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La copie et l'original
Jean-Claude Heudin   Les Créatures artificielles - Des automates aux mondes virtuels
Odile Jacob - Sciences 2008 /  33 € - 216.15 ffr. / 494 pages
ISBN : 978-2-7381-2002-1
FORMAT : 15,5cm x 24cm

L'auteur du compte rendu : Scénariste, cinéaste, Yannick Rolandeau est l’auteur de Le Cinéma de Woody Allen (Aléas) et collabore à la revue littéraire L'Atelier du roman (Flammarion-Boréal) où écrivent, entre autres, des personnalités comme Milan Kundera, Benoît Duteurtre et Arrabal.
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Jean-Claude Heudin est directeur du laboratoire de recherche de l\'Institut international du multimédia-Association Léonard de Vinci. Il est l\'auteur de nombreux articles scientifiques au niveau international ainsi que de plusieurs ouvrages dans le domaine des sciences de la complexité et de la vie artificielle. Ce livre, Les Créatures artificielles, est un passionnant ouvrage sur cette vie artificielle que l\'homme ne cesse de développer depuis des lustres.

Les origines sont certainement la fascination de l\'homme pour son reflet à la surface de l\'eau, il y a trois millions d\'années. Il y a 17000 ans, les artistes du Magdalénien reproduisaient sur les murs de la grotte un imposant bestiaire en recréant l\'illusion du mouvement. Puis ce fut les masques hiératiques composés de plusieurs pièces de bois mobiles. La mécanique qui les anime est à la fois naïve et véhémente : un jeu de cordes, de poulies et de charnières, qui permet aux bouches de réveiller les terreurs du novice, aux yeux de pleurer la mort, aux becs de dévorer. Ou encore la chaouabti, petite statue de bois ou de pierre placée dans les caveaux lors de cérémonies funéraires...

Composé de trois parties, le livre de Jean-Claude Heudin brosse un historique de toutes ces créatures artificielles que l\'homme a inventées, des automates jusqu\'aux mondes virtuels. La première section commence ainsi au tout début de l\'humanité pour s\'achever sur l\'invention de l\'intelligence artificielle, après un court passage sur les créatures imaginaires que les ouvrages, romans et films ont créées (Le Golem de Gustav Meyrick, l\'Eve future du Comte Villiers de l\'Isle-Adam, la créature de Metropolis de Fritz Lang, Hal 9000 de 2001 l\'odyssée de l\'espace de Stanley Kubrick, etc.). Si l\'auteur omet au passage de citer le film de Federico Fellini, Casanova, qui retrace un épisode fameux avec un automate, il n’oublie pas de citer tous les inventeurs qui ont participé à cette étrange aventure (Pascal, Babbage, Neumann, Turing, Wiener, Tesla…). La liste est longue.

La précision de l´exposé est grande ; voir quand l´auteur évoque les nombreuses statuettes en terre cuite aux membres articulés qui ont été découvertes en Grèce. Contrairement à une idée répandue, ce n\'était pas les poupées de jeunes filles grecques mais des figurines qui servaient à la décoration et au culte dans les foyers pour chasser les mauvais esprits. Archytas fabriqua une colombe de bois à l\'aide de la mécanique, qui s\'envola.

L\'élément crucial qui permettra d\'accomplir un bond considérable à ces créatures est le temps, plus précisément la technologie de la mécanique horlogère. Celle-ci verra l\'invention, à l\'époque des Lumières, des automates de Vaucanson avec cette volonté farouche de reproduire l\'automatisation des comportements. Dès lors, avec l\'industrialisation et la recherche scientifique, tout s\'accélère.

La seconde partie, beaucoup plus technique, aborde les différentes tendances contemporaines comme le cyberpunk, le cyber-espace (pensons à Second life), les jeux vidéo, la vie artificielle, les écosystèmes virtuels, les loisirs multimédia, l\'évolution artificielle et les animats. L\'auteur rentre là encore dans le détail pour notre grand plaisir, et il n’hésite pas à évoquer un grand nombre de ces créatures, allant jusqu\'aux robots chiens de compagnie, aux héros virtuels des jeux vidéo, aux virus informatiques et aux intelligences artificielles d\'aujourd\'hui. La troisième partie est plus inégale en revanche, s\'attachant aux perspectives, comme la cybridation, à la prospective et finissant par une tentative de réflexion sur les craintes concernant l\'invention de ces créatures sophistiquées.

Hélas, si l\'auteur est clair et précis dans sa présentation historique, il reste en général peu critique quand il tente une réflexion sur les dangers et les aspects positifs de ces créatures. Il critique davantage ce qu\'il appelle le côté technophobe de certaines réflexions sans développer des arguments conséquents. Il reste évasif sans ne rien réfuter. Par exemple, parlant de ce qu\'il appelle l\'objection de Hamlet, affirmant qu\'il y a des choses plus sérieuses à traiter, il écrit : \"Elle affirme qu\'il vaut mieux se focaliser sur des sujets bien plus importants et enracinés dans le réel que d\'imaginer des créatures artificielles. Ce type de réaction technophobe joue sur le désarroi que provoquent certaines situations, comme la faim dans le monde par exemple, pour diminuer l\'importance de tous les travaux scientifiques et techniques tournés vers l\'avenir. L\'argumentaire est évidemment fallacieux car il s\'agit en fait de réfuter le progrès scientifique dans son ensemble et nier les bienfaits qu\'il peut apporter à l\'humanité. A ceux qui tiennent ce type de discours, nous pourrions leur souhaiter d\'aller vivre sous un ancien régime féodal, autoritaire et arriéré, histoire de goûter pendant quelques temps à cette authenticité perdue\" (pp.426-427)

Qui parle d’authenticité ? Il est dommage que Jean-Claude Heudin soit si peu pertinent dans le dernier chapitre et laisse transparaître une idéologie technophile et aveuglément optimiste concernant l\'époque actuelle et la future qui, il n\'en doute guère, réussira à enrayer les angoisses et les craintes contemporaines. Par ailleurs, l’auteur affirme benoîtement que notre époque est en avance sur les siècles précédents. En somme, si la science est critiquée, c’est par des réactionnaires. Or, l\'objection facile contre le passéisme (ici un retour au système féodal) a peu de portée, comme si toute critique non seulement prônait un tel retour mais était aussi obligatoirement technophobe, dans une condamnation aveugle de la science.

Jean-Claude Heudin oublie que les découvertes scientifiques ne sont pas toutes des progrès pour l\'humanité et qu\'un système féodal n\'a pas connu Hiroshima et Nagazaki pour citer ce seul exemple de la bombe atomique. Progrès ? On ne fera pas l\'injure de rappeler non plus que le XXe siècle fut le plus meurtrier qui soit avec les armes les plus techniques possibles. L’auteur fait l´économie d´une réflexion plus pointue qui montrerait que si la science découvre l’aspirine, dans le même mouvement, elle découvre des armes bien plus terribles. Sans parler du scepticisme de grands auteurs comme Stanley Kubrick qui, bien que passionné par ces créatures virtuelles, était fort critique envers elles : l\'être humain peut y perdre son âme.

Pourquoi de telles inventions ? Pourquoi de tels doubles virtuels sinon pour dire que l’homme a bien du mal à supporter le réel ? Pourquoi préférer la copie à l’original ? Il n\'est pas sûr qu\'un robot chien ou un tamagotchi compensera l\'affection d\'un animal vivant de compagnie. Il y a, semble-t-il, quelque chose de dérisoire dans une telle invention : s´agit-il de pallier la solitude humaine, pourtant parfois indispensable. Sans parler non plus de l\'invention de partenaires sexuels ! L\'auteur touche à un moment une importante réflexion pour l\'oublier aussitôt en écrivant : \"Est-ce à dire que l\'homme n\'aimerait en l\'autre que la projection de lui-même et que l\'illusoire perfection d\'un artifice suffirait à l\'émouvoir ?\" N\'est-ce pas l\'abolition de l\'altérité même ?

Comme souvent dans les ouvrages de vulgarisation scientifique, Jean-Claude Heudin pèche dans le développement d\'une pensée critique cernant son sujet, là où son travail de synthèse est tout à fait remarquable.


Yannick Rolandeau
( Mis en ligne le 26/08/2008 )
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