéliques, ce sont justement les poisons qui intoxiquent ces peuples qu'on dit premiers par componction politiquement correcte, mais qui s'avèrent finalement les peuples derniers, ceux qui ne sont déjà plus et qui, pour ne pas devenir complètement des clones de l'Occident, demandent à l'alcool ou au haschich, à la cocaïne et à la bière, à la violence et aux viols, de faire le travail suicidaire pour eux», écrit Michel Onfray. Il est vrai, comme il le remarque, qu'il y a de quoi de rire face à ceux s'indignant des coutumes «barbares» de ces peuplades alors que notre civilisation infantilise les adultes, les fait se déplacer à trottinette, cigarette électronique au bec, écoutant leur musique avec un casque sur les oreilles pendant que leurs enfants naviguent sur Internet sur des sites dégradants.

«Est-ce ainsi que les hommes vivent ?», disait le chanteur poète. Au final, c'est l'essence de notre rapport à la vie, au Cosmos, à la beauté de la nature qui est ainsi littéralement dégradée, signe d'une existence qui a perdu tout bonheur d'être pour un quotidien synthétique, bardé de technologie, mis en orbite et tournant à vide. Et cette ''culture'' ne se cantonne pas à ses propres frontières ; hélas, elle colonise tout le vivant et tous les humains de la planète.


Yannick Rolandeau
( Mis en ligne le 18/12/2017 )
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