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Plaidoyer pour une religion en péril
Claire Lefort   Les Sabéens-Mandéens - Premiers baptistes, derniers gnostiques
Editions du Cygne - Frontières 2017 /  12 € - 78.6 ffr. / 94 pages
ISBN : 978-2-84924-488-3
FORMAT : 13,0 cm × 20,0 cm

L'auteur du compte rendu : Docteur en sociologie, diplômé de l’Institut d’Etudes politiques de Paris et de la Sorbonne (maîtrise de philosophie), Christophe Colera est l'auteur, entre autre, aux éditions L’Harmattan de Individualité et subjectivité chez Nietzsche (2004) et aux Editions du Cygne, de La Nudité, pratiques et significations (2008).
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Les Sabéens-Mandéens sont une minorité religieuse basée dans le Sud de l’Irak et en Iran, qui compte moins de 100000 adeptes à travers le monde. L’auteure du livre que les éditions du Cygne leur consacre cette année, une jeune étudiante en anthropologie à Normale Sup’, qui mène des enquêtes dans les camps de réfugiés en Jordanie et en Mésopotamie, reconnaît elle-même qu’elle n’en avait jamais entendu parler avant de se rendre au Proche-Orient.

Il s’agit d’un groupe ethno-religieux en quelque sorte invisible, et qui pourtant a fait couler beaucoup d’encre chez les spécialistes de l’histoire des religions, notamment au début du XXe siècle (grande époque de la redécouverte de la mosaïque des anciennes croyances qui survivaient sous le joug ottoman entre Erbil et Bassorah). On a vu en eux tantôt une religion autochtone vieille de 5000 ans, tantôt les derniers descendants des disciples de Saint Jean-Baptiste, et, en même temps, les dépositaires de secrets kabbalistiques, voire de gnoses magiques venues des bords du Nil ou des temples du zoroastrisme.

L’ouvrage s’insère dans une collection, «Frontières», qui publie des textes courts sur des contrées méconnues (la Transnistrie, l’Abkhazie), lesquels mêlent souvent invitation au voyage et réflexion géopolitique. Dans cette logique, le livre offre dans un premier temps une présentation assez brève mais très claire de l’ensemble des croyances et pratiques cultuelles des Sabéens, notamment leur usage abondant du baptême purificateur dans l’eau vive des fleuves, ce qui n’est pas allé sans leur jouer des mauvais tours, notamment dans les périodes d’épidémies. Dans un second temps, il apporte de précieuses informations sur la situation de cette minorité depuis qu’une chape de plomb de barbarie islamiste s’est abattue sur l’Irak et la Syrie. L’exposé montre très concrètement de quels harcèlements quotidiens les Sabéens sont la proie depuis la chute de Saddam Hussein, dans les provinces chiites d’Irak, quand bien même ils n’étaient pas exposés à la folie meurtrière de Daech, comme les Yézidis et les Assyro-chaldéens au nord de Mossoul. Il fait toucher du doigt la douleur d’un peuple à travers les assassinats, les viols, les pillages, les discriminations à l’emploi, mais aussi l’impossibilité de conserver des structures culturelles et cultuelles stables à l’étranger, quand la présence des prêtres et des lieux de prière n’est plus assurée pour cette communauté qui n’avait jamais eu de vocation à l’exil. À ce titre, il s’agit d’un témoignage précieux, fondé sur des entretiens directs avec les réfugiés dont certains sont d’ailleurs reproduits in extenso en fin d’ouvrage.

Le parti pris du livre de fournir tous les arguments pour une reconnaissance du génocide des Sabéens-Mandéens peut cependant prêter à discussion. Peu conforme au devoir de neutralité des sciences sociales, il participe d’une logique selon laquelle le monde doit demeurer un conservatoire des religions et cultures les plus anciennes, comme par ailleurs un laboratoire de la biodiversité naturelle, dans une conception très muséographique en vogue à notre époque qui, tout de même, ne devrait pas aller complètement de soi compte tenu des nécessaires dynamiques transformatrices de l’humanité, dynamiques qui n’ont jamais été, hélas, sans violences (les Sabéens, selon leur version de l’histoire, subiraient aujourd’hui leur septième tentative d’extermination). Mais on comprend que les appels pressants des réfugiés («ne nous oubliez pas») aient transformé l’anthropologue en militante, les droits d’auteurs de l’ouvrage étant d’ailleurs directement reversés à une association caritative.

On était entré dans ce livre avec en tête quelques petites questions gardées de lectures antérieures : pourquoi le nom du démiurge des Sabéens est-il dérivé de la divinité égyptienne Ptah ? Pourquoi, comme dans la tradition talmudique, certains de leurs textes sacrés voient-ils dans le sexe une «seconde bouche» ? Laquelle des deux veines mystiques a-t-elle inspiré l’autre et par quel canal ? Quelle est donc la philosophie mandéenne de la nature dont une mienne correspondante yézidie s’était dite profondément «amoureuse» ? On n’a pas trouvé de réponse à ces interrogations dans le livre, mais celui-ci a donné un panorama clair de l’héritage culturel de cette communauté et des enjeux de survie auxquels elle se trouve confrontée. En ce sens le contrat moral avec le grand public qui en général n’a jamais lu une ligne sur ce groupe ethno-religieux dans les journaux paraît donc être pleinement rempli.


Chirstophe Colera
( Mis en ligne le 21/04/2017 )
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