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Gros malaise dans la civilisation
Donna Haraway   Manifeste des espèces compagnes
Climats 2019 /  17 € - 111.35 ffr. / 157 pages
ISBN : 978-2-08-145148-3
FORMAT : 13,5 cm × 21,0 cm

Vinciane Despret (Préfacier)

Jérôme Hansen (Traducteur)

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A la lecture de ce manifeste, le lecteur peut être surpris. Il peut se demander de quoi parle exactement Donna Haraway. Il est vrai que le texte n’est pas très clair sur ses intentions. S’il nous parle de chiens principalement, de ses maîtres, du dressage et des concours, disserte sur les bêtes, on reste un peu désorienté quant à l’objectif de l’ouvrage. Puis le lecteur est bien obligé de comprendre à qui il a affaire.

Donna Haraway est diplômée de zoologie et de philosophie de l'université du Colorado. Professeur invitée à l'université d'Hawaï et à l'université Johns-Hopkins, elle a donné des cours d'études de genre (gender studies) et de science générale. Proche de Judith Butler, c'est surtout avec son Manifeste cyborg (1991) qu'elle s'est fait connaître. Celui-ci conjuguait science, technologie et féminisme socialiste et l'auteure y plaidait pour des êtres hybrides (machine et organique), combattant le binarisme du naturalisme et de l'essentialisme : des choses qui paraissent naturelles, comme le corps humain, ne le sont pas : elles sont construites par nos idées sur elles.

Si le Manifeste cyborg promouvait les êtres hybrides, ce Manifeste des espèces compagnes semble mélanger hommes et bêtes principalement pour que l’être humain perde sa singularité. Certes, le livre s’interroge sur la capacité humaine à élaborer des relations d’altérité faites de douceur, d’amour plutôt que des rapports de pouvoir, de conflits raciaux et d’idéologies coloniales dans notre rapport au monde et, plus spécifiquement, avec les bêtes. Le problème qui n’est pas manifestement énoncé est que ce livre a un aspect plus dangereux dans son éloge de la zoophilie (voir les rapports fort ambigus entre Donna Haraway et sa chienne), sa volonté de s’inscrire dans une démarche d’«effacement» ou de «brouillage» des frontières entre espèces, et le promotion d’êtres «hybrides». Il s’agit ici de rapprocher l’homme de l’animal, de brouiller les frontières entre tous les «dualismes» : entre les sexes, entre l’homme et la machine, entre l’homme et l’animal, entre la nature et la culture, etc. Il n’y a plus ni humain ni animal dans le mélangisme cosmique de Haraway...

Pour elle, l’objectivité scientifique est un leurre, et il n’existe de science que «située». L’affaire est ainsi réglée : la biologie est une science viriliste. Le «modeste témoin» que prétend être le scientifique n’est rien d’autre qu’une figure misogyne. Dès son Manifeste cyborg, elle s’était déjà fixé comme objectif d’effacer les frontières entre homme et machine, annonçant que l’époque était venue du cyborg, créature post-sexuelle, mi-humaine, mi-machinique. Le cyborg était présenté comme un modèle pour les «féministes socialistes» dans la mesure où il est un «artefact», mixte de «nature» et de «culture». Toute la réalité est construite et il n’y a plus de distinction entre «nature» et «culture» : elle nomme son approche «artefactualisme». Ce cyborg permet de dépasser toutes les oppositions binaires : âme/corps, esprit/matière, artificiel/naturel…

Ici, il s’agit maintenant d’effacer les frontières entre humanité et animalité. Ni plus ni moins. Et de créer une sorte de rapport indistinct avec nos animaux-compagnes. Deux problèmes affleurent, qui tiennent, l’un au manque de clarté de ce manifeste, et le second au fait que le problème de toute cette thèse est que les deux propositions sont contradictoires : si l’on efface les frontières, il n’y aura pas ou plus d’«êtres de frontières» car ces derniers passent, ouvertement ou non, ces dites frontières.

Donna Haraway s’inscrit plus généralement dans l’optique d’une indistinction et d’un éclatement de toutes les limites de l’être humain, ce qu’on peut aussi appeler la mort de l’anthropologie actuelle... et celle de la civilisation.


Yannick Rolandeau
( Mis en ligne le 29/04/2019 )
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