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Un nouveau satiriste
Alain Finkielkraut   L'Imparfait du présent
Gallimard - Blanche 2002 /  17.5 € - 114.63 ffr. / 288 pages
ISBN : 2-07-076539-3
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Ceux qui suivent le cheminement d’Alain Finkielkraut depuis vingt-cinq ans, c’est-à-dire depuis le Nouveau désordre amoureux écrit en collaboration avec Pascal Bruckner, constateront la variété des formes auxquelles se prête chez ce philosophe l’écriture essayiste. La forme classique (la Défaite de la pensée, la Sagesse de l’amour) cédait d’abord la place à la forme dialogique : donnant lieu en 1998 à L’Ingratitude, où Finkielkraut répondait aux questions du journaliste québécois Antoine Robitaille. En 2000, Une voix vient de l’autre rive – réflexion sur la (non-) fidélité à l’exigence de la mémoire de la Shoah - se présentait comme une adroite compilation d’articles remaniés. Le choix de la pièce brève – une mini-dissertation oscillant entre deux et huit pages - marque aujourd’hui une nouvelle rupture formelle.

Réparties en un ensemble de soixante-douze textes, nous avons là les réactions du philosophe aux différents événements, petits et grands, qui ont émaillé l’année 2001. Ces réactions peuvent avoir trait aux événements en apparence les plus dérisoires - les animaux de Tiergarten morts ou rendus sourds par les décibels de la Love Parade de Berlin ; la décision, dans une région des Hautes-Pyrénées, d’abattre des platanes tenus pour responsables d’accidents de la route –, mais aussi à ces événements majeurs que sont le conflit israélo-palestinien ou le drame du 11 septembre.

L’intérêt de l’essai consistant à chaque fois dans un dialogue perpétuel entre les phénomènes et les préoccupations qu’on sait être celles d’Alain Finkielkraut : la défense de la laïcité ; une certaine idée de l’école et de la culture où l’idéal de transmission (verticale) devrait prévaloir sur celui de communication (horizontale) ; une défense de l’indépendance de la sphère politique par rapport à la sphère juridique ; l’inquiétude – reprise d’un des thèmes-clés de la pensée heideggérienne – suscitée par la prolifération de la technique.

Fait rare : on surprend le philosophe à sourire. Si l’apparition des mots et expressions "niquer", "péter les plombs", le fait de "mettre une casquette Nike au vieux dictionnaire" le font grincer des dents, Alain Finkielkraut s’amuse parfois des symptômes de la post-modernité. Dans "Mon malheur passe mon espérance", il note la venue d’un nouvel exercice pédagogique qui consiste - devoir exemplaire à l’appui - à transposer la langue de Racine dans le jargon jeune contemporain. Mais le rire est le plus souvent mélancolique ou grinçant. Finkielkraut est fondamentalement un anti. Il dénonce "l’helvétisation du monde", renvoie dos à dos les puritains "rougissants" et les conformistes "rugissants". Il vilipende, à l’instar d’un Philippe Muray, "l’homo festivus". Mais, rejoint en cela par Bernard-Henri Lévy, il en a surtout contre l’idéologie progressiste et "le droit de l’hommisme", cette confiance inaltérable en une "humanité-Dieu" dont il dénonce les travers comme les limites.

Il s’agit, on l’aura compris, de déceler le nihilisme d’une société qui a résolument placé son credo dans le gommage des différences, le nivellement des valeurs et des individus. "C’est par l’évanouissement des intervalles, par l’abolition technique et symbolique de toutes les distances, que l’âge contemporain se distingue de tous les passés." Telle est la clé qu’Alain Finkielkraut nous propose pour lire notre cauchemardesque monde contemporain.


Thomas Regnier
( Mis en ligne le 07/05/2002 )
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