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Littératureet Romans & Nouvelles  

L’Âme du violon
de Marie Charvet
Grasset 2019 /  19 €- 124.45  ffr. / 216 pages
ISBN : 978-2-246-81606-5
FORMAT : 14,2 cm × 20,5 cm

Le luthier de Brescia

En lutherie, l’âme désigne la dernière pièce que l’artisan dépose au cœur de l’instrument et qui détermine sa sonorité et son caractère. Les quatre personnages du récit, reliés entre eux à des époques différentes par un violon particulier, portent le premier roman admirablement orchestré de Marie Charvet, musicienne et écrivaine.

Au XVIIe siècle, vers 1630, Giuseppe, luthier, a consacré sa vie à la fabrication de violons, pour le compte du célèbre Maggini, connu pour avoir inventé les contre-éclisses ; un drame va l’obliger à sortir de sa solitude, il crée son propre atelier et transmet son art à un jeune apprenti pour tenter de créer l’instrument parfait. «Selon lui une secrète alchimie agit sur la facture finale d’un violon. Il admet ne pas avoir la maîtrise totale des éléments qui permettent de réaliser une pièce d’exception. Une part de magie et de hasard intervient, échappant à la raison et au calcul, une part qu’il cherche pourtant à maîtriser».

Dans les années 30, Lazlo, jeune gitan par sa mère, vit dans un camp près de Nogent et joue sans cesse de son violon, qui est son seul héritage : pour les fêtes, les anniversaires... Ses mélodies sont habitées de l’âme gitane qui l’a bercée depuis sa naissance et qui coule dans ses veines. Tout est prétexte à faire de la musique. Son grand talent lui permet d’en vivre et d’espérer un jour gagner cette Amérique dont on lui parle tant.

Lucie, jeune artiste peintre, a perdu son emploi et doit reprendre sa vie en main pour vendre l’instrument que sa grand-mère musicienne lui confie. Elle aura ainsi les moyens d’organiser sa première exposition, un projet qui la mènera de Londres à Vichy, et, surtout, loin de ses peurs. Charles White a trente cinq ans, il partage sa vie de financier entre New-York et Paris. Mélomane, il enquête sur les traces de ces violons mystérieusement signés d’une étoile. Il espère ainsi conquérir une musicienne qui a su enchanter son existence jusque-là réduite à des chiffres et des contrats. A vingt ans, il a eu la révélation de la musique dans une chapelle : «un langage inconnu résonne en lui».

Marie Charvet suit quatre personnages solitaires, en marge de la société, reliés entre eux à leur insu par la musique et la magie d’un violon qui a traversé le temps pour illuminer leur existence. Ils accèdent à des émotions extraordinaires grâce à l’art ; Lucie ne vit que pour sa peinture, riche des souvenirs de sa grand-mère pianiste et fille d’un violoniste. Un très beau premier roman, à l’écriture fluide, élégante, marqué par la passion de la musique et de l’art. «Sans la musique, la vie serait une erreur», a dit Nietzsche.

Eliane Mazerm
( Mis en ligne le 08/05/2019 )
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