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Chœur/cœurs de femmes
Léonora Miano   Crépuscule du tourment
Pocket 2017 /  7,40 € - 48.47 ffr. / 292 pages
ISBN : 978-2-266-27310-7
FORMAT : 10,8 cm × 17,8 cm

Première publication en août 2016 (Grasset)
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Dans ce huitième roman, l'auteure d'origine camerounaise Léonora Miano nous fait entendre quatre voix de femmes qui, toutes, s'adressent à un seul et même homme, Dio. Au même moment, à cette heure charnière entre chien et loup, lors d'un violent orage, chacune prend à son tour la parole : sa mère, sa soeur, son ex-compagne et la femme qu'il a projeté d'épouser mais qu'il n'aime pas.

Ce choix de l'auteure de privilégier un roman choral crée une atmosphère musicale particulière dans laquelle chaque voix reprend en contrepoint des thèmes communs et chers aux autres, thèmes qui s'étoffent, se nourrissent l'un l'autre pour reconstruire sous nos yeux l'histoire de cet homme, l'absent. Mais, de surcroît, ces voix féminines reprennent les fils, parfois perdus mais jamais oubliés, d'une histoire bien plus ancienne : celle des femmes, de l'Afrique et la malédiction qui est liée à ce «Continent» : l'esclavage.

Ces voix sont parfois déjà des écritures : journal intime ou lettre. Mais voix ou discours semblent s'adresser au vide. Dio, est l'absent du texte : il n'y intervient jamais. Mais il représente aussi l'homme africain qui, dans cette société patriarcale et post-coloniale, s'absente, n'assume ni son rôle (d'époux, de père, de fils) ni ses fonctions. Par la prise d'une parole trop longtemps tue, ces femmes, en ce soir d'orage, ont, sinon l'illusion du pouvoir, au moins la possibilité de s'épancher et d'évoquer un pouvoir perdu.

La mère, «Madame», issue de la bourgeoisie locale fortunée, connaît son rang et l'étiquette de sa caste mais elle en a vite compris les limites et son mariage est un douloureux échec. Amandla, (mal) aimée puis abandonnée par Dio, tente un retour aux traditions ancestrales, celles de l'Afrique Déesse Mère, de la proximité des femmes, de la fierté du peuple Kémite et de la sensualité reconquise. Elle rêve de «sauver l'avenir et de rendre cette terre à elle-même». Les individus ne se définissent pas par la race mais par la culture. C'est «le Nord» et «l'Histoire qui violente nos contrées depuis des siècles» qui en ont décidé autrement.

Dio a rencontré Ixora, veuve de son ami et mère d'un petit garçon, au Nord (en France), et la ramène avec lui pour l'épouser. Mais Ixora, fille d'une Africaine et d'un «leucoderme» (un Blanc), reste «une femme sans généalogie» et Madame la rejette. Quant à la jeune soeur de Dio, Kiti, jeune fille aisée et libérée, si elle représente la modernité de la femme africaine, elle s'enferme farouchement dans une solitude-armure. Elle oscille entre un amant (qu'elle domine) et un amour (qu'elle maintient platonique).

La généalogie, comme l'Histoire, est au coeur de ce roman et pose les questions essentielles à chaque individu quant à sa place dans cette société. Y-a-il deux Afriques : celle des hommes et celle des femmes ? Comment les réconcilier ? Comment sortir dignement de l'esclavage et de la colonisation ? Car l'héritage légué par les ancêtres des personnages pèse lourd dans la balance de leur vie. Conroy Mandone et Camilla, les parents de Madame, ont-ils collaboré avec les esclavagistes, renié les leurs ? Angus Mususedi, père d'Amos et beau-père de Madame, doit-il être considéré comme un colon couleur locale ?

Ce roman féminin (féministe ?) conduit les femmes à se retrouver, en couple, en sororité, en harmonie dans ce lieu chargé de symbole et de magie qu'est «Le Vieux Pays» : un quartier mythique, une alcôve, une frontière, un Paradis perdu, un retour à la tolérance et à la liberté. Dans ce roman au vocabulaire foisonnant, on est sensible aux questionnements et aux réalités de ces femmes du «Continent». Pétries de la mémoire de l'Afrique, elles en sont peut-être aussi sa lucidité et son avenir.


Sylvie Koneski
( Mis en ligne le 20/10/2017 )
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