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Atomisation
Christophe Guilluy   No society - La fin de la classe moyenne occidentale
Flammarion 2018 /  18 € - 117.9 ffr. / 242 pages
ISBN : 978-2-08-142271-1
FORMAT : 13,6 cm × 21,1 cm
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. «There is no society», a dit Margaret Thatcher. Ainsi commence le nouvel essai de Christophe Guilluy. Après avoir décrit la gentrification (Fractures françaises) et le «brouillage de classes» opérés par les nouvelles élites pour préserver leur domination (Le Crépuscule de la France d’en haut), l'auteur, chiffres et cartes à la main, démontre que la classe moyenne est en train d’être sacrifiée sur l’autel de la mondialisation : «Ce puissant mouvement culturel révèle aussi le grand secret de la mondialisation : la disparition de la classe moyenne occidentale».

Christophe Guilluy montre que ce phénomène n’est pas propre à la France, il touche aussi les grandes métropoles aux États-Unis ou en Angleterre. Certains chiffres sont sans appel : l’économiste Olivier Godechot, écrit-il, a étudié les évolutions de revenus des salariés du privé. Il a ainsi établi qu’entre 1980 et 2007, le salaire français moyen n’a progressé que de 0,82 % par an ; il a par contre explosé pour les 0,01 % les mieux payés : + 340 %. La France compte entre 5 et 8,9 millions de pauvres. Entre 2005 et 2015, leur nombre a augmenté entre 600 000 et un million. Pendant ce temps, aux États-Unis, près de 50 millions de personnes survivent grâce aux bons alimentaires. L’exemple de la Grèce n’a-t-il pas suffi ?...

Les élites politique, médiatique ou universitaire ne représentent nullement la France de la diversité, mais elles la cachent selon lui. En détruisant à petit feu cette France périphérique pour sa propre promotion, ces élites ont poussé la classe moyenne dans l’orbite du Front national, suite à la réduction programmée du PCF, pour mieux l’ostraciser comme «populiste», «arriérée» et «raciste». Ainsi, cette élite n’apparaît que plus auréolée de sainteté et de grâces. L’auteur le dit sans détour : «Cette réplique populiste est la réponse du monde d’en bas du plus grand plan social de l’Histoire, celui de l’ancienne classe moyenne occidentale, un plan social qui provoque la disparition des sociétés elles-mêmes». Le problème avec l’immigration, par exemple, est que c’est la classe moyenne dans ses couches populaires qui permettait l’intégration des nouveaux arrivants, car ceux-ci prenaient justement pour modèles les représentants de cette classe. Mais comment le pourraient-ils à présent, dès lors qu’elle est soumise à la vindicte et traitée de raciste ? Ostracisation des uns et «citadellisation» des élites vont de pair.

Christophe Guilluy décrypte tout au long de son essai les causes et les conséquences d’un tel effondrement de la classe moyenne, caché par un marketing ethnoculturel. La situation s’aggrave, car même les immigrés vivent à part des autres minorités tout comme les Français de la classe moyenne se sont enfuis des quartiers où ils sont devenus minoritaires. C’est le «vivre-ensemble séparé». À l’inverse d’un Zemmour, Christophe Guilluy n’accable pas l’Islam, les Maghrébins ou autres immigrés, mais il s’en prend très justement à cette élite qui a provoqué cette situation désastreuse. «Il y a une grande incohérence aujourd’hui à se plaindre de la montée des communautarismes quand, dans le même temps, on détruit toutes les conditions de l’intégration en ostracisant le groupe qui conditionne depuis toujours les processus d’assimilation. La classe dominante, la même qui verse aujourd'hui des larmes de crocodile sur l’inefficacité de son modèle, a facilité l’explosion de ces modèles d’intégration. En détruisant économiquement et culturellement l’ancienne classe moyenne occidentale, et notamment son socle populaire, la classe dominante a créé les conditions de l’explosion des sociétés occidentales et de leur balkanisation». Tout est fait pour faire croire à une croissance mirifique. Pour faire valoir un système si destructeur pour certains, mais si avantageux pour d’autres, cette élite est obligée de doper la croissance en y intégrant les «secteurs» de la prostitution et de la drogue. Comment une élite a-t-elle pu appauvrir son peuple à ce point ?

La situation ne risque pas de s’améliorer, même si l’auteur tente de faire prendre conscience d’un tel phénomène en demandant à cette élite de réaliser la catastrophe que représente un tel plan social, un «choix de société» qui ne fait pas une société, qui atomise la population et la paupérise, et qui convient à la logique du néolibéralisme considérant l’individu non pas comme part d’un monde commun, mais comme un atome libre et indépendant par nature, poussé par son égoïsme forcené. Ce seront aux individus de supporter leur propre domination et leur propre avilissement, venus non plus de l’extérieur, mais de l’intérieur. L’intériorisation du maître par l’esclave émancipé. «There is no society», a dit Margaret Thatcher.


Yannick Rolandeau
( Mis en ligne le 26/10/2018 )
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