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Le plus-de-jouir
Slavoj Zizek   Métastases du jouir - Des femmes et de la causalité
Flammarion - La Bibliothèque des Savoirs 2014 /  24 € - 157.2 ffr. / 328 pages
ISBN : 978-2-08-210582-8
FORMAT : 13,4 cm × 22,0 cm
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Slavoj Žižek (né en 1949) est un auteur prolifique et déstabilisant. Ce philosophe et psychanalyste slovène (doctorat de philosophie de l\'Université de Ljubljana) a étudié la psychanalyse à l\'Université de Paris VIII. Auteur de plus d’une dizaine d’essais aussi divers qu’iconoclastes - Le Spectre rôde toujours (2002), La Subjectivité à venir (2004), Plaidoyer en faveur de l\'intolérance (2004), Bienvenue dans le désert du réel (2007), Fragile absolu. Pourquoi l\'héritage chrétien vaut-il d\'être défendu ? (2008), etc. - il aborde divers sujets par le biais principal de Jacques Lacan : le fondamentalisme, la tolérance, le politiquement correct, la mondialisation, la subjectivité, les droits de l’Homme, le cyber-espace, le postmodernisme, le multiculturalisme, le marxisme. C’est souvent remarquable, avec des fulgurances inouïes, et parfois, il faut bien le dire, fort obscur aussi, car notre philosophe n’explicite pas suffisamment certaines notions lacaniennes.

Le titre de son dernier essai, Métastases du jouir - Des femmes et de la causalité, est en l\'occurrence fort cérébral et énigmatique : à la fois une synthèse de l’œuvre du philosophe, avec des analyses remarquables, et un tunnel fort obscur où le lecteur se perd. Tout tourne en réalité ici autour de la notion de jouissance (lacanienne), à distinguer de la notion de plaisir : «ce que Lacan nomme jouissance est un excès fatal au plaisir, qui s\'exerce au-delà du principe de plaisir. En d\'autres mots, l\'expression plus-de-jouir tient du pléo­nasme car la jouissance est en elle-même excessive, contrairement au plaisir qui par définition est modéré, régulé par des instruments de mesure appropriés». \'\'Métastases\'\' précisément car la jouissance constitue «une sorte de distorsion cancéreuse du plaisir normal». Le plaisir meurt par la jouissance (le plus-de-jouir). L’hédoniste classique dose ses plaisirs sans s’y brûler les doigts alors que le jouisseur consume son existence même dans l\'excès mortel de la jouissance.

Slavoj Žižek aborde plusieurs thèmes comme le fantasme et, évidemment, le désir. Si le fantasme a pour fonction d’exposer l’objet pour le sujet (de situer la position du sujet dans ce désir), c’est par le biais du fantasme que le sujet se constitue comme sujet désirant. Par le fantasme, nous apprenons à désirer. Mais le désir ne consiste pas en sa réalisation car nous confondons la quête et l\'indécision propre au désir avec ce qui constitue la réalisation du désir. A l’instar de Sisyphe, la «réalisation du désir» (et donc sa perte) coïncide avec la reproduction du désir en tant que tel, avec le mouvement circulaire qui caractérise celui-ci. D’où le surgissement de l’angoisse qui vient de la proximité vis-à-vis de l’objet, laquelle vient de la perte du manque lui-même. L’angoisse provient de la disparition du désir.

Slavoj Žižek parle dans cet essai de la femme (voir le brillant chapitre sur l’amour courtois) mais pas uniquement. En trois parties et six chapitres, il analyse, par des références empruntées à la culture populaire (films, romans de science-fiction ou fantastiques, romans policiers comme ceux de Patricia Highsmith), les impasses de la jouissance dans la société hédoniste-individualiste contemporaine. Et l’on y parle beaucoup de ce surplus de jouissance.

Analysant par exemple, le roman Le Faucon maltais de Dashiell Hammett, Slavoj Žižek s’attarde sur un moment : Sam Spade doit retrouver un homme disparu après avoir soudain quitté sa vie rangée, travail et famille compris. Des années plus tard, il tombe sur le personnage qui vit sous un nom d’emprunt et mène une existence similaire à celle qu\'il a fuie, le jour où, dans un chantier de construction, une poutre a manqué de l\'assommer. Slavoj Žižek conclut : «Dès lors, qu\'en est-il de l\'objet a ? L\'objet a est précisément ce surplus, ce leurre fuyant qui a amené le personnage de Hammett à vouloir changer d\'existence. Dans la «réalité», il n\'est rien du tout, rien d\'autre qu\'une surface vide (après la rupture, la vie demeure inchangée), mais c\'est pourtant lui qui fait que la rupture en vaut la peine».

L’analyse est brillante. Mais en d’autres endroits de l’essai, elle est aussi incompréhensible, notamment dans le premier chapitre où Slavoj Žižek analyse le schéma lacanien... en ne le rendant pas plus clair que chez son maître. C’est dommage car on a l’impression que seuls les lacaniens peuvent parler aux lacaniens. Néanmoins, un livre de Slavoj Žižek reste une lecture enrichissante et éclairante.


Yannick Rolandeau
( Mis en ligne le 06/05/2014 )
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