L'actualité du livre
Littératureet Poésie & théâtre  

L'Embarcadère
de Nicolas Bleusher
Jacques Flament Editions 2019 /  10 €- 65.5  ffr. / 104 pages
ISBN : 978-2-36336-374-9
FORMAT : 13 cm × 20 cm

L’auteur du compte rendu : Arnaud Genon est docteur en littérature française. Il enseigne actuellement les lettres et la philosophie en Allemagne, à l’École Européenne de Karlsruhe. Visiting Scholar de ReFrance (Nottingham Trent University), il a publié plusieurs essais et deux romans, Tu vivras toujours et Mes écrivains (La Rémanence, coll. Traces, 2016 et 2018).

Petites esquisses en prose

Dans son poème en prose «Le Port» (1869), Charles Baudelaire faisait du poète un spectateur de la vie, de la nature, un rêveur épris d’évasion et de beauté, contemplant, du haut d’un belvédère, l’agitation du monde. Cette posture n’est pas étrangère à Nicolas Bleusher qui se fait, dans les 84 courts textes qui composent L’Embarcadère, observateur des corps (celui des hommes, des femmes mais aussi des chats), des lieux, des variations de lumière, explorateur des sensations et des sentiments, aventurier de son propre passé et de ses désirs.

L’auteur consigne ici, dans une langue ciselée, une prose poétique dense et pourtant légère, toujours ouverte à la rêverie, les tableaux qui s’offrent à ses yeux, les souvenirs qui viennent hanter son esprit, les émotions et désirs qui l’assaillent. Nicolas Bleusher le déclare dès le premier texte, il n’a «aucune imagination». La vie est son territoire, le quotidien son terrain de je/u. Son inspiration, il la tire de petits riens, de situations anodines que nous ne savons pas regarder mais qu’il métamorphose, lui, en autant de moments littéraires comme dans le texte intitulé «Enfin» : «Attendre que le jardin d’enfants se vide, que la lumière se teinte, enfin, que les bancs perclus de conversations maternelles et de cris surexcités s’étirent dans la douceur du soir, offrent un peu de place et de considération aux carnets ouverts, aux livres fermés, aux respirations en solitaire».

L’Embarcadère est un champ de possibles, ceux qu’offre l’écriture quand elle se fait esquisse, suggestion. Si les envolées de l’auteur, qui se situe toujours «à l’extrémité du ponton», ne possèdent pas toutes la même force évocatrice, elles révèlent cependant une jolie maîtrise de cette forme qu’il investit, oscillant entre poème en prose, ''choses vues'', album de souvenirs et journal intime. Elles sont la marque d’un vrai talent d’observation, d’une finesse de trait et d’une sensibilité certaine : «Quelque chose d’infiniment fragile, de presque nu».

Arnaud Genon
( Mis en ligne le 08/02/2019 )
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