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Aller vers Allen
Yannick Rolandeau   Le Cinéma de Woody Allen
L'Harmattan 2018 /  30 € - 196.5 ffr. / 386 pages
ISBN : 978-2-343-15905-8
FORMAT : 15,5 cm × 24,0 cm

Yannick Rolandeau collabore à Parutions.com
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Depuis plus de quarante ans, admirés ou détestés, la personne et le cinéma de Woody Allen ne laissent aucun spectateur indifférent. Considéré aux Etats-Unis comme un marginal trop intellectuel, il incarne l'auteur authentique pour le cinéphile européen qui, chaque année, attend avec impatience son nouveau long métrage. Figure majeure de la culture contemporaine, le réalisateur de Manhattan (1979) jouit d'un prestige international qui tient à deux singularités : l'efficacité d'un humour qui associe un sens exceptionnel de l'incongruité à une autodérision jubilatoire ; le personnage qu'il incarne, celui d'un petit homme falot, inadapté et coincé dans ses désirs, ses manies et ses angoisses. Or, cette figure comique du névrosé a souvent masqué la profondeur d'une oeuvre authentique, qui ne fait pas de l'humour une fin en soi, et qui donne à voir, avec une infinie subtilité, les contradictions existentielles de l'individu contemporain. Dans cette perspective, il devenait urgent que la critique rendît justice aux films de Woody Allen dont l'apparente légèreté renvoie, en réalité, à ce qu'il y a de plus problématique dans l'existence humaine.

Après l'ouvrage remarquable de Roland Quilliot, Philosophie de Woody Allen (Ellipses, 2004), qui explorait les thèmes récurrents de l'oeuvre allenienne, Yannick Rolandeau propose une véritable somme sur le travail cinématographique du plus européen des New-Yorkais. En effet, Le Cinéma de Woody Allen propose un parcours aussi complet que passionnant de la filmographie du réalisateur dont il expose minutieusement l'originalité de l'esthétique tout en mettant au jour la richesse de sa thématique. Étude qui révèle une familiarité exceptionnelle avec la création allenienne, l'essai conserve, malgré sa rigueur et son allure encyclopédique, tous les attraits d'une promenade au sein d'un univers artistique riche de formes et de sens. Le livre ne délivre rien moins que la poétique cinématographique d'un auteur dont le regard ironique et démystificateur sur le monde est sans aucun doute, aujourd'hui, l'un des plus pénétrants.

Dans son Avant Propos, l'auteur précise les principes de sa démarche interprétative. Reconnaissant la gageure que représente une étude systématique du cinéma allenien, Yannick Rolandeau identifie deux écueils majeurs liés à la singularité d'une telle création. Il s'agit d’abord de faire face au «fourmillement intense» que provoque, chez le spectateur, le foisonnement de l'oeuvre (nombre de films, multiplicité des thèmes, diversité des tons, etc.). Ensuite, il est nécessaire de garder à l'esprit qu'aucune exégèse ne peut restituer «l'émotion poétique» que nous procure la beauté d'un film : fort de cette vigilance, l'essayiste tentera de rester fidèle à l'expérience cinématographique qui déborde toujours toute construction analytique. Le lecteur peut témoigner qu'une approche aussi savante n'a en rien desséché la vitalité de l'oeuvre ni l'éblouissement de sa rencontre, mais lui a, au contraire, ouvert des voies d'accès souvent inédites.

La première partie de l'ouvrage - «Homo Allenus» -, précise la perspective originale adoptée par l'auteur. Qui souhaite réellement prendre toute la mesure de la grandeur du cinéma allenien doit dissiper deux malentendus courants. Le premier, qui concerne le personnage incarné par Allen, consiste à considérer ses films comme une interminable autobiographie grâce à laquelle il ne ferait qu'exorciser ses propres démons. L'intérêt du livre de Yannick Rolandeau réside précisément dans sa ferme résolution d'écarter cette vision réductrice qui fait l'économie de la rencontre des oeuvres pour elles-mêmes. A l'écoute du cinéaste qui a toujours pris ses distances avec «l'explication biographique», il préfère centrer son étude sur la singularité de chaque film.

Le second malentendu consiste à adopter un point de vue idéologique tout aussi extérieur à la création allenienne : celle-ci ne serait que bourgeoise, élitiste et misogyne. A rebours d'une telle perspective, il convient d'entrer sans préjugés dans un monde complexe, habité par l'«Homo Allenus» dont les interrogations existentielles renvoient à nos propres angoisses d'êtres humains face à la réalité. Seule l'immersion au coeur de la filmographie d'Allen permet d'en mesurer le mystérieux pouvoir de dévoilement qui en fait l'une des oeuvres artistiques les plus essentielles de notre temps.

La deuxième partie de l'essai s'attache à cerner «l'esthétique des films de Woody Allen». Cette section centrale constitue une impressionnante synthèse qui embrasse la création cinématographique du New-Yorkais depuis l'écriture jusqu'à la mise en scène. L'essayiste nous fait pénétrer dans l'atelier du maître et nous dévoile les arcanes d'un processus créatif dont la remarquable fécondité n'a d'égale que la surprenante rigueur. Ce travail technique intense soutient l'édifice esthétique du réalisateur, qui articule trois dimensions fondamentales : l'humour, New York City et le jazz sont plus que de simples étiquettes ; ce sont des principes formels qui sont indissociables de l'oeuvre et qui lui offrent sa forme singulière. Yannick Rolandeau montre, avec pertinence, comment le comique allenien, Manhattan et le jazz structurent en profondeur chaque film afin de faire émerger, contre tout naturalisme mensonger, une «esthétique de l'artifice», seule capable de donner corps à un point de vue authentique sur le monde.

La dernière partie - «Il était une fois...» -, qui est la plus longue, explore de façon très détaillée l'univers thématique foisonnant des films de Woody Allen. Pour Yannick Rolandeau, ces derniers mettent en scène l'homme comme un être de désirs qui se heurte au réel. Se situant à un niveau anthropologique, voire métaphysique, le cinéaste interroge inlassablement les illusions que l'individu contemporain entretient sur lui-même, sur les autres et sur le monde. En ce sens, la thématique tend à englober toutes les dimensions de l'existence humaine. L'identité, la famille, la religion, la politique, la psychanalyse, l'art, l'amour, le temps, l'imperfection, le mal, la mort constituent les principaux thèmes alleniens mis en lumière par l'essayiste. A lire cette section, on prend peu à peu conscience de l'ampleur extraordinaire d'une oeuvre qui cristallise toutes les composantes - affective, intellectuelle, sociale, spirituelle - de notre être-au-monde, un être plus que jamais vulnérable.

Pour tous les admirateurs de la filmographie de Woody Allen, l'essai clair et précis de Yannick Rolandeau constitue à ce jour, en langue française, la plus exhaustive et la plus passionnante des approches d'une oeuvre dont la richesse et la profondeur témoignent que le septième art, après la mort étonnamment conjointe d'Antonioni et de Bergman, a encore un avenir. Un ouvrage comme Le Cinéma de Woody Allen laisse espérer que la critique pourra, elle aussi, connaître de beaux lendemains.


Sylvain Roux
( Mis en ligne le 19/12/2018 )
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