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''Work hard, play hard''
Mathilde Ramadier   Bienvenue dans le monde nouveau - Comment j'ai survécu à la coolitude des startups
Premier Parallèle  2017 /  16 € - 104.8 ffr. / 157 pages
ISBN : 979-10-94841-41-9
FORMAT : 13,0 cm × 20,6 cm
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Sous-titré ''Comment j'ai survécu à la coolitude des startups'', cet essai de Mathilde Ramadier, diplômée en Arts plastiques et titulaire d'un master en philosophie contemporaine, retrace l’enfer blanc de ces nouvelles entreprises. Embauchée dans différentes startups, elle décrit de l’intérieur ses expériences désolantes dans le monde de la startup-sphère. La limite de son livre est sans doute de ne pas cerner dans sa globalité l’émergence du phénomène, ne serait-ce que succinctement, pour nous faire comprendre l’irrésistible ascension de ce capitalisme numérique mondialisé depuis des années.

Néanmoins, son récit est assez instructif car il dresse concrètement un portrait noir de toutes ces sociétés. On a l’impression d’assister à la suite de Citizen Kane (1940) d’Orson Welles, c’est-à-dire l’apparition du nouvel élan de capitalisme à l’assaut du monde. Playtime (1967) de Jacques Tati avait parfaitement saisi l’univers aseptisé, froid, clinique de ce monde nouveau qui allait tout miser sur le design, les lignes et formes agréables et stylisées, l’univers souriant... pour se révéler implacable dans l’exploitation de ses employés.

''Open space'', ''awesome opportunity'', ''disruption'', ''content manager'', ''community mamager'', ''koobs'', ''call center'', ''vacuum manager'', ''OKRs'' (Objectives and key Results), ''talent recruiter'', ''BambooHR'' (Human Resources), ''Process paiment'', ''hoodie'', ''serial entrepreneur'', ''braggie'', ''uncool'', ''gamification'', ''smiley'', ''lolcat'', etc. Ce monde nouveau se révèle par un langage anglo-saxon qui s’est imposé à travers le monde, le fameux ''globish'' (global et english), cette version planétaire et simplifiée de l’anglais.

Mathilde Ramadier se rend vite compte que son emploi est surévalué dans son titre alors que la rémunération est faible. Cela peut surprendre : le monde globalisé dans lequel nous vivons repose sur une division internationale du travail, sur la mécanisation et la robotisation qui éliminent de fait les classes populaires occidentales (trop chères et trop protégées). Or il semble que les petites mains de ce nouveau monde sont elles aussi prolétarisées sous les apparats du chic et du toc. Un monde d’ailleurs faussement entreprenant puisque 90% des startups échouent.

Dans ce monde si open où les GAFA prédominent (Google, Apple, Facebook, Amazon) et imposent la règle du jeu, ce que l'auteur décrit est la pauvreté intellectuelle et affective. Miroir aux alouettes. Langage vidé de substance, narcissisme et égoïsme délirants avec le selfie comme arme, entrain joyeux qui cache une quête effrénée du rendement et de compétition... On a l’impression d’un univers vide qui simule la joie et la bonne humeur pour mieux masquer le désert qui le recouvre.

Le plus singulier est que beaucoup s’adaptent ou adoptent les routines psychologiques comme s’ils avaient d’ores et déjà assimilé et intériorisé l’implacable logique de leurs applications. Comme en pilotage automatique, connectés et bardés de prothèses, puces électroniques et autres capteurs pour se voir signifier à chaque instant de leur vie l’attitude rationnelle à adopter pour «gérer» sa santé, sa vie sexuelle, ses amitiés. Et même son frigo. On se demande à un moment : quelle peut être la vie de toutes ces personnes le soir après une journée de labeur à brasser du vent et à croire à un monde si vide, sans aucune spiritualité ? Car le portrait qu’en trace Mathilde Ramadier est furieusement désespéré.

Tout paraît souriant et décontracté mais tout est en réalité faux et simulé. L’oppression et l'autorité paraissent absentes mais elles sont juste déplacées. «La hiérarchie est désormais plate (flat hierarchy), conséquence de ce que l’on nomme le management “liquide”, nouveau schéma du pouvoir débarrassé du dualisme “ordre-réponse”, sorte de dialectique “maître-esclave'' qui n’aurait plus lieu d’être à l’ère des self-made-men du digital qui se mettent désormais au service du monde (pour le sauver)» (p.44).

Un totalitarisme cool qui déguise sa prédation derrière un univers noyé de «likes» et de «smileys», comme si ce petit monde avait décidé de régresser au stade du gazouillement enfantin. Tout cache l’obsession du rendement et de l’arrivisme, derrière des slogans efficaces («Work hard, play hard» ou «From zero to hero»), et comme on le constate, c’est souvent l’ennui et la dépression à l’arrivée (le «bore-out»).

Si cet essai aurait pu mieux retracer le cheminement qui nous a menés à un tel enfer climatisé, par sa simplicité de ton, il a l’avantage et le mérite de torpiller ces images surfaites.


Yannick Rolandeau
( Mis en ligne le 26/04/2017 )
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