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Le chevalier du fiel
Stéphane Guillon   Journal d'un infréquentable
Grasset 2018 /  19 € - 124.45 ffr. / 286 pages
ISBN : 978-2-246-81488-7
FORMAT : 13,0 cm × 20,5 cm
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Il n'est pas inintéressant, de temps en temps, de lire nos humoristes contemporains. Les médias en raffolent. Les "One man show" ont une popularité assez déconcertante, reflétant la vacuité culturelle de notre temps. Curieuses destinées que celles de nos comiques hyper-médiatisés : si Fernand Raynaud parait ringard de nos jours, Coluche est quand à lui déifié, Desproges mystifié, et Le Luron oublié (tous trois sont morts jeunes et emportés par le mal de leur époque). Depuis deux décennies, ce sont Gerra, Canteloup et Guillon qui se partagent le gâteau. Trois splendides exemples d'humoristes qui se moquent soi-disant du système tout en s'y gavant, actifs dans les grands médias traditionnels (radio, édition et télé). Même si un mot de trop peut les écarter un temps, ils reparaitront très vite sur une chaine concurrente.

Stéphane Guillon (né en 1963) est le trublion de Canal+ apparu en 2003 avec comme petit talent celui d'écrire des papiers sur des vedettes, ou des chroniques sur l'actualité. Viré de France Inter pour incartade, il est très vite récupéré par Canal (et son esprit charlot-libéral) et se produit sur scène. Il se dit infréquentable, mais il fréquente pourtant le tout Paris culturel-mondain, vit avec Muriel Cousin, rencontrée sur un plateau télé, et écrit tranquillement ses billets d'humeur avec un assistant qui lui propose les bons dossiers. D'une gauche festive et bien pensante, il s'indigne contre le FN (son obsession, qu'il compare en permanence au Nazisme), traite de fasciste Zemmour (conséquence de sa grande culture littéraire), et déteste Donald Trump (conséquence de sa grande culture géopolitique). A part ça, le "sniper" vanne à tout va, à coup de piques plus ou moins convaincantes. Même Baffie parait vieillot à côté du saltimbanque Guillon !

Dans son journal 2015-2017, où décidément, il ne se foule pas (il reproduit mot pour mot certaines des rubriques proférées dans l'émission "Salut les terriens"), il raconte ce qu'est la vie d'un chroniqueur mondain, celle d'un employé de Canal+ payé 10000 euros les douze minutes d'émission (le comique fait rire involontairement en se justifiant, tel l'écrivain souffrant devant l'angoisse de la page blanche, du travail colossal que cela demande d'éplucher l'actualité et d'en faire une chronique hebdomadaire !), qui se fait engueuler par Ardisson (qu'il ne nomme que par un récurant "mon patron") quand il commet un dérapage, ou encore qui assiste à la vacuité abyssale du monde médiatique dont il fait tout aussi profondément partie. Dure dure, la vie d'artiste !

Coluche et Desproges, qui sont toujours les références de nos comiques politiquement très corrects, restent malheureusement des cautions anachroniques pour une raison bien précise : ils étaient lettrés et n'ont pas connu les chaines d'information continue (sans parler des réseaux sociaux). Souvent autodidactes, ils nourrissaient leur culture de la rue et des livres. Ce n'est qu'après qu'ils décidaient ou pas de se jouer du système.

Guillon et ses compères sont de purs produits commerciaux qui ont arrêté de lire Balzac en Première (et encore, notre humoriste quittait l'école en seconde...) et fréquentent la Closerie des Lilas où François Hollande passe les saluer. De petits bourgeois inscrits au cours Florent qui pensaient davantage à leur carrière qu'à Molière. Leur réflexion découle de ce qu'ils avalent avec des entonnoirs dans la presse, les réseaux et la télé poubelles. Se voulant subversifs et sulfureux, ils ne demeurent que les collaborateurs du système qui les engraisse... et selon le sens du vent.

Comparons Chroniques de la haine ordinaire de Pierre Desproges (en dépit de ses rares défauts) et Journal d'un infréquentable de Stéphane Guillon (en dépit de son peu de qualité), pour réaliser qu'en 30 ans le niveau intellectuel et humoristique a dramatiquement dégringolé. Non par manque d'intelligence et de vivacité d'esprit, mais par la mort programmée du sens critique qui émane d'un vrai savoir. Le comique subversif actuel est (comme le chantait si justement Bernard Lavilliers en 1976) "de gauche bien rangé, tricolore et tranquille". On pourra ajouter avec la chanson "Les Barbares" : antiraciste, ultralibéral et multiculturel. (Le préfixe est de guise chez le postmoderne!). Guillon est l'incarnation de ce modèle complice du système (alors que Coluche représentait jadis le clown anarchiste).

Du coup, ces deux années tragiques où la gravité terroriste et anthropologique est sans précédent, sont commentées (même avec un peu d'humour et de sens critique) avec un tel manque de discernement et de profondeur (car Guillon est un humoriste essentiellement politique) que le lecteur un peu branché sur ces thématiques ferme le livre consterné par tant d'inepties académiques, de raccourcis faciles, de nombrilisme impudique et de parisianisme futile. Le trublion connecté se pâme dans sa tour d'argent et cherche à choquer ou faire rire son double : le bourgeois-bohème.

Pipi-caca dans la cour de la Closerie des Lilas donc, à l'âge de la préretraite ; cela entraine davantage de dépit que de révolte... Le réel ne fait plus partie de la vie de ces mondains que la télévision a engloutis. Ardisson est décrit comme un gros beauf tout puissant ignorant les bonnes manières et le respect de ses collaborateurs, seule description paraissant crédible du livre. Le plus grave, et en même temps symptomatique de son idéologie, c'est d'avoir laissé ses commentaires sur l'affaire Théo (en gros les policiers sont racistes et violent leurs victimes à coup de matraque télescopique) alors même qu'il est avéré au moment de la publication du livre que tout ceci ne fut qu'une odieuse manipulation politique et qu'en aucun cas le jeune Théo n'a subi les sévices décrits par Guillon. Le soi-disant chroniqueur justicier de l'actualité ne fait que relayer la doxa médiatique en y ajoutant sa doctrine partisane ! C'est tout de même inquiétant lorsqu'on veut défendre les causes justes...

Bref, plus les pages défilent (le livre se lit en moins d'une heure et demie), et plus le lecteur s'ennuie devant la lourdeur de l'humour (notamment sur sa femme qu'il transforme en groupie hystérique de Macron) et le peu de consistance humoristique (qui n'a rien à envier aux Chevaliers du fiel) de ses réflexions politiques. Guillon se sent mal chez Ardisson mais à 10000 euros la chronique, il préfère cracher dans la soupe et attendre les indemnités de licenciement (qui arriveront) ! Mêmes ses anecdotes sur Pierre Richard, Jean-Laurent Cochet ou Belmondo, qui devraient rehausser quelque peu le propos, finissent par tomber à plat !

Ce journal d'un infréquentable n'est que la démonstration supplémentaire du peu de talent de nos humoristes télévisés.


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 11/06/2018 )
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