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Africa Paradis
Alain Mabanckou   Le Sanglot de l'homme noir
Seuil - Points 2013 /  6.30 € - 41.27 ffr. / 178 pages
ISBN : 978-2-7578-3012-3
FORMAT : 10,8 cm × 17,8 cm

Première publication en janvier 2012 (Fayard)
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Debout ! Assez pleuré. Tel pourrait être le mot d'ordre vivifiant de cet essai, quatrième du genre, rédigé par l'écrivain et poète congolais d'expression et de nationalité françaises. Plusieurs des romans de ce professeur titulaire de littérature francophone à l'Université de Californie à Los Angele ont été primés et traduits en une dizaine de langues (citons entre autres : Bleu, blanc, rouge, Grand Prix Littéraire de l'Afrique noire 1998, Mémoires de Porc-épic, Renaudot 2006, Demain j'aurai 20 ans, prix Georges Brassens 2010, et notre préféré, Verre cassé, prix Ouest-France 2005). Il a lui-même traduit de l'américano-pidgin-nigérien le remarquable Bêtes sans patrie d'Uzodinma Iweala et publié de beaux textes pour enfants.

En détournant à dessein le titre de Pascal Bruckner, Le Sanglot de l'homme blanc. Tiers-Monde, culpabilité, haine de soi, Alain Mabanckou se place sous l'égide de Franz Fanon pour appeler les noirs à en finir avec leur position exclusive de victimes en quête de réparation de leurs indéniables préjudices et à construire leur avenir en toute conscience de leurs particularités. Son discours protestataire à l'encontre du statut d'opprimé, sous-tendu par des anecdotes et des scénettes drôles, volontiers caricaturales, s'articule autour de douze thèmes empruntés et dédiés chacun à un écrivain. Une bibliographie récapitulative eût été la bienvenue, en particulier pour mieux suivre la revue de littérature africaine placée en fin d'ouvrage.

Visiblement noir, muni d'un passeport français et d'une carte verte, l'auteur du Sanglot de l'homme noir ne cherche pas à renverser les rôles, à l'instar de Sylvestre Amoussou qui, dans son malicieux film Africa Paradis, campe les pauvres blancs soumis au bon vouloir des noirs cossus pour tenter en vain d'émigrer aux «États-Unis d'Afrique». Peu lui chaut l'antériorité noire ou blanche du paradis ou la soit disant hiérarchie des cultures ou des «civilisations». La discussion autant sociologique que politique se base sur la diversité des identités qu'une quelconque couleur de peau ne saurait suffire à définir et encore moins à réunir autour d'une pseudo fraternité.

Sur quels critères définir la nationalité ? Résiderait-elle, entre autres, dans le maniement de la langue ? L'exemple ironique de l'écrivain rencontrant à l'aéroport international de Los Angeles un «Franco-Normand» incapable d'aligner une courte phrase sans néologisme ou anglicisme approximatif ne saurait nous convaincre. Pas plus que la maîtrise du français académique dans la bouche d'un agent de sécurité noir, réduit malgré ses longues études à un emploi subalterne, de sous-français, comme la majorité des citoyens «de couleur», en raison du «plafond de verre» qu'analyse si finement par ailleurs le film de Yamina Benguigui. La question posée des origines, du statut et des habitus, en pleine actualité, écarte résolument l'hypothèse biologique. Nous ne nous en plaindrons pas.

Alain Mabanckou part en guerre contre certains stéréotypes étroits, notamment celui du blanc français colonisateur et du noir colonisé : alors qu'il était étudiant à Nantes, ville portuaire atlantique célèbre parmi d'autres pour cette spécialité, il a pu découvrir aussi la triste réalité de la traite des noirs par des noirs. L'assimilation automatique de la langue française à celle du colonisateur ne convient pas davantage à cet ambassadeur à «l'étranger» du système d'expression, de communication et de création qu'il a choisi d'adopter pour écrire et enseigner. Il en veut pour preuve les dérives nationalistes, imposées par certains régimes dictatoriaux ou prônées à travers l'effacement militant des acquis français dont témoignent les méandres de la littérature africaine actuelle.

Le Sanglot de l'homme noir émane avant tout, nous est-il dit, des réflexions d'un homme libre, pas plus inféodé par une idéologie européenne que par un devoir de négritude. En mars 2011, l'auteur recevait des mains de Frédéric Mitterrand la médaille de chevalier de la légion d'honneur. Libre, vraiment ?


Monika Boekholt
( Mis en ligne le 30/01/2013 )
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