L'actualité du livre
Littératureet Récits  

Voyage atlantique
de Ernst Jünger
La Table Ronde - La petite vermillon 2012 /  8,50 €- 55.68  ffr. / 252 pages
ISBN : 978-2-7103-0561-3
FORMAT : 11cm x 17,5cm

Yves de Chateaubriant (Traducteur)

Dernières traversées avant la guerre

Ernst Jünger (1895-1998), s'il est loin d'être un écrivain populaire en France et manque de reconnaissance (qui lit aujourd'hui l'écrivain allemand ?), n'en est pas moins une figure illustre de la littérature mondiale du siècle dernier. Une œuvre riche et immense (due également au fait que l'homme est mort centenaire) parcourt le XXe siècle, entre romans, essais et journaux.

Et c'est de journal dont il est question ici, dans la forme identique des journaux de guerre qui ont beaucoup fait parler d'eux en leur temps : Jardins et routes, Premier journal parisien, Second journal parisien, La Cabane dans la vigne couvrant la période 1940-1945. Jünger est ce chroniqueur des années sombres tout en restant distant face aux événements, se concentrant souvent sur des aspects bien plus triviaux, comme la nature ou la culture.

Voyage atlantique fait partie de l'œuvre du diariste et ne tranche pas avec cette veine littéraire. Jünger décrit son rôle d'amateur d'art, de contempleur de la nature et de passionné de la faune. Cinq voyages autour du monde, cinq moments, cinq civilisations, cinq cultures composent cette aventure. Printemps d'île, La Coquille d'or, Séjour d'Almate, Voyage atlantique, Myrdun. Pourtour méditerranéen, Amérique du Sud, Europe du Nord, voilà en gros le parcours de Jünger entre 1929 et 1938, à partir de textes épars, rassemblés pour la présente édition. Des scènes maritimes sur les trop longues heures (qui n'en sont jamais pour l'auteur) de bateau à la découverte des contrés étrangères, Voyage atlantique ou le regard d'un écrivain sur son époque mais aussi sur son histoire et sa culture, au sens large du terme.

Jünger reste égal à lui même ; grand voyageur littéraire, tout l'intéresse et tout est décrypté avec un soin méthodologique propre à son écriture et à son art. Plantes, arbres, fleurs, mais aussi animaux (du poisson à l'insecte), architecture des villes, rien ne laisse l'auteur d'Orages d'acier indifférent. C'est un document singulier que le lecteur a entre les mains, témoin lui aussi d'une époque où le voyage ne signifiait pas tourisme et où l'écriture était le seul moyen de rapporter l'exotique, le nouveau, l'inconnu.

Mais le genre a ses limites et pour qui lire n'entraîne pas des possibilités multiples de représentations, cette succession de descriptions géographiques, géologiques, artistiques et culturelles pourrait lasser, voire ennuyer. Car tout journal de voyage reste lié à l'auteur qui vit ces instants. Ici l'horizon d'attente est plus étroit et la représentation (pour ne pas dire l’imagination) devient plus complexe. Reste le style de Jünger, jamais hautain et souvent précis, qui nous renseigne sur un passé encore bien présent. Un document qui conviendra aux amateurs du genre, de journal intime, des voyages rapportés et des pays lointains.

Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 20/02/2012 )
Droits de reproduction et de diffusion réservés © Parutions 2024
www.parutions.com

(fermer cette fenêtre)