L'actualité du livrerencontre rencontrefemme Vendredi 16 novembre 2018
  
 
     
Le Livre
Littérature  ->  
Rentrée Littéraire 2018
Romans & Nouvelles
Récits
Biographies, Mémoires & Correspondances
Essais littéraires & histoire de la littérature
Policier & suspense
Classique
Fantastique & Science-fiction
Poésie & théâtre
Poches
Littérature Américaine
Divers
Entretiens

Notre équipe
Essais & documents
Philosophie
Histoire & Sciences sociales
Beaux arts / Beaux livres
Bande dessinée
Jeunesse
Art de vivre
Poches
Sciences, écologie & Médecine
Rayon gay & lesbien
Pour vous abonner au Bulletin de Parutions.com inscrivez votre E-mail
Rechercher un auteur
A B C D E F G H I
J K L M N O P Q R
S T U V W X Y Z
Littérature  ->  Romans & Nouvelles  
 

Identités meurtrières
Chahdortt Djavann   Je ne suis pas celle que je suis
Le Livre de Poche 2015 /  7.90 € - 51.75 ffr. / 528 pages
ISBN : 978-2-253-06840-2
FORMAT : 11,0 cm × 17,8 cm

Première publication en août 2011 (Flammarion)
Imprimer

''Je suis l'innomée aux identités d'emprunt''. «Au gré des années et au hasard des conjonctures, j'ai incarné des identités aux prénoms différents. J'ai vécu à travers elles, avec elles, malgré elles ; j'étais elles. Je les laisserai se raconter ou plutôt se mettre en scène ; moi, je n'interviendrai qu'entre les pages, entre les lignes».

La problématique identitaire se trouve au cœur de la question de l’immigration. Où puiser la force d’être Soi quand les Mollahs vous assujettissent, vous anéantissent ? De quelle identité peut-on se prévaloir quand la fuite de son pays et de sa culture ressemble plus à une dérive morbide qu’à un projet d’avenir ? La narratrice, Chahdortt Djavann, fille d'un seigneur d'Azerbaïdjan, a fui l’Iran en 1993. Après un périple insensé, le rêve de liberté se brise sur la réalité quotidienne d’une banlieue pauvre d’un pays inconnu. Ce pays, c’est la France dont elle ignore tout, jusqu’à la langue. Le silence qui suit l’exil est écrasant. La douleur de vivre devient plus forte que le désir. Pour ne pas se laisser mourir, elle entame une psychanalyse en français ; trop de souffrances se rattachent à sa langue d’origine. Elle apprend alors par cœur le Robert : «Elle entreprit de le lire d’un bout à l’autre. Elle quittait sa chambre pour habiter le dictionnaire». C’est le prix à payer pour sortir du silence et des non-dits.

Dès 2002, elle publie en français son premier ouvrage, Je viens d’ailleurs, suivi du retentissant Bas les voiles. Pour une femme qui n’a pas eu le droit de vie en Iran, le brillant et troublant Autoportrait de l’autre (2004) est déjà révélateur d’une projection de soi en homme libre… mais au seuil de la mort. L’auteure écrit à la première personne, se substituant à son personnage avec une telle proximité et un tel talent qu’on peut parler d’incarnation ''charnelle'', d’une expérience physique insolite de «muer» en l’autre identité sexuelle. Pour survivre ?

Avant d’être son nouveau roman, Je ne suis pas celle que je suis est d’abord une ''tentative de vie'', comme on fait une ''tentative de suicide''. De cet instinct de vie hors norme, Chahdortt Djavann a tiré la force de témoigner de sa propre histoire, d’en rassembler les multiples facettes : celle de l’''immigrée'' - enfin «échouée» quelque part - qui tente de sortir de sa douleur de vivre par une psychanalyse. Séance après séance, elle se fait alors l’écho d’une autre histoire, constituée d’autres identités, celle de sa jeunesse, celle de la ''migrante''.

Et cet autre «elle-même», c’est Donya, jeune iranienne aux prises avec la réalité assourdissante et cruelle du quotidien des femmes sous le régime des Mollahs. On ne veut plus lâcher cette insoumise, éprise de liberté, qui fascine le lecteur par sa fuite de Téhéran jusqu’en France. On ne peut plus lâcher ce roman, parce que chaque page est une victoire sur les terreurs infligées aux femmes iraniennes et l’interdiction d’exister qui leur est faite.

Avec l’éclat du talent qu’on lui connaît, Chahdortt Djavann articule ces deux histoires, ces deux destins parallèles, dans un cri de vie qui laisse le lecteur abasourdi. Comme une note d’espoir de voir un jour la narratrice reconstruire ou réparer ses «identités meurtrières» (Les Identités meurtrières. Amin Maalouf. Grasset. 1998), l’ouvrage s’achève par la discrète mention «à suivre…».

A lire d’urgence.


Marie-Claude Bernard
( Mis en ligne le 24/06/2015 )
Imprimer
 
SOMMAIRE  /  ARCHIVES  /  PLAN DU SITE  /  NOUS ÉCRIRE  

 
  Droits de reproduction et de diffusion réservés © Parutions 2018
Site réalisé en 2001 par Afiny
 
livre dvd