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Les goûts et les couleurs
Guillaume Marche   La Militance LGBT aux Etats-Unis - Sexualité et subjectivité
Presses universitaires de Lyon (PUL) - SXS Sexualités 2017 /  20 € - 131 ffr. / 372 pages
ISBN : 978-2-7297-0928-0
FORMAT : 14,0 cm × 20,5 cm

Michel Wieviorka (Préfacier)

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On a tendance à parler du mouvement LGBTQI comme d’un segment démographique singulier doté d'une seule vision des choses, et par ailleurs constitué d’une seule forme caractéristique. Dans son ouvrage La Militance LGBT aux Etats-Unis, Guillaume Marche, professeur et chercheur en civilisation américaine à l’Université Paris-Est Créteil, souhaite élargir le discours sur le mouvement LGBTQI en remettant en son cœur la subjectivité. Il s'agit tout simplement de voir dans l’action collective du mouvement les motivations diverses des individus qui le composent.

Pour ce faire, l'auteur se concentre sur le contexte états-unien, non seulement parce qu’il en est spécialiste, mais aussi en raison de l’ampleur de la visibilité et des acquis juridiques et sociaux du mouvement LGBTQI aux Etats-Unis, dans ses variétés régionales, ethnoraciales et socioéconomiques, analysables dans chacun de ses Etats. Par le recueil de faits historiques, concepts sociologiques, et actualités politiques et culturelles, complété de nombreux entretiens et d’anecdotes, cet ouvrage met en lumière le lien intrinsèque entre la sexualité et la subjectivité, deux éléments que l’on ne relie plus forcément dans de tels discours.

En effet, afin d’éviter tout anachronisme, Guillaume Marche commence par dérouler l’histoire du mouvement LGBTQI, analysant ses origines datant de l’après-guerre et des années 1950 – on parlait alors plutôt d’un mouvement homophile - puis son évolution, suivant les grands moments des époques comme marqueurs temporels - les évènements de Stonewall en 1969 et la crise du sida des années 1980 -, pour nous amener enfin à nos jours et l’état du mouvement aujourd’hui.

Cette perspective socio-historique permet de considérer le mouvement LGBTQI actuel autrement qu’un phénomène social récent, et finalement de voir la continuité historique dans laquelle il s’inscrit. En faisant la chronique de l’histoire du mouvement, Guillaume Marche nous fait également comprendre la manière dont la subjectivité joue un rôle important dans l’évolution du mouvement ; les homosexuel-le-s et les militant-e-s du passé nous présentent chacun-e individuellement de bons miroirs pour mieux comprendre les enjeux de l’action collective.

Il convient ici de reprendre un exemple dans lequel l'auteur examine de plus près les effets de la crise du sida sur le mouvement. Une rupture s’est présentée sur la scène de la militance homosexuelle de l’époque divisant, d’une part, celles et ceux qui visaient un mouvement assimilationniste et, d’autre part, les militant-e-s qui cherchaient à mettre en pratique une sorte de vision foucaldienne de la sexualité où les modes de vie hétérosexuels ne s’imposent pas comme des modèles auxquels toute la société doit adhérer. En effet, le mouvement homosexuel d’avant la crise du sida oscillait, selon les forces sociales à l'œuvre, entre des tendances assimilationnistes, visant à faire de l’homosexuel un être social respectable, et de l’autre côté, des attitudes subversives pour lesquelles le devenir du mouvement homosexuel (et plus tard, les LGBTQI) ne coïncide guère avec une société construite sur des bases hétérocentrées. Ce clivage au sein du mouvement révèle les conflits intérieurs sur son identité et montre que, d’abord et avant tout, il s'agit d'êtres sociaux, toujours pris entre leurs aspirations propres et les forces sociales en jeux.

Il semble important de rappeler que n’importe quel groupe ou mouvement social se compose essentiellement d’individus qui ont leur manière de vivre et portent leurs propres convictions. En outre, le terme même LGBTQIA signifie le rassemblement de communautés sexuelles identitaires différentes, avec l’inclusion à partir des années 1990 des personnes transgenres ainsi que celles et ceux qui ne se conforment pas aux catégories hommes/femmes, masculin/féminin. En cela, Guillaume Marche rappelle aussi plus globalement que la subjectivité de l’expression et de l’expérience de sa sexualité et de son genre ne se traduit pas forcément en une vision collective et unitaire aux objectifs communs dans la sphère politique... comme il en va des désirs dans la vie privée. Pour Marche, remettre au cœur du discours cette perspective microsociologique est donc essentiel pour comprendre la nature même du mouvement.


Sam Cummins
( Mis en ligne le 27/04/2018 )
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